Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

samedi 17 décembre 2011

La Norvège, ses fjords, son air pur... le plus pollué d'Europe


La Norvège qui sait se vanter de son air pur peut revoir sa copie, en particulier à Bergen. La seconde ville du pays, ville du patrimoine mondial et qui compte parmi les plus grandes destinations de croisière en Europe, est depuis plusieurs années fortement polluée en hiver.
11 novembre 2011 : les capteurs de pollution placés au carrefour de Danmarkplass à Bergen ont vu rouge. Les niveaux maximums de particules fines et de dioxyde d'azote ont également été dépassés la semaine suivante. La mairie a simplement recommandé aux gens les plus sensibles, enfants, asthmatiques et allergiques, de rester chez eux. Ce n'est pas une simple anecdote.



Danmarksplass est le carrefour le plus fréquenté de Norvège, avec 60 000 véhicules qui y passent chaque jour. La population est très concentrée dans ce secteur situé au creux des sept monts entourant la ville, et un grand nombre de personnes sont donc touchées par la haute concentration de pollution qui y est mesurée tout au long de l'année.
La ville la plus polluée d'Europe
Ceux qui viennent découvrir Bergen et les fjords en été ne remarqueront rien. C'est l'hiver, à l'arrivée des premiers frimas, lors de journées ensoleillées et sans vent, que la qualité de l'air se détériore. Une couche d'inversion se forme, emprisonnant la pollution qui pèse au-dessus de la ville. En janvier 2010, Bergen était la ville la plus polluée d'Europe. Plusieurs jours de froid et de beau temps ont contribué à la formation d'une chape de pollution. Les fautifs restent la voiture et le chauffage au bois.



Nappe de pollution sur Bergen, le 16 novembre 2011 (Arne Halvorsen)
Rolf Enger, écrivain bergenois à la tête de l'association Ren Luft Danmarksplass (Air pur à Danmarksplass), est effaré par le manque d'intervention de la mairie, et réclame des mesures permanentes. Même si le groupe agit régulièrement depuis 2008, muni de pancartes et de masques à gaz, la mairie reste de marbre. En janvier 2010, au moment des pics de pollution les plus graves, aucune politique sur le long terme n'a été établie.
Un problème d'attitude global
Rolf Enger :

« Il s'agit de changer sa façon de consommer, et de changer des habitudes qui ont des conséquences négatives sur l'environnement.
La situation à Bergen et en particulier au carrefour de Danmarksplass est un symptôme de cette problématique. “Penser global et agir local” est notre slogan. Danmarksplass est le maillon faible au sein du réseau routier de Bergen, et on se bat contre un colosse, l'automobilisme de notre époque. Pourquoi traîner avec soi une tonne de métal en ville ?
Quand on se bat contre un géant, il faut frapper le point faible. Et on le fera jusqu'à ce qu'on ait gain de cause. »
Monica Mæland de la Droite, à la tête du conseil municipal à Bergen, lors d'une interview dans un journal gratuit de la ville :

« On raconte que la voiture est responsable de cette pollution, mais en réalité c'est la météo. »
Conservatisme et gros sous


Pub officielle dans le métro de Paris, avec Bergen en illustration (Elodie Duplessis)
Comme cela est-il possible en Norvège ? Selon Rolf Rasmussen, membre de Ren Luft Danmarksplass et représentant des habitants du quartier, la majorité conservatrice, comprenant la Droite, le Parti chrétien et le Parti du progrès, soutient une politique qui est pour une urbanisation massive et la rentrée d'argent à tout prix. La construction d'une grande salle d'expositions est prévue juste à côté de ce carrefour.
Rolf Rasmussen :

« En plus, ils vont construire un centre de soin médical juste au bord de la route. Ils “bagatellisent” totalement les risques. Il y a un manque total de réflexion et de responsabilité chez la majorité en place. C'est irrationnel... Une stupidité sans limite qui règne sur cette ville. »
Une atteinte à la démocratie locale
En 2010, la commune a mis un terme aux conseils de quartiers, qui permettaient de discuter directement avec les politiciens.
Thorleif Berthelsen, un des fondateurs de Ren Luft Danmarksplass :

« C'était une plateforme très utile pour nous. Il est désormais encore plus difficile de dialoguer avec les autorités. »
Le 28 novembre, le conseil municipal de Bergen va se réunir pour discuter une série de propositions venant de l'opposition, qui ne souhaite pas passer un hiver de plus avec une telle pollution :
renforcement du péage urbain et des autobus express ;
augmentation des péages de 7 à 25 NOK en hiver par passage (le prix actuel d'un ticket de bus à Bergen) ;
réduire les limites de vitesse en hiver, limitant l'émission de particules ;
la fermeture d'au moins 500 places de stationnement dans le centre en hiver ;
voies réservées aux autobus sur tous les grands axes ;
rediriger les navires d'approvisionnement à d'autres ports proches ;
réintroduction de la consigne sur les vieux poêles à bois et à pétrole ;
un déneigement optimal des trottoirs et des pistes cyclables ;
une augmentation des tarifs de péage de 100 NOK par passage lorsquel'indice de pollution de l'air est au jaune, avec des autobus expressgratuits ;
bus et trams plus fréquents, avec des tickets à 20 NOK au lieu de 25 NOK en hiver.
Et surtout, souligne Thorleif Berthelsen :

« Ceux qui ne sont pas touchés directement, les automobilistes, doivent se montrer solidaires, changer leurs habitudes et ne pas seulement penser à leur propre confort. »
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