Nous parlons toujours de la Mondialisation.
Nous sommes contre et nos arguments sont valables, mais
voici un autre son de cloche qui peut
nous faire réfléchir légèrement.
Lolo
Le débat sur la démondialisation a du bon. Il évite de
considérer le libre-échange comme un dogme, il invite à ne pas faire
preuve de naïveté dans nos politiques. Mais l'attrait de la
démondialisation, c'est aussi qu'elle fait miroiter une idée de rupture…
sans jamais en mentionner le prix. Et là, il y a tromperie.
Démondialiser,
ce serait couper les fils avec le monde. Cela s'appelle le
protectionnisme. Comme l'enseignent la logique et l'histoire économique,
le protectionnisme appelle toujours la rétorsion ; il place celui qui y
recourt face à des choix plus difficiles. Recommandée à l'échelle
européenne, cette politique paraît certes plus présentable qu'aux bornes
de l'Hexagone. Mais imaginons un gouvernement français proposant cela à
nos partenaires en juin 2012, il ne rencontrerait qu'un succès d'estime
des plus limités. Il faudrait au plus vite élaborer une stratégie
économique alternative. Et donc se passer d'entrée de jeu de ce qui est
présenté comme l'instrument fondamental de la rupture. De qui se
moque-t-on ?
Démondialiser, ce serait aussi se soustraire à la
tyrannie de la finance. Il y a de bonnes raisons à cela, mais il faut
aussi avoir en tête l'ampleur de notre déficit extérieur. Nos services
publics, notre santé, nos retraites fonctionnent à crédit, grâce à
l'argent massivement prêté par l'étranger (notre besoin de financement
extérieur représente par exemple la totalité du budget de l'Education
nationale). Susciter la méfiance des préteurs (notons bien : des
préteurs, pas des spéculateurs) étrangers, c'est nous placer de
nous-mêmes dans la situation grecque : que le fonds de pension des
enseignants californiens, par exemple, mette en doute la capacité de la
France à rembourser sa dette, c'en est fini des largesses budgétaires et
ce sont les salaires des enseignants français - et de bien d'autres -
qu'il faudrait immédiatement raboter : mieux vaut y réfléchir à deux
fois.
Bref, le discours de la démondialisation mérite bien les
reproches qui lui ont été adressés : c'est un discours riche en
critiques, faible en substance. Il sonne agréablement à l'oreille de
certains, mais il se borne à flatter les illusions. De telles flatteries
ne sont pas de bonne politique, elles ne font que préparer les
désillusions du lendemain. Pensez à 1983 ! La rhétorique est brillante,
mais la réalité de la démondialisation, c'est l'appauvrissement, le
repli et la marginalisation. C'est du discours inverse dont le pays a
besoin s'il veut surmonter les difficultés auxquelles il fait face, un
discours qui parie sur la jeunesse, l'innovation et l'ouverture au
monde.
Jacques Mistral, directeur des études économiques à l'Ifri
Alternatives Economiques n° 307 - novembre 2011
«La démondialisation» de Sapir, vers une économie alternative
Le blogueur Laurent Pinsolle a lu « La démondialisation », de l'économiste Jacques Sapir. Loin des analyses très ciblées de la crise que connaît l'économie mondiale, Jacques Sapir en propose une lecture globale. A commencer par quelques petits rappels historiques...
« La démondialisation » : la bible économique alternative de Jacques Sapir (1/2)
C’est par hasard que j’ai appris la sortie du dernier livre de Jacques Sapir, « La démondialisation », le mois dernier. Passées les premières pages, qui ne surprendront pas les amateurs de l’auteur, sa lecture révèle un essai indispensable pour la pensée économique alternative.
C’est par hasard que j’ai appris la sortie du dernier livre de Jacques Sapir, « La démondialisation », le mois dernier. Passées les premières pages, qui ne surprendront pas les amateurs de l’auteur, sa lecture révèle un essai indispensable pour la pensée économique alternative.
Un livre aux multiples facettes
Que pouvait encore apporter Jacques Sapir à la réflexion pour la construction d’un nouveau monde économique ? En effet, tant de livres ont été écrits depuis quelques années qu’il pouvait sembler difficile de trouver une vraie valeur ajoutée à une telle entreprise. Et pourtant, il y parvient brillamment. Tout d’abord, il est sans doute le premier à faire une analyse globale des travers de la mondialisation.
En effet, Jacques Sapir mêle analyse de la monnaie, du commerce et de la finance dans un même ouvrage, ce qui est finalement assez rare. La « démondialisation » qu’il appelle de ses vœux est aussi globale que le monde économique dans lequel nous vivons. Et ce point est fondamental, alors que la plupart des auteurs privilégient soit une analyse financière ( Frédéric Lordon, Paul Jorion ), soit une analyse du libre-échange (Emmanuel Todd). L’anarchie néolibérale est bien globale.
En outre, ce livre présente d’autres atouts. L’auteur revient sur l’histoire de la construction de notre système économique actuel depuis la Seconde Guerre Mondiale dans une synthèse saisissante et passionnante des 70 dernières années. Ces passages se lisent comme un roman et remettent en perspective tout ce qui se passe aujourd’hui. Ils permettent de comprendre bien plus en profondeur le débat économique entre Keynes et les Etats-Unis dans les années 1940.
Mieux, outre le fait de permettre d’enrichir ses connaissances historiques, ce livre présente une double lecture. Ses 250 pages en font un livre d’économie accessible, une synthèse utile des problématiques de la mondialisation et des solutions qu’il faut y apporter. Car, plutôt que de faire un livre de 500 pages qui aurait pu en rebuter certains, Jacques Sapir a pris le soin d’indiquer de très nombreux liens qui permettent de compléter ses analyses et d’aller plus loin.
Que pouvait encore apporter Jacques Sapir à la réflexion pour la construction d’un nouveau monde économique ? En effet, tant de livres ont été écrits depuis quelques années qu’il pouvait sembler difficile de trouver une vraie valeur ajoutée à une telle entreprise. Et pourtant, il y parvient brillamment. Tout d’abord, il est sans doute le premier à faire une analyse globale des travers de la mondialisation.
En effet, Jacques Sapir mêle analyse de la monnaie, du commerce et de la finance dans un même ouvrage, ce qui est finalement assez rare. La « démondialisation » qu’il appelle de ses vœux est aussi globale que le monde économique dans lequel nous vivons. Et ce point est fondamental, alors que la plupart des auteurs privilégient soit une analyse financière ( Frédéric Lordon, Paul Jorion ), soit une analyse du libre-échange (Emmanuel Todd). L’anarchie néolibérale est bien globale.
En outre, ce livre présente d’autres atouts. L’auteur revient sur l’histoire de la construction de notre système économique actuel depuis la Seconde Guerre Mondiale dans une synthèse saisissante et passionnante des 70 dernières années. Ces passages se lisent comme un roman et remettent en perspective tout ce qui se passe aujourd’hui. Ils permettent de comprendre bien plus en profondeur le débat économique entre Keynes et les Etats-Unis dans les années 1940.
Mieux, outre le fait de permettre d’enrichir ses connaissances historiques, ce livre présente une double lecture. Ses 250 pages en font un livre d’économie accessible, une synthèse utile des problématiques de la mondialisation et des solutions qu’il faut y apporter. Car, plutôt que de faire un livre de 500 pages qui aurait pu en rebuter certains, Jacques Sapir a pris le soin d’indiquer de très nombreux liens qui permettent de compléter ses analyses et d’aller plus loin.
Une histoire de la mondialisation
La partie sur le commerce est plus courte car la charte de la Havane fut rejetée par les Etats-Unis. Elle contenait pourtant de nombreux aspects intéressants, comme la priorité donnée à l’emploi, la possibilité de mesures protectionnistes, une volonté d’équilibre des balances des paiements. Globalement, cette charte reflétait assez fidèlement les idées de Keynes. Mais le GATT et plus encore l’OMC à partir des années 1990 sont partis dans une direction opposée.
Dans le domaine financier, il revient sur les propositions de Keynes, qui s’opposait à l’étalon-or, qui risquait de limiter les liquidités et était donc partisan d’une monnaie internationale (le bancor). Favorable au libre-échange à l’origine, il s’était ouvert au protectionnisme et surtout à l’équilibre des balances des paiements (souhaitant pénaliser déficit comme excédent). Enfin, si la coordination entre Etats est essentielle, il était très attaché à la souveraineté nationale et donc au contrôle des mouvements de capitaux.
Malheureusement, les Etats-Unis ont imposé leur système, à l’exception de l’UEP (Union Européenne des Paiements) de 1950 à 1958, pour équilibrer les balances des paiements. A partir de 1958, la France s’efforça de réformer le système dans un sens très keynésien, s’opposant à la libéralisation des capitaux, puis poussant le successeur du bancor, le DTS en 1967, et enfin cherchant à en donner l’accès aux pays en voie de développement (ce que refusaient les Etats-Unis).
Les tentatives de réforme ayant échoué, la France se retire du « pool de l’or » et échange ses dollars, contribuant à l’effondrement d’un système miné par les déficits étasuniens résultant de la guerre du Vietnam. En 1971, la convertibilité du dollar est suspendue (après avoir été limitée dès 1968) et en 1973, la conférence de Jamaïque consacre le flottement généralisé des monnaies, le prélude à la déréglementation généralisée de l’économie dans les années à venir.
L’aspect historique ne représente qu’une partie du livre de Jacques Sapir. Le cœur de cet ouvrage est une critique radicale de la mondialisation, que j’étudierai demain.
Source : « La démondialisation », Jacques Sapir, collection « Economie humaine », Seuil.
La partie sur le commerce est plus courte car la charte de la Havane fut rejetée par les Etats-Unis. Elle contenait pourtant de nombreux aspects intéressants, comme la priorité donnée à l’emploi, la possibilité de mesures protectionnistes, une volonté d’équilibre des balances des paiements. Globalement, cette charte reflétait assez fidèlement les idées de Keynes. Mais le GATT et plus encore l’OMC à partir des années 1990 sont partis dans une direction opposée.
Dans le domaine financier, il revient sur les propositions de Keynes, qui s’opposait à l’étalon-or, qui risquait de limiter les liquidités et était donc partisan d’une monnaie internationale (le bancor). Favorable au libre-échange à l’origine, il s’était ouvert au protectionnisme et surtout à l’équilibre des balances des paiements (souhaitant pénaliser déficit comme excédent). Enfin, si la coordination entre Etats est essentielle, il était très attaché à la souveraineté nationale et donc au contrôle des mouvements de capitaux.
Malheureusement, les Etats-Unis ont imposé leur système, à l’exception de l’UEP (Union Européenne des Paiements) de 1950 à 1958, pour équilibrer les balances des paiements. A partir de 1958, la France s’efforça de réformer le système dans un sens très keynésien, s’opposant à la libéralisation des capitaux, puis poussant le successeur du bancor, le DTS en 1967, et enfin cherchant à en donner l’accès aux pays en voie de développement (ce que refusaient les Etats-Unis).
Les tentatives de réforme ayant échoué, la France se retire du « pool de l’or » et échange ses dollars, contribuant à l’effondrement d’un système miné par les déficits étasuniens résultant de la guerre du Vietnam. En 1971, la convertibilité du dollar est suspendue (après avoir été limitée dès 1968) et en 1973, la conférence de Jamaïque consacre le flottement généralisé des monnaies, le prélude à la déréglementation généralisée de l’économie dans les années à venir.
L’aspect historique ne représente qu’une partie du livre de Jacques Sapir. Le cœur de cet ouvrage est une critique radicale de la mondialisation, que j’étudierai demain.
Source : « La démondialisation », Jacques Sapir, collection « Economie humaine », Seuil.



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