Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

dimanche 20 octobre 2013

Les « Janette »




J’ai adhéré hier au groupe des « Janette », formé dans la foulée du Manifeste proposé par Janette Bertrand et les co-signataires de son texte aux journaux (
ici).

Je me suis jointe à ce regroupement avec enthousiasme, et avec la satisfaction de voir se lever ce qui, j’en ai la conviction, deviendra une vague de fond. Je ne crois pas faire erreur en l’espérant. L’un des journaux publiant la lettre de Janette coiffait sa présentation du titre « Une Charte pour les Femmes ». Et c’est bien ce qu’est la Charte, fondamentalement. À condition bien sûr que ses valeurs de fond soient respectées. Et qu’aucune concession ne soit faite sur le port des signes religieux dans l’espace civique, cet espace très bien décrit dans une lettre ouverte, il y a quelques jours.*

Mais revenons aux « Janette ». Il y a quelque chose d’impressionnant et d’exaltant dans le fait de voir soudain une étincelle surgir et enflammer ce qui l’entoure, dans le sens de l’éveiller, de le remplir de force, de vie… Voilà ce qu’a instantanément produit hier la sortie de Mme Bertrand et son groupe initial. Les femmes se sont aussitôt levées et elles vont prendre les choses en mains. Ces femmes du Québec, celles qui sont persuadées qu’elles ont des acquis à sauvegarder. Celles qui n’acceptent plus depuis longtemps de ne se manifester publiquement que précédée, suivie ou escortée d’un homme devant, derrière, sur les côtés. Ou sans avoir reçu au préalable sa bénédiction.

Des femmes à la tête libre, dégagée; des femmes à visage découvert… Dont le regard ne se baisse par aucune soi-disant modestie.

On peut convenir que le voile soit seyant; on peut vouloir s’en parer comme d’un accessoire d’élégance. On le porte, donc, par coquetterie ou par soumission. Il n’y a pas d’alternative. Mais dans un cas comme dans l’autre, son port ne saurait être innocent. Le choisir par coquetterie, c’est manquer d’information, de réflexion, ou de respect pour d’autres femmes qui le subissent; par soumission, c’est manquer de liberté ou d’autonomie. En Turquie, alors qu’on en rétablit l’usage, après 90 ans d’interdiction pour préserver la laïcité de l’État, on susurre pour le ramener maintenant : « Voilée, c’est joli! » Et « les porteuses de voile sont belles, fortes, héroïques, nobles. » – lu dans Le Figaro … Cette volonté de libéraliser le port du voile répond à une revendication emblématique de l’islam politique en Turquie depuis plusieurs décennies. Ce qui est présenté là-bas comme un progrès social est un net recul pour les femmes.

On entend parfois déplorer – voire reprocher – que dans notre débat québécois, il soit davantage question du voile que des autres signes religieux. Ce n’est pas sans raison. C’est justement que le voile, et lui seul, concerne les femmes. Il les recouvre, les déguise, quand il ne les cache pas. Les autres signes « ostentatoires » d’allégeance religieuse ne sont pas entachés d’esclavage mais plutôt de pouvoir. D’où les hommes, on le devine, les portent surtout par conviction ou par orgueil. Ils n’essaieraient d’ailleurs pas d’en « vendre » le port à d’autres hommes, soi-disant convertis ou à convertir, ni ne les métamorphoseraient en accessoires d’apparat… Comme on incite les femmes à le faire pour le voile.

Alors, pour « agir » cette conscience et cette vigilance, en bonne compagnie avec les Julie Snyder, Denise Robert, Djemila Benhabib, Édith Cochrane, Louise Mailloux… joignons-nous aux « Janette ». Il est temps de le réaffirmer : « à 52%, les femmes peuvent, pour le Québec, faire la différence »… L’historien Gilles Laporte écrivait récemment que « La Charte des valeurs est un projet républicain »**. Libre à nous d’en faire notre projet de républicaines…

Nicole Hébert

Pour se joindre au groupe :
https://www.facebook.com/groups/LesJanette/

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