Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

samedi 26 octobre 2013

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

Par , publié le

La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"
"Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine."

M. Nikoubazl/Reuters


"La position de la France est centrale"

"En 2003, nous nous interrogions sur le port du voile islamique à l'école. Depuis, l'islamisme s'est confortablement installé dans nos cités. Ce n'est pas nous qui avons choisi de débattre sur la burqa, ce sont les intégristes. L'islamisme politique nous a déclaré la guerre et nous n'avons pas d'autre choix que de la mener.
Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine. Le voile islamique et la burqa sont à mettre sur le même plan. C'est la même école de pensée qui se radicalise en renvoyant les musulmans aux pires croyances.
La pratique sociale du voile intégral est certes marginale, mais elle a un impact immense en terme de message. Ces gens nous signifient qu'ils ne veulent pas s'intégrer, qu'ils refusent les valeurs occidentales. C'est un délit, comme le racisme peur l'être. Face à cela, la position de la France, pays de la laïcité, est centrale. Si elle ne mène pas le combat contre le voile à la hauteur de ses valeurs, de ses principes, elle ouvre un boulevard aux intégristes à travers toute l'Europe.
Il y a eu énormément de ratages. Dans les années 1980, le pire aurait encore pu être évité si nous avions su accueillir les énergies citoyennes qui émanaient de la communauté musulmane. Au lieu de cela, les portes se sont fermées: celles de l'emploi, de l'école, de la scène politique. Nous nous sommes retrouvés entre musulmans parce que personne ne voulait de nous. Des associations cultuelles se sont multipliées. Les centres islamiques et les mosquées ont pris le relais d'une école en panne d'intégration. Les établissements scolaires se sont mis à proposer des menus halal, à tolérer les absences pendant le ramadan. Résultats: les croyants débordent des mosquées aux heures des prières jusqu'à bloquer des rues, des quartiers entiers. Et le nombre de femmes voilées n'a cessé de croître. Personne n'a pas mesuré le prosélytisme à l'oeuvre: les islamistes voulaient se faire voir. Comment redouter ce que l'on ne connaît pas? Les islamistes, moi, je les connais. Ils sont capables de tout."
"Ca a commencé comme ça en Algérie"
"J'ai le sentiment de percevoir un danger immense que personne d'autre ne voit! Je suis née en France dans une famille de onze enfants, musulmane traditionnelle, mais très ouverte. Je suis partie enseigner le français en Algérie, à Constantine, en 1984, et j'ai pu assister en direct à la montée en puissance des islamistes dans le pays. En rentrant en France cinq ans plus tard, je ne m'imaginais pas recroiser sur les marchés des femmes intégralement voilées et des barbus. Je n'ai pas compris comment les islamistes avaient pu me rejoindre!
La vision du voile m'est insoutenable. A travers ce morceau de tissu, c'est toute l'internationale islamiste qui avance. Le voile est l'instrument de son prosélytisme. C'est comme cela que ça a commencé en Algérie. Mais les islamistes ne sont pas les seuls responsables de ce qui se passe. Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées. Dans les quartiers, un nouveau type d'association fleurit depuis quelques années, soit disant "culturelles": ce sont des lieux d'endoctrinement financés par les dons de leurs adhérents et des associations opaques."

"Si rien n'est fait, l'islamisme se propagera"

"Le salafisme est un courant de l'islam dont la démarche est sectaire, mais il ne s'agit pas d'une secte. Il est né dans l'islam et y possède une filiation très ancienne, enracinée dans le wahhabisme. En revanche, la propagation de la burqa ou du niqab en France, elle, est récente.
L'autre nouveauté, c'est que l'ensemble des courants intégristes défend aujourd'hui le port du voile. Or la burqa n'est qu'une excroissance du voile islamique. Les fondamentalistes ont simplement transposé le voile dans l'espace public. Avec une dernière innovation: les femmes auparavant cloîtrées s'exhibent désormais en voile intégral.
L'islam est dans le prosélytisme. Les salafistes refusent le monde mais veulent agir sur lui et faire des adeptes. Il faut un discours politique contre toutes ces dérives. L'islam n'est pas une exception, il ne faut pas lui réserver un traitement spécifique. Le voile n'est pas une pratique religieuse, c'est un mensonge éhonté. La burqa n'est qu'une surenchère. Le voile est au coeur du dispositif islamiste: la mise sous tutelle des femmes, une idéologie liberticide, une claustration publique, une paranoïa autour des femmes en général. Si nous leur enlevons ce voile, tout l'édifice s'effondre. En revanche, si rien n'est fait, l'islamisme se propagera."

"Le voile n'est pas un signe religieux"

"Qui osera s'en prendre à la racine du problème ? On expulse un imam radical le 10 janvier, mais personne ne s'en prend aux mosquées qui l'ont accueilli. Les associations qui gèrent ces lieux de culte ferment les yeux sur les discours extrémistes. Ce sont elles qui appellent et financent les imams qu'elles invitent. Elles ne sont jamais poursuivies. Les islamistes l'ont bien compris: ils utilisent toutes les failles laissées par l'Etat. Auparavant, lorsqu'un jeune voulait s'opposer à ses parents, à la société, il prenait sa carte au parti communiste. Aujourd'hui, il se convertit. Les attentats du 11 septembre 2001 ont montré à la face du monde que les islamistes étaient capables de braver la première puissance mondiale. Les jeunes en perte de repères se laissent impressionner...
Il faut mettre en place une stratégie globale de lutte contre le salafisme. Le voile n'est pas un signe religieux mais un signe d'idéologie politique. Les islamistes interpréteront l'absence de loi comme une faiblesse. Les islamistes ont besoin de l'homogénéité pour exister. Le voile leur donne une visibilité et leur visibilité rend légitime leurs revendications. Au passage, ils nient aussi implicitement aux "mauvais musulmans" le droit d'appartenir à l'islam."

"Je demande à être protégée"

"En 2004, la loi contre le voile à l'école était nécessaire, elle n'a pas été suffisante. L'islamisme à continuer de prospérer. Les élus ont fait preuve d'un laxisme grave en considérant que le voile n'était qu'une question secondaire. Ni putes ni soumises est née en opposition à cette lame de fond.
Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société. Les islamistes se sont installés dans les quartiers en y ouvrant des associations humanitaires. Les élus ont laissé faire. Certains ont même encouragé le repli communautaire au lieu de fédérer et de donner de l'espace à la jeunesse musulmane.
La plupart des converties à cet islam radical, sectaire, ont eu une enfance difficile, dans laquelle le père n'a souvent pas joué son rôle. Certaines ont subi des abus sexuels. Elles sont en quête d'une structure, de solutions à leur mal-être. Grâce au Coran, beaucoup imaginent même s'émanciper, s'élever au-dessus des hommes qui les ont méprisées. C'est l'invention du féminisme islamique.
Je suis musulmane, je demande à être protégée des extrémistes. Il faut que les élites prennent le risque de légiférer. L'année 2010, rappelons-le, s'est choisie une "grande cause nationale": la violence faite aux femmes."
"Interdire, sans stigmatiser"
"A Grenoble, nous réfléchissons depuis 2003, avec les villes voisines, pour créer la première mosquée intercommunale publique en France, un lieu de culte et d'échanges culturels capable d'accueillir 2000 personnes. Les travaux devraient démarrer cette année. Grenoble compte une petite dizaine de lieux de prière musulmans pour 400 000 habitants, une vingtaine si l'on inclut sa banlieue (400 000 habitants). Le confort et les capacités d'accueil sont souvent insatisfaisants. La burqa n'est pas un signe religieux, mais le risque islamiste ne me paraît pas extrême. Légiférer ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut réussir à interdire, sans stigmatiser. C'est compliqué bien sûr. C'est pour cela qu'il faudrait se donner du temps avant de trancher."
"Internet est un élément de conditionnement fort"
"Nous avons connu trois niveaux de terrorisme. Au début des années 1990, la filière algérienne était alimentée par le front islamique du salut. A partir de 1998, le londonistan s'est développé autour d'imams radicaux librement installés outre-Manche, les camps d'entraînement djihadistes se sont multipliés en Afghanistan. Après les attentats de 2001 et la guerre en Irak, on a vu émerger une nouvelle filière terroriste en Irak. Le recrutement des "martyrs" s'est fait de manière plus individuelle par Internet. La France a commencé à expulser ses imams radicaux et refuser le visa aux intégristes déclarés. Ces mesures ont sévèrement amoindri leur influence directe. A Londres aussi, on ne prône plus en toute liberté le Djihad dans les mosquées.
Avec l'essoufflement de la guerre en Irak, l'un des derniers lieux de Djihad antiaméricain disparaît. L'organisation terroriste manque d'experts, les camps d'entraînement ont été disloqués en partie. Internet est devenu un élément de recrutement et de conditionnement très fort. Une nouvelle génération d'intégristes se nourrit sur la Toile, de vidéos et de communiqués. Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Le refus de la société occidentale ne présage pas nécessairement d'un basculement dans le terrorisme. Mais il s'agit d'avantage d'un conditionnement, d'une radicalisation religieuse qui vient conforter une vision politique. Il s'agit même, je pense, d'une stratégie globale des organisations terroristes: plutôt que de fédérer des réseaux, trop visibles, trop risqués, elles visent des individus. Les projets d'attentat n'en sont que plus difficiles à prévenir."

"Les salafistes sont repliés sur eux-mêmes"

"Dans la plupart des mosquées, on voit des petits groupes de salafistes qui restent entre eux, ne se mêlent pas aux autres fidèles. Il y a encore quelques années, ils tentaient parfois d'approcher des personnes pour les convaincre. Nous avons rapidement mis le ho là... Les salafistes sont hors du temps, replié sur eux-mêmes, comme si le monde n'avait pas changé depuis 14 siècles. Au lieu de comprendre l'esprit du message, ils restent rivés à la lettre. Pour eux, tout est régi par des interdits. Or, l'islam prône l'ouverture et le dialogue.
Les femmes musulmanes qui sont arrivées en France dans les années 1960 ne portaient qu'un petit foulard et la plupart l'ont enlevé. Alors, quand on voit des jeunes femmes nées ici se voiler intégralement, tout le monde doit s'interroger! Souvent, ces jeunes femmes répondent à un enfermement, à une situation d'exclusion dans la société, par un enfermement volontaire. Cela arrive notamment chez les converties, qui sont souvent les plus rigoristes. Elles veulent démontrer leur engagement. Il faut éviter que des gens qui souhaitent se convertir à l'islam tombent dans les mains de ces groupes. Ici, quand nous avons des candidats, nous insistons sur les questions de spiritualité. On n'embrasse pas une religion pour s'habiller différemment, pour ressembler à quelqu'un, faire plaisir à un copain ou se fondre dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans. L'enjeu majeur, c'est d'avoir des imams formés en France, compétents, responsables, capables de court-circuiter le "travail" auquel quelques-uns uns se livrent.
Pour ce qui est du voile intégral, je crains que le fait d'en parler trop ne mène à une surenchère, ne suscite des vocations par provocation. S'il y a une loi pour l'interdire, elle devra avoir un caractère général et ne pas stigmatiser les musulmans alors qu'on parle d'une infime minorité. La référence permanente à l'islam dans le débat sur l'identité nationale a choqué beaucoup de gens. Quant aux femmes qui portent ce voile intégral, il faudra veiller à ne pas ajouter de l'exclusion à leur exclusion." 

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

Par , publié le

La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"
"Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine."

M. Nikoubazl/Reuters


"La position de la France est centrale"

"En 2003, nous nous interrogions sur le port du voile islamique à l'école. Depuis, l'islamisme s'est confortablement installé dans nos cités. Ce n'est pas nous qui avons choisi de débattre sur la burqa, ce sont les intégristes. L'islamisme politique nous a déclaré la guerre et nous n'avons pas d'autre choix que de la mener.
Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine. Le voile islamique et la burqa sont à mettre sur le même plan. C'est la même école de pensée qui se radicalise en renvoyant les musulmans aux pires croyances.
La pratique sociale du voile intégral est certes marginale, mais elle a un impact immense en terme de message. Ces gens nous signifient qu'ils ne veulent pas s'intégrer, qu'ils refusent les valeurs occidentales. C'est un délit, comme le racisme peur l'être. Face à cela, la position de la France, pays de la laïcité, est centrale. Si elle ne mène pas le combat contre le voile à la hauteur de ses valeurs, de ses principes, elle ouvre un boulevard aux intégristes à travers toute l'Europe.
Il y a eu énormément de ratages. Dans les années 1980, le pire aurait encore pu être évité si nous avions su accueillir les énergies citoyennes qui émanaient de la communauté musulmane. Au lieu de cela, les portes se sont fermées: celles de l'emploi, de l'école, de la scène politique. Nous nous sommes retrouvés entre musulmans parce que personne ne voulait de nous. Des associations cultuelles se sont multipliées. Les centres islamiques et les mosquées ont pris le relais d'une école en panne d'intégration. Les établissements scolaires se sont mis à proposer des menus halal, à tolérer les absences pendant le ramadan. Résultats: les croyants débordent des mosquées aux heures des prières jusqu'à bloquer des rues, des quartiers entiers. Et le nombre de femmes voilées n'a cessé de croître. Personne n'a pas mesuré le prosélytisme à l'oeuvre: les islamistes voulaient se faire voir. Comment redouter ce que l'on ne connaît pas? Les islamistes, moi, je les connais. Ils sont capables de tout."
"Ca a commencé comme ça en Algérie"
"J'ai le sentiment de percevoir un danger immense que personne d'autre ne voit! Je suis née en France dans une famille de onze enfants, musulmane traditionnelle, mais très ouverte. Je suis partie enseigner le français en Algérie, à Constantine, en 1984, et j'ai pu assister en direct à la montée en puissance des islamistes dans le pays. En rentrant en France cinq ans plus tard, je ne m'imaginais pas recroiser sur les marchés des femmes intégralement voilées et des barbus. Je n'ai pas compris comment les islamistes avaient pu me rejoindre!
La vision du voile m'est insoutenable. A travers ce morceau de tissu, c'est toute l'internationale islamiste qui avance. Le voile est l'instrument de son prosélytisme. C'est comme cela que ça a commencé en Algérie. Mais les islamistes ne sont pas les seuls responsables de ce qui se passe. Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées. Dans les quartiers, un nouveau type d'association fleurit depuis quelques années, soit disant "culturelles": ce sont des lieux d'endoctrinement financés par les dons de leurs adhérents et des associations opaques."

"Si rien n'est fait, l'islamisme se propagera"

"Le salafisme est un courant de l'islam dont la démarche est sectaire, mais il ne s'agit pas d'une secte. Il est né dans l'islam et y possède une filiation très ancienne, enracinée dans le wahhabisme. En revanche, la propagation de la burqa ou du niqab en France, elle, est récente.
L'autre nouveauté, c'est que l'ensemble des courants intégristes défend aujourd'hui le port du voile. Or la burqa n'est qu'une excroissance du voile islamique. Les fondamentalistes ont simplement transposé le voile dans l'espace public. Avec une dernière innovation: les femmes auparavant cloîtrées s'exhibent désormais en voile intégral.
L'islam est dans le prosélytisme. Les salafistes refusent le monde mais veulent agir sur lui et faire des adeptes. Il faut un discours politique contre toutes ces dérives. L'islam n'est pas une exception, il ne faut pas lui réserver un traitement spécifique. Le voile n'est pas une pratique religieuse, c'est un mensonge éhonté. La burqa n'est qu'une surenchère. Le voile est au coeur du dispositif islamiste: la mise sous tutelle des femmes, une idéologie liberticide, une claustration publique, une paranoïa autour des femmes en général. Si nous leur enlevons ce voile, tout l'édifice s'effondre. En revanche, si rien n'est fait, l'islamisme se propagera."

"Le voile n'est pas un signe religieux"

"Qui osera s'en prendre à la racine du problème ? On expulse un imam radical le 10 janvier, mais personne ne s'en prend aux mosquées qui l'ont accueilli. Les associations qui gèrent ces lieux de culte ferment les yeux sur les discours extrémistes. Ce sont elles qui appellent et financent les imams qu'elles invitent. Elles ne sont jamais poursuivies. Les islamistes l'ont bien compris: ils utilisent toutes les failles laissées par l'Etat. Auparavant, lorsqu'un jeune voulait s'opposer à ses parents, à la société, il prenait sa carte au parti communiste. Aujourd'hui, il se convertit. Les attentats du 11 septembre 2001 ont montré à la face du monde que les islamistes étaient capables de braver la première puissance mondiale. Les jeunes en perte de repères se laissent impressionner...
Il faut mettre en place une stratégie globale de lutte contre le salafisme. Le voile n'est pas un signe religieux mais un signe d'idéologie politique. Les islamistes interpréteront l'absence de loi comme une faiblesse. Les islamistes ont besoin de l'homogénéité pour exister. Le voile leur donne une visibilité et leur visibilité rend légitime leurs revendications. Au passage, ils nient aussi implicitement aux "mauvais musulmans" le droit d'appartenir à l'islam."

"Je demande à être protégée"

"En 2004, la loi contre le voile à l'école était nécessaire, elle n'a pas été suffisante. L'islamisme à continuer de prospérer. Les élus ont fait preuve d'un laxisme grave en considérant que le voile n'était qu'une question secondaire. Ni putes ni soumises est née en opposition à cette lame de fond.
Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société. Les islamistes se sont installés dans les quartiers en y ouvrant des associations humanitaires. Les élus ont laissé faire. Certains ont même encouragé le repli communautaire au lieu de fédérer et de donner de l'espace à la jeunesse musulmane.
La plupart des converties à cet islam radical, sectaire, ont eu une enfance difficile, dans laquelle le père n'a souvent pas joué son rôle. Certaines ont subi des abus sexuels. Elles sont en quête d'une structure, de solutions à leur mal-être. Grâce au Coran, beaucoup imaginent même s'émanciper, s'élever au-dessus des hommes qui les ont méprisées. C'est l'invention du féminisme islamique.
Je suis musulmane, je demande à être protégée des extrémistes. Il faut que les élites prennent le risque de légiférer. L'année 2010, rappelons-le, s'est choisie une "grande cause nationale": la violence faite aux femmes."
"Interdire, sans stigmatiser"
"A Grenoble, nous réfléchissons depuis 2003, avec les villes voisines, pour créer la première mosquée intercommunale publique en France, un lieu de culte et d'échanges culturels capable d'accueillir 2000 personnes. Les travaux devraient démarrer cette année. Grenoble compte une petite dizaine de lieux de prière musulmans pour 400 000 habitants, une vingtaine si l'on inclut sa banlieue (400 000 habitants). Le confort et les capacités d'accueil sont souvent insatisfaisants. La burqa n'est pas un signe religieux, mais le risque islamiste ne me paraît pas extrême. Légiférer ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut réussir à interdire, sans stigmatiser. C'est compliqué bien sûr. C'est pour cela qu'il faudrait se donner du temps avant de trancher."
"Internet est un élément de conditionnement fort"
"Nous avons connu trois niveaux de terrorisme. Au début des années 1990, la filière algérienne était alimentée par le front islamique du salut. A partir de 1998, le londonistan s'est développé autour d'imams radicaux librement installés outre-Manche, les camps d'entraînement djihadistes se sont multipliés en Afghanistan. Après les attentats de 2001 et la guerre en Irak, on a vu émerger une nouvelle filière terroriste en Irak. Le recrutement des "martyrs" s'est fait de manière plus individuelle par Internet. La France a commencé à expulser ses imams radicaux et refuser le visa aux intégristes déclarés. Ces mesures ont sévèrement amoindri leur influence directe. A Londres aussi, on ne prône plus en toute liberté le Djihad dans les mosquées.
Avec l'essoufflement de la guerre en Irak, l'un des derniers lieux de Djihad antiaméricain disparaît. L'organisation terroriste manque d'experts, les camps d'entraînement ont été disloqués en partie. Internet est devenu un élément de recrutement et de conditionnement très fort. Une nouvelle génération d'intégristes se nourrit sur la Toile, de vidéos et de communiqués. Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Le refus de la société occidentale ne présage pas nécessairement d'un basculement dans le terrorisme. Mais il s'agit d'avantage d'un conditionnement, d'une radicalisation religieuse qui vient conforter une vision politique. Il s'agit même, je pense, d'une stratégie globale des organisations terroristes: plutôt que de fédérer des réseaux, trop visibles, trop risqués, elles visent des individus. Les projets d'attentat n'en sont que plus difficiles à prévenir."

"Les salafistes sont repliés sur eux-mêmes"

"Dans la plupart des mosquées, on voit des petits groupes de salafistes qui restent entre eux, ne se mêlent pas aux autres fidèles. Il y a encore quelques années, ils tentaient parfois d'approcher des personnes pour les convaincre. Nous avons rapidement mis le ho là... Les salafistes sont hors du temps, replié sur eux-mêmes, comme si le monde n'avait pas changé depuis 14 siècles. Au lieu de comprendre l'esprit du message, ils restent rivés à la lettre. Pour eux, tout est régi par des interdits. Or, l'islam prône l'ouverture et le dialogue.
Les femmes musulmanes qui sont arrivées en France dans les années 1960 ne portaient qu'un petit foulard et la plupart l'ont enlevé. Alors, quand on voit des jeunes femmes nées ici se voiler intégralement, tout le monde doit s'interroger! Souvent, ces jeunes femmes répondent à un enfermement, à une situation d'exclusion dans la société, par un enfermement volontaire. Cela arrive notamment chez les converties, qui sont souvent les plus rigoristes. Elles veulent démontrer leur engagement. Il faut éviter que des gens qui souhaitent se convertir à l'islam tombent dans les mains de ces groupes. Ici, quand nous avons des candidats, nous insistons sur les questions de spiritualité. On n'embrasse pas une religion pour s'habiller différemment, pour ressembler à quelqu'un, faire plaisir à un copain ou se fondre dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans. L'enjeu majeur, c'est d'avoir des imams formés en France, compétents, responsables, capables de court-circuiter le "travail" auquel quelques-uns uns se livrent.
Pour ce qui est du voile intégral, je crains que le fait d'en parler trop ne mène à une surenchère, ne suscite des vocations par provocation. S'il y a une loi pour l'interdire, elle devra avoir un caractère général et ne pas stigmatiser les musulmans alors qu'on parle d'une infime minorité. La référence permanente à l'islam dans le débat sur l'identité nationale a choqué beaucoup de gens. Quant aux femmes qui portent ce voile intégral, il faudra veiller à ne pas ajouter de l'exclusion à leur exclusion." 

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

Par , publié le

La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"
"Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine."

M. Nikoubazl/Reuters


"La position de la France est centrale"

"En 2003, nous nous interrogions sur le port du voile islamique à l'école. Depuis, l'islamisme s'est confortablement installé dans nos cités. Ce n'est pas nous qui avons choisi de débattre sur la burqa, ce sont les intégristes. L'islamisme politique nous a déclaré la guerre et nous n'avons pas d'autre choix que de la mener.
Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine. Le voile islamique et la burqa sont à mettre sur le même plan. C'est la même école de pensée qui se radicalise en renvoyant les musulmans aux pires croyances.
La pratique sociale du voile intégral est certes marginale, mais elle a un impact immense en terme de message. Ces gens nous signifient qu'ils ne veulent pas s'intégrer, qu'ils refusent les valeurs occidentales. C'est un délit, comme le racisme peur l'être. Face à cela, la position de la France, pays de la laïcité, est centrale. Si elle ne mène pas le combat contre le voile à la hauteur de ses valeurs, de ses principes, elle ouvre un boulevard aux intégristes à travers toute l'Europe.
Il y a eu énormément de ratages. Dans les années 1980, le pire aurait encore pu être évité si nous avions su accueillir les énergies citoyennes qui émanaient de la communauté musulmane. Au lieu de cela, les portes se sont fermées: celles de l'emploi, de l'école, de la scène politique. Nous nous sommes retrouvés entre musulmans parce que personne ne voulait de nous. Des associations cultuelles se sont multipliées. Les centres islamiques et les mosquées ont pris le relais d'une école en panne d'intégration. Les établissements scolaires se sont mis à proposer des menus halal, à tolérer les absences pendant le ramadan. Résultats: les croyants débordent des mosquées aux heures des prières jusqu'à bloquer des rues, des quartiers entiers. Et le nombre de femmes voilées n'a cessé de croître. Personne n'a pas mesuré le prosélytisme à l'oeuvre: les islamistes voulaient se faire voir. Comment redouter ce que l'on ne connaît pas? Les islamistes, moi, je les connais. Ils sont capables de tout."
"Ca a commencé comme ça en Algérie"
"J'ai le sentiment de percevoir un danger immense que personne d'autre ne voit! Je suis née en France dans une famille de onze enfants, musulmane traditionnelle, mais très ouverte. Je suis partie enseigner le français en Algérie, à Constantine, en 1984, et j'ai pu assister en direct à la montée en puissance des islamistes dans le pays. En rentrant en France cinq ans plus tard, je ne m'imaginais pas recroiser sur les marchés des femmes intégralement voilées et des barbus. Je n'ai pas compris comment les islamistes avaient pu me rejoindre!
La vision du voile m'est insoutenable. A travers ce morceau de tissu, c'est toute l'internationale islamiste qui avance. Le voile est l'instrument de son prosélytisme. C'est comme cela que ça a commencé en Algérie. Mais les islamistes ne sont pas les seuls responsables de ce qui se passe. Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées. Dans les quartiers, un nouveau type d'association fleurit depuis quelques années, soit disant "culturelles": ce sont des lieux d'endoctrinement financés par les dons de leurs adhérents et des associations opaques."

"Si rien n'est fait, l'islamisme se propagera"

"Le salafisme est un courant de l'islam dont la démarche est sectaire, mais il ne s'agit pas d'une secte. Il est né dans l'islam et y possède une filiation très ancienne, enracinée dans le wahhabisme. En revanche, la propagation de la burqa ou du niqab en France, elle, est récente.
L'autre nouveauté, c'est que l'ensemble des courants intégristes défend aujourd'hui le port du voile. Or la burqa n'est qu'une excroissance du voile islamique. Les fondamentalistes ont simplement transposé le voile dans l'espace public. Avec une dernière innovation: les femmes auparavant cloîtrées s'exhibent désormais en voile intégral.
L'islam est dans le prosélytisme. Les salafistes refusent le monde mais veulent agir sur lui et faire des adeptes. Il faut un discours politique contre toutes ces dérives. L'islam n'est pas une exception, il ne faut pas lui réserver un traitement spécifique. Le voile n'est pas une pratique religieuse, c'est un mensonge éhonté. La burqa n'est qu'une surenchère. Le voile est au coeur du dispositif islamiste: la mise sous tutelle des femmes, une idéologie liberticide, une claustration publique, une paranoïa autour des femmes en général. Si nous leur enlevons ce voile, tout l'édifice s'effondre. En revanche, si rien n'est fait, l'islamisme se propagera."

"Le voile n'est pas un signe religieux"

"Qui osera s'en prendre à la racine du problème ? On expulse un imam radical le 10 janvier, mais personne ne s'en prend aux mosquées qui l'ont accueilli. Les associations qui gèrent ces lieux de culte ferment les yeux sur les discours extrémistes. Ce sont elles qui appellent et financent les imams qu'elles invitent. Elles ne sont jamais poursuivies. Les islamistes l'ont bien compris: ils utilisent toutes les failles laissées par l'Etat. Auparavant, lorsqu'un jeune voulait s'opposer à ses parents, à la société, il prenait sa carte au parti communiste. Aujourd'hui, il se convertit. Les attentats du 11 septembre 2001 ont montré à la face du monde que les islamistes étaient capables de braver la première puissance mondiale. Les jeunes en perte de repères se laissent impressionner...
Il faut mettre en place une stratégie globale de lutte contre le salafisme. Le voile n'est pas un signe religieux mais un signe d'idéologie politique. Les islamistes interpréteront l'absence de loi comme une faiblesse. Les islamistes ont besoin de l'homogénéité pour exister. Le voile leur donne une visibilité et leur visibilité rend légitime leurs revendications. Au passage, ils nient aussi implicitement aux "mauvais musulmans" le droit d'appartenir à l'islam."

"Je demande à être protégée"

"En 2004, la loi contre le voile à l'école était nécessaire, elle n'a pas été suffisante. L'islamisme à continuer de prospérer. Les élus ont fait preuve d'un laxisme grave en considérant que le voile n'était qu'une question secondaire. Ni putes ni soumises est née en opposition à cette lame de fond.
Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société. Les islamistes se sont installés dans les quartiers en y ouvrant des associations humanitaires. Les élus ont laissé faire. Certains ont même encouragé le repli communautaire au lieu de fédérer et de donner de l'espace à la jeunesse musulmane.
La plupart des converties à cet islam radical, sectaire, ont eu une enfance difficile, dans laquelle le père n'a souvent pas joué son rôle. Certaines ont subi des abus sexuels. Elles sont en quête d'une structure, de solutions à leur mal-être. Grâce au Coran, beaucoup imaginent même s'émanciper, s'élever au-dessus des hommes qui les ont méprisées. C'est l'invention du féminisme islamique.
Je suis musulmane, je demande à être protégée des extrémistes. Il faut que les élites prennent le risque de légiférer. L'année 2010, rappelons-le, s'est choisie une "grande cause nationale": la violence faite aux femmes."
"Interdire, sans stigmatiser"
"A Grenoble, nous réfléchissons depuis 2003, avec les villes voisines, pour créer la première mosquée intercommunale publique en France, un lieu de culte et d'échanges culturels capable d'accueillir 2000 personnes. Les travaux devraient démarrer cette année. Grenoble compte une petite dizaine de lieux de prière musulmans pour 400 000 habitants, une vingtaine si l'on inclut sa banlieue (400 000 habitants). Le confort et les capacités d'accueil sont souvent insatisfaisants. La burqa n'est pas un signe religieux, mais le risque islamiste ne me paraît pas extrême. Légiférer ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut réussir à interdire, sans stigmatiser. C'est compliqué bien sûr. C'est pour cela qu'il faudrait se donner du temps avant de trancher."
"Internet est un élément de conditionnement fort"
"Nous avons connu trois niveaux de terrorisme. Au début des années 1990, la filière algérienne était alimentée par le front islamique du salut. A partir de 1998, le londonistan s'est développé autour d'imams radicaux librement installés outre-Manche, les camps d'entraînement djihadistes se sont multipliés en Afghanistan. Après les attentats de 2001 et la guerre en Irak, on a vu émerger une nouvelle filière terroriste en Irak. Le recrutement des "martyrs" s'est fait de manière plus individuelle par Internet. La France a commencé à expulser ses imams radicaux et refuser le visa aux intégristes déclarés. Ces mesures ont sévèrement amoindri leur influence directe. A Londres aussi, on ne prône plus en toute liberté le Djihad dans les mosquées.
Avec l'essoufflement de la guerre en Irak, l'un des derniers lieux de Djihad antiaméricain disparaît. L'organisation terroriste manque d'experts, les camps d'entraînement ont été disloqués en partie. Internet est devenu un élément de recrutement et de conditionnement très fort. Une nouvelle génération d'intégristes se nourrit sur la Toile, de vidéos et de communiqués. Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Le refus de la société occidentale ne présage pas nécessairement d'un basculement dans le terrorisme. Mais il s'agit d'avantage d'un conditionnement, d'une radicalisation religieuse qui vient conforter une vision politique. Il s'agit même, je pense, d'une stratégie globale des organisations terroristes: plutôt que de fédérer des réseaux, trop visibles, trop risqués, elles visent des individus. Les projets d'attentat n'en sont que plus difficiles à prévenir."

"Les salafistes sont repliés sur eux-mêmes"

"Dans la plupart des mosquées, on voit des petits groupes de salafistes qui restent entre eux, ne se mêlent pas aux autres fidèles. Il y a encore quelques années, ils tentaient parfois d'approcher des personnes pour les convaincre. Nous avons rapidement mis le ho là... Les salafistes sont hors du temps, replié sur eux-mêmes, comme si le monde n'avait pas changé depuis 14 siècles. Au lieu de comprendre l'esprit du message, ils restent rivés à la lettre. Pour eux, tout est régi par des interdits. Or, l'islam prône l'ouverture et le dialogue.
Les femmes musulmanes qui sont arrivées en France dans les années 1960 ne portaient qu'un petit foulard et la plupart l'ont enlevé. Alors, quand on voit des jeunes femmes nées ici se voiler intégralement, tout le monde doit s'interroger! Souvent, ces jeunes femmes répondent à un enfermement, à une situation d'exclusion dans la société, par un enfermement volontaire. Cela arrive notamment chez les converties, qui sont souvent les plus rigoristes. Elles veulent démontrer leur engagement. Il faut éviter que des gens qui souhaitent se convertir à l'islam tombent dans les mains de ces groupes. Ici, quand nous avons des candidats, nous insistons sur les questions de spiritualité. On n'embrasse pas une religion pour s'habiller différemment, pour ressembler à quelqu'un, faire plaisir à un copain ou se fondre dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans. L'enjeu majeur, c'est d'avoir des imams formés en France, compétents, responsables, capables de court-circuiter le "travail" auquel quelques-uns uns se livrent.
Pour ce qui est du voile intégral, je crains que le fait d'en parler trop ne mène à une surenchère, ne suscite des vocations par provocation. S'il y a une loi pour l'interdire, elle devra avoir un caractère général et ne pas stigmatiser les musulmans alors qu'on parle d'une infime minorité. La référence permanente à l'islam dans le débat sur l'identité nationale a choqué beaucoup de gens. Quant aux femmes qui portent ce voile intégral, il faudra veiller à ne pas ajouter de l'exclusion à leur exclusion." 

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"La position de la France est centrale"

"En 2003, nous nous interrogions sur le port du voile islamique à l'école. Depuis, l'islamisme s'est confortablement installé dans nos cités. Ce n'est pas nous qui avons choisi de débattre sur la burqa, ce sont les intégristes. L'islamisme politique nous a déclaré la guerre et nous n'avons pas d'autre choix que de la mener.
Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine. Le voile islamique et la burqa sont à mettre sur le même plan. C'est la même école de pensée qui se radicalise en renvoyant les musulmans aux pires croyances.
La pratique sociale du voile intégral est certes marginale, mais elle a un impact immense en terme de message. Ces gens nous signifient qu'ils ne veulent pas s'intégrer, qu'ils refusent les valeurs occidentales. C'est un délit, comme le racisme peur l'être. Face à cela, la position de la France, pays de la laïcité, est centrale. Si elle ne mène pas le combat contre le voile à la hauteur de ses valeurs, de ses principes, elle ouvre un boulevard aux intégristes à travers toute l'Europe.
Il y a eu énormément de ratages. Dans les années 1980, le pire aurait encore pu être évité si nous avions su accueillir les énergies citoyennes qui émanaient de la communauté musulmane. Au lieu de cela, les portes se sont fermées: celles de l'emploi, de l'école, de la scène politique. Nous nous sommes retrouvés entre musulmans parce que personne ne voulait de nous. Des associations cultuelles se sont multipliées. Les centres islamiques et les mosquées ont pris le relais d'une école en panne d'intégration. Les établissements scolaires se sont mis à proposer des menus halal, à tolérer les absences pendant le ramadan. Résultats: les croyants débordent des mosquées aux heures des prières jusqu'à bloquer des rues, des quartiers entiers. Et le nombre de femmes voilées n'a cessé de croître. Personne n'a pas mesuré le prosélytisme à l'oeuvre: les islamistes voulaient se faire voir. Comment redouter ce que l'on ne connaît pas? Les islamistes, moi, je les connais. Ils sont capables de tout."
"Ca a commencé comme ça en Algérie"
"J'ai le sentiment de percevoir un danger immense que personne d'autre ne voit! Je suis née en France dans une famille de onze enfants, musulmane traditionnelle, mais très ouverte. Je suis partie enseigner le français en Algérie, à Constantine, en 1984, et j'ai pu assister en direct à la montée en puissance des islamistes dans le pays. En rentrant en France cinq ans plus tard, je ne m'imaginais pas recroiser sur les marchés des femmes intégralement voilées et des barbus. Je n'ai pas compris comment les islamistes avaient pu me rejoindre!
La vision du voile m'est insoutenable. A travers ce morceau de tissu, c'est toute l'internationale islamiste qui avance. Le voile est l'instrument de son prosélytisme. C'est comme cela que ça a commencé en Algérie. Mais les islamistes ne sont pas les seuls responsables de ce qui se passe. Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées. Dans les quartiers, un nouveau type d'association fleurit depuis quelques années, soit disant "culturelles": ce sont des lieux d'endoctrinement financés par les dons de leurs adhérents et des associations opaques."

"Si rien n'est fait, l'islamisme se propagera"

"Le salafisme est un courant de l'islam dont la démarche est sectaire, mais il ne s'agit pas d'une secte. Il est né dans l'islam et y possède une filiation très ancienne, enracinée dans le wahhabisme. En revanche, la propagation de la burqa ou du niqab en France, elle, est récente.
L'autre nouveauté, c'est que l'ensemble des courants intégristes défend aujourd'hui le port du voile. Or la burqa n'est qu'une excroissance du voile islamique. Les fondamentalistes ont simplement transposé le voile dans l'espace public. Avec une dernière innovation: les femmes auparavant cloîtrées s'exhibent désormais en voile intégral.
L'islam est dans le prosélytisme. Les salafistes refusent le monde mais veulent agir sur lui et faire des adeptes. Il faut un discours politique contre toutes ces dérives. L'islam n'est pas une exception, il ne faut pas lui réserver un traitement spécifique. Le voile n'est pas une pratique religieuse, c'est un mensonge éhonté. La burqa n'est qu'une surenchère. Le voile est au coeur du dispositif islamiste: la mise sous tutelle des femmes, une idéologie liberticide, une claustration publique, une paranoïa autour des femmes en général. Si nous leur enlevons ce voile, tout l'édifice s'effondre. En revanche, si rien n'est fait, l'islamisme se propagera."

"Le voile n'est pas un signe religieux"

"Qui osera s'en prendre à la racine du problème ? On expulse un imam radical le 10 janvier, mais personne ne s'en prend aux mosquées qui l'ont accueilli. Les associations qui gèrent ces lieux de culte ferment les yeux sur les discours extrémistes. Ce sont elles qui appellent et financent les imams qu'elles invitent. Elles ne sont jamais poursuivies. Les islamistes l'ont bien compris: ils utilisent toutes les failles laissées par l'Etat. Auparavant, lorsqu'un jeune voulait s'opposer à ses parents, à la société, il prenait sa carte au parti communiste. Aujourd'hui, il se convertit. Les attentats du 11 septembre 2001 ont montré à la face du monde que les islamistes étaient capables de braver la première puissance mondiale. Les jeunes en perte de repères se laissent impressionner...
Il faut mettre en place une stratégie globale de lutte contre le salafisme. Le voile n'est pas un signe religieux mais un signe d'idéologie politique. Les islamistes interpréteront l'absence de loi comme une faiblesse. Les islamistes ont besoin de l'homogénéité pour exister. Le voile leur donne une visibilité et leur visibilité rend légitime leurs revendications. Au passage, ils nient aussi implicitement aux "mauvais musulmans" le droit d'appartenir à l'islam."

"Je demande à être protégée"

"En 2004, la loi contre le voile à l'école était nécessaire, elle n'a pas été suffisante. L'islamisme à continuer de prospérer. Les élus ont fait preuve d'un laxisme grave en considérant que le voile n'était qu'une question secondaire. Ni putes ni soumises est née en opposition à cette lame de fond.
Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société. Les islamistes se sont installés dans les quartiers en y ouvrant des associations humanitaires. Les élus ont laissé faire. Certains ont même encouragé le repli communautaire au lieu de fédérer et de donner de l'espace à la jeunesse musulmane.
La plupart des converties à cet islam radical, sectaire, ont eu une enfance difficile, dans laquelle le père n'a souvent pas joué son rôle. Certaines ont subi des abus sexuels. Elles sont en quête d'une structure, de solutions à leur mal-être. Grâce au Coran, beaucoup imaginent même s'émanciper, s'élever au-dessus des hommes qui les ont méprisées. C'est l'invention du féminisme islamique.
Je suis musulmane, je demande à être protégée des extrémistes. Il faut que les élites prennent le risque de légiférer. L'année 2010, rappelons-le, s'est choisie une "grande cause nationale": la violence faite aux femmes."
"Interdire, sans stigmatiser"
"A Grenoble, nous réfléchissons depuis 2003, avec les villes voisines, pour créer la première mosquée intercommunale publique en France, un lieu de culte et d'échanges culturels capable d'accueillir 2000 personnes. Les travaux devraient démarrer cette année. Grenoble compte une petite dizaine de lieux de prière musulmans pour 400 000 habitants, une vingtaine si l'on inclut sa banlieue (400 000 habitants). Le confort et les capacités d'accueil sont souvent insatisfaisants. La burqa n'est pas un signe religieux, mais le risque islamiste ne me paraît pas extrême. Légiférer ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut réussir à interdire, sans stigmatiser. C'est compliqué bien sûr. C'est pour cela qu'il faudrait se donner du temps avant de trancher."
"Internet est un élément de conditionnement fort"
"Nous avons connu trois niveaux de terrorisme. Au début des années 1990, la filière algérienne était alimentée par le front islamique du salut. A partir de 1998, le londonistan s'est développé autour d'imams radicaux librement installés outre-Manche, les camps d'entraînement djihadistes se sont multipliés en Afghanistan. Après les attentats de 2001 et la guerre en Irak, on a vu émerger une nouvelle filière terroriste en Irak. Le recrutement des "martyrs" s'est fait de manière plus individuelle par Internet. La France a commencé à expulser ses imams radicaux et refuser le visa aux intégristes déclarés. Ces mesures ont sévèrement amoindri leur influence directe. A Londres aussi, on ne prône plus en toute liberté le Djihad dans les mosquées.
Avec l'essoufflement de la guerre en Irak, l'un des derniers lieux de Djihad antiaméricain disparaît. L'organisation terroriste manque d'experts, les camps d'entraînement ont été disloqués en partie. Internet est devenu un élément de recrutement et de conditionnement très fort. Une nouvelle génération d'intégristes se nourrit sur la Toile, de vidéos et de communiqués. Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Le refus de la société occidentale ne présage pas nécessairement d'un basculement dans le terrorisme. Mais il s'agit d'avantage d'un conditionnement, d'une radicalisation religieuse qui vient conforter une vision politique. Il s'agit même, je pense, d'une stratégie globale des organisations terroristes: plutôt que de fédérer des réseaux, trop visibles, trop risqués, elles visent des individus. Les projets d'attentat n'en sont que plus difficiles à prévenir."

"Les salafistes sont repliés sur eux-mêmes"

"Dans la plupart des mosquées, on voit des petits groupes de salafistes qui restent entre eux, ne se mêlent pas aux autres fidèles. Il y a encore quelques années, ils tentaient parfois d'approcher des personnes pour les convaincre. Nous avons rapidement mis le ho là... Les salafistes sont hors du temps, replié sur eux-mêmes, comme si le monde n'avait pas changé depuis 14 siècles. Au lieu de comprendre l'esprit du message, ils restent rivés à la lettre. Pour eux, tout est régi par des interdits. Or, l'islam prône l'ouverture et le dialogue.
Les femmes musulmanes qui sont arrivées en France dans les années 1960 ne portaient qu'un petit foulard et la plupart l'ont enlevé. Alors, quand on voit des jeunes femmes nées ici se voiler intégralement, tout le monde doit s'interroger! Souvent, ces jeunes femmes répondent à un enfermement, à une situation d'exclusion dans la société, par un enfermement volontaire. Cela arrive notamment chez les converties, qui sont souvent les plus rigoristes. Elles veulent démontrer leur engagement. Il faut éviter que des gens qui souhaitent se convertir à l'islam tombent dans les mains de ces groupes. Ici, quand nous avons des candidats, nous insistons sur les questions de spiritualité. On n'embrasse pas une religion pour s'habiller différemment, pour ressembler à quelqu'un, faire plaisir à un copain ou se fondre dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans. L'enjeu majeur, c'est d'avoir des imams formés en France, compétents, responsables, capables de court-circuiter le "travail" auquel quelques-uns uns se livrent.
Pour ce qui est du voile intégral, je crains que le fait d'en parler trop ne mène à une surenchère, ne suscite des vocations par provocation. S'il y a une loi pour l'interdire, elle devra avoir un caractère général et ne pas stigmatiser les musulmans alors qu'on parle d'une infime minorité. La référence permanente à l'islam dans le débat sur l'identité nationale a choqué beaucoup de gens. Quant aux femmes qui portent ce voile intégral, il faudra veiller à ne pas ajouter de l'exclusion à leur exclusion."

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

Par , publié le

La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

Par , publié le

La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

"Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société"

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99
Par Julie Joly, publié le 26/01/2010 à  10:00
La mission parlementaire sur le voile intégral rend ses conclusions ce mardi. Français d'origine algérienne, militante féministe, député, imams et spécialiste de la lutte antiterroriste livrent leur avis sur la burqa et son éventuelle interdiction.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-voile-n-est-pas-un-probleme-musulman-mais-un-drame-de-societe_843621.html#TtvkHiJ0wGeUy8o0.99

"La position de la France est centrale"

Djemila Benhabib
37 ans, née d'un père algérien et d'une mère chypriote, élevée à Oran (Algérie) puis exilée en France sous la menace islamiste, en 1994.

Elle vit actuellement au Québec et vient de publier Ma vie à contre-Coran, une femme témoigne sur les islamistes (vlb éditeur, octobre 2009)

"En 2003, nous nous interrogions sur le port du voile islamique à l'école. Depuis, l'islamisme s'est confortablement installé dans nos cités. Ce n'est pas nous qui avons choisi de débattre sur la burqa, ce sont les intégristes. L'islamisme politique nous a déclaré la guerre et nous n'avons pas d'autre choix que de la mener.

Nous ne devons pas nous battre contre la burqa au nom de la laïcité, mais au nom de la dignité humaine. Le voile islamique et la burqa sont à mettre sur le même plan. C'est la même école de pensée qui se radicalise en renvoyant les musulmans aux pires croyances.

La pratique sociale du voile intégral est certes marginale, mais elle a un impact immense en terme de message. Ces gens nous signifient qu'ils ne veulent pas s'intégrer, qu'ils refusent les valeurs occidentales. C'est un délit, comme le racisme peur l'être. Face à cela, la position de la France, pays de la laïcité, est centrale. Si elle ne mène pas le combat contre le voile à la hauteur de ses valeurs, de ses principes, elle ouvre un boulevard aux intégristes à travers toute l'Europe.

Il y a eu énormément de ratages. Dans les années 1980, le pire aurait encore pu être évité si nous avions su accueillir les énergies citoyennes qui émanaient de la communauté musulmane. Au lieu de cela, les portes se sont fermées: celles de l'emploi, de l'école, de la scène politique. Nous nous sommes retrouvés entre musulmans parce que personne ne voulait de nous. Des associations cultuelles se sont multipliées. Les centres islamiques et les mosquées ont pris le relais d'une école en panne d'intégration. Les établissements scolaires se sont mis à proposer des menus halal, à tolérer les absences pendant le ramadan. Résultats: les croyants débordent des mosquées aux heures des prières jusqu'à bloquer des rues, des quartiers entiers. Et le nombre de femmes voilées n'a cessé de croître. Personne n'a pas mesuré le prosélytisme à l'oeuvre: les islamistes voulaient se faire voir. Comment redouter ce que l'on ne connaît pas? Les islamistes, moi, je les connais. Ils sont capables de tout."
"Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées."
"Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées."
REUTERS/Farid Alouache

"Ca a commencé comme ça en Algérie"

Soad Baba-Aissa
Membre de l'Initiative féministe européenne. Née en France de parents algériens, elle a enseigné le Français à Constantine (Algérie) entre 1984 et 1989, avant de revenir en France, inquiète de la montée de l'islamisme.

"J'ai le sentiment de percevoir un danger immense que personne d'autre ne voit! Je suis née en France dans une famille de onze enfants, musulmane traditionnelle, mais très ouverte. Je suis partie enseigner le français en Algérie, à Constantine, en 1984, et j'ai pu assister en direct à la montée en puissance des islamistes dans le pays. En rentrant en France cinq ans plus tard, je ne m'imaginais pas recroiser sur les marchés des femmes intégralement voilées et des barbus. Je n'ai pas compris comment les islamistes avaient pu me rejoindre!

La vision du voile m'est insoutenable. A travers ce morceau de tissu, c'est toute l'internationale islamiste qui avance. Le voile est l'instrument de son prosélytisme. C'est comme cela que ça a commencé en Algérie. Mais les islamistes ne sont pas les seuls responsables de ce qui se passe. Le déni de citoyenneté, les discriminations, la ghettoïsation, la privation du droit au logement décent, aux transports, au travail, ont profondément marqué les populations d'origines immigrées. Dans les quartiers, un nouveau type d'association fleurit depuis quelques années, soit disant "culturelles": ce sont des lieux d'endoctrinement financés par les dons de leurs adhérents et des associations opaques."

"Si rien n'est fait, l'islamisme se propagera"

Leila Babès
Professeur de sociologie des religions à l'université catholique de Lille, elle a publié Le voile démystifié (Bayard, 2004).

"Le salafisme est un courant de l'islam dont la démarche est sectaire, mais il ne s'agit pas d'une secte. Il est né dans l'islam et y possède une filiation très ancienne, enracinée dans le wahhabisme. En revanche, la propagation de la burqa ou du niqab en France, elle, est récente.

L'autre nouveauté, c'est que l'ensemble des courants intégristes défend aujourd'hui le port du voile. Or la burqa n'est qu'une excroissance du voile islamique. Les fondamentalistes ont simplement transposé le voile dans l'espace public. Avec une dernière innovation: les femmes auparavant cloîtrées s'exhibent désormais en voile intégral.

L'islam est dans le prosélytisme. Les salafistes refusent le monde mais veulent agir sur lui et faire des adeptes. Il faut un discours politique contre toutes ces dérives. L'islam n'est pas une exception, il ne faut pas lui réserver un traitement spécifique. Le voile n'est pas une pratique religieuse, c'est un mensonge éhonté. La burqa n'est qu'une surenchère. Le voile est au coeur du dispositif islamiste: la mise sous tutelle des femmes, une idéologie liberticide, une claustration publique, une paranoïa autour des femmes en général. Si nous leur enlevons ce voile, tout l'édifice s'effondre. En revanche, si rien n'est fait, l'islamisme se propagera."

"Le voile n'est pas un signe religieux"

Mohamed Sifaoui
Journaliste algérien, auteur de Pourquoi l'islamisme séduit-il? (Armand Colin, janvier 2010).

"Qui osera s'en prendre à la racine du problème ? On expulse un imam radical le 10 janvier, mais personne ne s'en prend aux mosquées qui l'ont accueilli. Les associations qui gèrent ces lieux de culte ferment les yeux sur les discours extrémistes. Ce sont elles qui appellent et financent les imams qu'elles invitent. Elles ne sont jamais poursuivies. Les islamistes l'ont bien compris: ils utilisent toutes les failles laissées par l'Etat. Auparavant, lorsqu'un jeune voulait s'opposer à ses parents, à la société, il prenait sa carte au parti communiste. Aujourd'hui, il se convertit. Les attentats du 11 septembre 2001 ont montré à la face du monde que les islamistes étaient capables de braver la première puissance mondiale. Les jeunes en perte de repères se laissent impressionner...

Il faut mettre en place une stratégie globale de lutte contre le salafisme. Le voile n'est pas un signe religieux mais un signe d'idéologie politique. Les islamistes interpréteront l'absence de loi comme une faiblesse. Les islamistes ont besoin de l'homogénéité pour exister. Le voile leur donne une visibilité et leur visibilité rend légitime leurs revendications. Au passage, ils nient aussi implicitement aux "mauvais musulmans" le droit d'appartenir à l'islam."

"Je demande à être protégée"

Sihem Habchi
Présidente de l'association féministe
Ni putes ni soumises.

"En 2004, la loi contre le voile à l'école était nécessaire, elle n'a pas été suffisante. L'islamisme à continuer de prospérer. Les élus ont fait preuve d'un laxisme grave en considérant que le voile n'était qu'une question secondaire. Ni putes ni soumises est née en opposition à cette lame de fond.

Le voile n'est pas un problème musulman mais un drame de société. Les islamistes se sont installés dans les quartiers en y ouvrant des associations humanitaires. Les élus ont laissé faire. Certains ont même encouragé le repli communautaire au lieu de fédérer et de donner de l'espace à la jeunesse musulmane.

La plupart des converties à cet islam radical, sectaire, ont eu une enfance difficile, dans laquelle le père n'a souvent pas joué son rôle. Certaines ont subi des abus sexuels. Elles sont en quête d'une structure, de solutions à leur mal-être. Grâce au Coran, beaucoup imaginent même s'émanciper, s'élever au-dessus des hommes qui les ont méprisées. C'est l'invention du féminisme islamique.

Je suis musulmane, je demande à être protégée des extrémistes. Il faut que les élites prennent le risque de légiférer. L'année 2010, rappelons-le, s'est choisie une "grande cause nationale": la violence faite aux femmes."

"Interdire, sans stigmatiser"

Michel Destot
Député-maire socialiste de Grenoble, président de l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF).

"A Grenoble, nous réfléchissons depuis 2003, avec les villes voisines, pour créer la première mosquée intercommunale publique en France, un lieu de culte et d'échanges culturels capable d'accueillir 2000 personnes. Les travaux devraient démarrer cette année. Grenoble compte une petite dizaine de lieux de prière musulmans pour 400 000 habitants, une vingtaine si l'on inclut sa banlieue (400 000 habitants). Le confort et les capacités d'accueil sont souvent insatisfaisants. La burqa n'est pas un signe religieux, mais le risque islamiste ne me paraît pas extrême. Légiférer ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut réussir à interdire, sans stigmatiser. C'est compliqué bien sûr. C'est pour cela qu'il faudrait se donner du temps avant de trancher."

"Internet est un élément de conditionnement fort"

Louis Caprioli
Ancien sous-directeur de la direction de la surveillance du territoire (DST) entre 1998 et 2004, responsable de la lutte antiterroriste à l'échelle internationale. Conseiller spécial pour la société de gestion du risque Géos.

"Nous avons connu trois niveaux de terrorisme. Au début des années 1990, la filière algérienne était alimentée par le front islamique du salut. A partir de 1998, le londonistan s'est développé autour d'imams radicaux librement installés outre-Manche, les camps d'entraînement djihadistes se sont multipliés en Afghanistan. Après les attentats de 2001 et la guerre en Irak, on a vu émerger une nouvelle filière terroriste en Irak. Le recrutement des "martyrs" s'est fait de manière plus individuelle par Internet. La France a commencé à expulser ses imams radicaux et refuser le visa aux intégristes déclarés. Ces mesures ont sévèrement amoindri leur influence directe. A Londres aussi, on ne prône plus en toute liberté le Djihad dans les mosquées.

Avec l'essoufflement de la guerre en Irak, l'un des derniers lieux de Djihad antiaméricain disparaît. L'organisation terroriste manque d'experts, les camps d'entraînement ont été disloqués en partie. Internet est devenu un élément de recrutement et de conditionnement très fort. Une nouvelle génération d'intégristes se nourrit sur la Toile, de vidéos et de communiqués. Tous ne sont pas des terroristes potentiels. Le refus de la société occidentale ne présage pas nécessairement d'un basculement dans le terrorisme. Mais il s'agit d'avantage d'un conditionnement, d'une radicalisation religieuse qui vient conforter une vision politique. Il s'agit même, je pense, d'une stratégie globale des organisations terroristes: plutôt que de fédérer des réseaux, trop visibles, trop risqués, elles visent des individus. Les projets d'attentat n'en sont que plus difficiles à prévenir."

"Les
salafistes sont repliés sur eux-mêmes"

Kamel Kabtane
Recteur de la grande mosquée de Lyon.

"Dans la plupart des mosquées, on voit des petits groupes de salafistes qui restent entre eux, ne se mêlent pas aux autres fidèles. Il y a encore quelques années, ils tentaient parfois d'approcher des personnes pour les convaincre. Nous avons rapidement mis le ho là... Les salafistes sont hors du temps, replié sur eux-mêmes, comme si le monde n'avait pas changé depuis 14 siècles. Au lieu de comprendre l'esprit du message, ils restent rivés à la lettre. Pour eux, tout est régi par des interdits. Or, l'islam prône l'ouverture et le dialogue.

Les femmes musulmanes qui sont arrivées en France dans les années 1960 ne portaient qu'un petit foulard et la plupart l'ont enlevé. Alors, quand on voit des jeunes femmes nées ici se voiler intégralement, tout le monde doit s'interroger! Souvent, ces jeunes femmes répondent à un enfermement, à une situation d'exclusion dans la société, par un enfermement volontaire. Cela arrive notamment chez les converties, qui sont souvent les plus rigoristes. Elles veulent démontrer leur engagement. Il faut éviter que des gens qui souhaitent se convertir à l'islam tombent dans les mains de ces groupes. Ici, quand nous avons des candidats, nous insistons sur les questions de spiritualité. On n'embrasse pas une religion pour s'habiller différemment, pour ressembler à quelqu'un, faire plaisir à un copain ou se fondre dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans. L'enjeu majeur, c'est d'avoir des imams formés en France, compétents, responsables, capables de court-circuiter le "travail" auquel quelques-uns uns se livrent.

Pour ce qui est du voile intégral, je crains que le fait d'en parler trop ne mène à une surenchère, ne suscite des vocations par provocation. S'il y a une loi pour l'interdire, elle devra avoir un caractère général et ne pas stigmatiser les musulmans alors qu'on parle d'une infime minorité. La référence permanente à l'islam dans le débat sur l'identité nationale a choqué beaucoup de gens. Quant aux femmes qui portent ce voile intégral, il faudra veiller à ne pas ajouter de l'exclusion à leur exclusion."

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