Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

samedi 3 septembre 2011

Comique ou sadique, l'extraterrestre, éternel étranger

Cinéma :

Corps famélique, yeux globuleux, teint verdâtre : l'extraterrestre type n'est pas seulement la créature repoussante qui veut nous envahir. Au cinéma, les petits hommes verts ont de la ressource. En 1902, « Le Voyage dans la Lune » de George Méliès introduit au cinéma les Sélénistes, habitants de la Lune.
En un siècle, et alors que viennent de sortir « Super 8 » et « Cowboys et envahisseurs », les salles obscures ont eu le temps de perfectionner un « sous-genre », convoquant les extraterrestres à tour de bras pour mieux dépeindre les hommes. (Voir une vidéo présentant l'extraterrestre)
Pour Nicolas Gilli, rédacteur du site Filmosphère : « L'extraterrestre est une figure dramatique essentielle au cinéma fantastique ou de science-fiction : il apporte une notion d'inconnu qui va créer soit de la peur, soit une notion de protection et d'ouverture. Mais dans tous les cas, il créé une véritable fascination, comme pour toute notion inconnue. »Méchants, sadiques, comiques ou gentils, tour d'horizon des extraterrestres au cinéma.
L'extraterrestre mielleux
Par définition, « l'extraterrestre mielleux » est inoffensif. Moche ou très beau lorsqu'il est un humanoïde (il attire ainsi la confiance), il arrive sur Terre inopinément, ou avec de bonnes raisons.

Dans « E.T. l'extraterrestre », c'est la rencontre entre un jeune garçon nommé Elliot et un petit homme vert pantouflard. La petite créature se laisse travestir, passe des coups de fil, apprend quelques mots et s'enfile du Coca et des bonbons. (Voir la bande-annonce de « E.T. l'extraterrestre »)
La première moitié du film est une ode à l'insouciance. Elle mêle courses de vélo et musiques enchantées, fait appel à l'enfance pour mieux dénoncer un monde adulte sclérosé.
Selon David Honnorat, cofondateur de Vodkaster : « Qu'ils soient “bons” ou “mauvais”, les extraterrestres sont des alter ego qui font progresser les personnages. Soit en les mettant à l'épreuve, soit en les reliant à quelque chose d'un peu cosmique qui leur permet de se transcender, de s'arracher à la Terre. »
Pas très loin d'E.T, « Le Jour où la terre s'arrêta » a été décliné en deux réalisations : la première en 1951, la deuxième, plus laborieuse, en 2008. Elle raconte l'arrivée sur Terre d'une créature, nommée Klaatu, qui débarque avec un message de paix et une bonne dose de morale.
La version de 1951 permettait que la science-fiction soit un exutoire aux angoisses des populations face à la menace de la guerre froide et son « équilibre de la terreur ».
Comme dans « Rencontre du troisième type », « Transformer » ou « Super 8 », « Le Jour où la terre s'arrêta » utilise la figure de l'extraterrestre raisonné pour parler de nos propres peurs : celle de l'arme nucléaire, de la pollution, mais surtout, celle de nous-mêmes.
L'extraterrestre comique et/ou sadique
L'extraterrestre comique est gentil et blagueur. Et sadique, à l'occasion. Descendant sur Terre comme il s'arrêterait à une station-service sur l'autoroute pour y faire le plein, il se joue de notre crédulité pour nous encercler.
Alors que « Paul » est un petit homme vert à l'humour cocasse, les créatures de « Mars Attack », pourtant comiques, sont aux antipodes.
« Mars Attack » est un pied de nez monumental à « Independance Day », sorti quelques mois plus tôt en 1996. Dans cette production, point de patriotisme ni d'extraterrestres gluants façon « Alien ». Ceux de Tom Burton enchaînent les scènes absurdes.

Ce sont sans doute les hommes verts les plus cyniques jamais campés au cinéma. En signe de guerre, ils piétinent les symboles terriens et explose une colombe de la paix. (Voir un extrait de « Mars Attack »)
Pour David Honnorat : « Des extraterrestres explicitement sadiques, moralement mauvais, ce n'est pas très courant. Mais quand ça l'est, ça donne lieu à des comédies comme “Mars Attack”. »
Sûrement le film à extraterrestres le plus déluré jamais produit.
► Voir aussi : « Fields », « Men In Black », « H2G2 », « Galaxy Quest », « Evolution », « Monstres contre Aliens », etc.
L'extraterrestre sanguinaire
L'extraterrestre sanguinaire est par définition violent. Il est la plupart du temps répugnant et utilise les hommes comme des marionnettes. Souvent gélatineux, il se sert de l'espèce humaine comme d'une mère porteuse.
« Alien », c'est l'extraterrestre repoussant à son paroxysme. Le film de Ridley Scott fait la part belle au suspens d'un Hitchcock pour mieux user des scènes-chocs qui font sursauter le spectateur. (Voir un extrait de « Alien »)


D'après Nicolas Gilli : « Les extraterrestres sont une représentation de l'étranger au sens très large , […] celui qui va voler notre terre. Leur imagerie globalement repoussante est donc tout à fait logique, car le cinéma, en divertissement manipulateur des masses, est l'outil idéal pour imprimer dans le cerveau du spectateur la peur de l'étranger. »
Dans cette perspective, le film de Ridley Scott dépeint les extraterrestres à travers le prisme de l'horreur et du danger. Il sont dépourvus de morale. A l'opposé, dans « Invasion Los Angeles », les extraterrestres sont manipulateurs, envahissant la Terre sous l'apparence d'humanoïdes.
► Voir aussi : « Lifeforce », « Starship Troopers », « La Guerre des mondes », « World Invasion Battle Los Angeles », « Les Soucoupes volantes attaquent », « The Arrival », etc.
L'extraterrestre vecteur de message politique
Peu de films avec extraterrestres apportent des messages politiques. Alors que « Le Village des damnés » ou encore « L'Invasion des profanateurs de sépulture » ont été réalisés en réaction à des angoisses de l'après-guerre et de la guerre froide pour faire de la « SF parano », des productions ont récemment franchi le pas.
C'est le cas de « District 9 », et plus récemment « Avatar », qui apportent une dimension politique et une critique flagrante de nos sociétés.
Mais pour David Honnorat, c'est « Starship Troopers » qui a ouvert la voie :
« C'est un grand film politique passionnant, parce que particulièrement ambigu. Le film exploite à fond l'idée des extraterrestres comme une altérité à laquelle on ne reconnaît aucune identité. »
Réalisé comme un clip MTV, le film de Paul Verhoeven est volontairement manichéen : des humains boostés aux antirides sans une once de graisse se battent contre des extraterrestres les plus criminels qui soient. C'est pourtant la société dite « humaine » qui est dans la ligne de mire de « Starship Troopers », tant l'idéologie fasciste est ici montrée du doigt. (Voir un extrait de « Starship Troopers »)

Plus récemment, « District 9 » dévoilait une nouvelle façon d'appréhender le genre. Selon David Honnorat :
« Le film de Neill Blomkamp opère un vrai renversement de notre perception des extraterrestres en leur appliquant des considérations politiques inattendues. […] Le film fait autant le procès de l'apartheid en le déplaçant dans un environnement de SF que le procès du cinéma qui n'a jamais vraiment reconnu leurs droits aux extraterrestres. »
Enfin, « Avatar », dont James Cameron a reconnu qu'il était une critique implicite de la guerre en Irak, ouvre une troisième voie, jamais exploitée selon le cofondateur de Vodkaster :
« Ce qui est singulier dans “Avatar”, c'est que les envahisseurs, c'est nous. Du coup, tout est renversé. Thématiquement c'est très fort, mais finalement assez éloigné de ce qu'on peut trouver dans tous les autres films d'extraterrestres. »
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