Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

vendredi 11 mars 2016

Entre la folie et la raison..la mystification






Une panique immense m’emparait hier soir à la lecture d’un courriel d’un ami virtuel.
Le délire de ses propos m’a fait réagir avec une pulsation cardiaque à faire éclater les neurones de mon cerveau.
Je me retrouvais devant l’écriture d’un homme dans la folie pure alors qu’auparavant ses écrits étaient d’une intelligence raffinée.

Ma première réaction, j'efface ce message continuant mon ptit train train en poursuivant tranquillement la fin de mon film à la télé et me détachant de sa souffrance psychotique.
Je n’ai rien vu et je n’ai rien entendu et je ne lui dois absolument rien. Le même principe s’applique à voir un blessé grave sur la route en poursuivant son chemin. Je ne connais pas cet homme, je ne l’ai jamais rencontré, ni son adresse, ni son numéro de téléphone ne pouvait me permettre de le rejoindre  pour moi dans sa folie.

La seule chose qui me rattache à lui est mon ordi et cette page de mots complètement délirants.
Je m’installais confortablement avec ma chatte à poursuivre mon cinéma maison, mais la ptite voix de ma conscience criait de faire quelque chose… mais quoi????
J’étais totalement impuissante, alors l’idée me vient d’appeler le 911 afin de signaler le danger .
Le seul indice, son nom et le coin de la ville où il demeurait.
Cet homme pour moi était en danger de mort et la voix de ma conscience ne pouvait disparaitre. La police a fait tous les efforts afin de retrouver cet homme, ils sont même venus à la maison afin de rechercher son adresse IP pour le localiser, il était évident pour moi qu’il pouvait mourir et j’étais la seule qui pouvait lui envoyer de l’aide.

Dans mon salon, la police auprès de moi à lire son courriel pour bien déterminer la gravité de sa folie, tout à coup,  je reçois un autre courriel de lui me disant....

 J'aime beaucoup pratiquer l'auto-dérision, mais je me demande si avec toi il ne vaudrait pas mieux que je m'abstienne de m'offrir ce plaisir.

Pour moi, un inventeur qui invente un truc pour stimuler son cerveau, supposément pour pouvoir écrire quelque chose de tellement émouvant que son destinataire va vivre l'expérience de sa vie, mais qui au bout de quelques secondes après avoir branché son supposé stimulateur, il se retrouve avec le cerveau grillé, tellement grillé qu'il se met à dire n'importe quoi qui n'a ni queue ni tête, et qu'il ne trouve même plus la façon de se sortir de son damné courriel, bien pour moi c'est drôle. C'est de l'auto-dérision.

Je ne pense pas avoir besoin d'un psy, mais ça ne serait pas une mauvaise idée que tu relises ma composition (dans le sens de pure création, de fiction) pour essayer au moins de comprendre le plaisir que j'ai pu avoir à rire de moi.


Je voulais le tuer….pour finir la seule image qui m’est venue à l’esprit est celle d’Orson Welles. 




Je publierai peut-être son texte fort intéressant et génial quand on sait que ce n’est que de la fiction dans un autre article.
Lorraine

Orson Welles, le génie mysticateur
 source: Le Monde
Orson Welles n'avait que 23 ans lorsqu'il réalisa sa plus fumante mystification. Né le 6 mai 1915 à Kenosha, dans le Wisconsin, deuxième fils de Dick et Beatrice Welles, le petit Orson aurait, selon la légende, sidéré son pédiatre, le docteur Bernstein, à l'âge de 18 mois, en lui déclarant du fond de son berceau : "Le désir de prendre médecine est l'un des traits qui distinguent l'homme de l'animal." Le docteur eut-il l'oreille abusée ou complaisante ? Il est vrai qu'il s'intéressait de près à Beatrice Welles et qu'après la disparition de la maman il reporta son affection sur son fils. Il affirma que ce bébé avait en lui l'étincelle du génie, une braise sur laquelle il était de son devoir de souffler. Il s'incrusta dans la famille et couvrit l'enfant de cadeaux, un théâtre de marionnettes, une boîte à fards, une panoplie de magicien : les trois armes du futur blason de Welles.

Son diagnostic se montra juste. A 10 ans, le petit Orson lisait Shakespeare dans le texte et jouait le roi Lear, grimé en vieillard. A 17 ans, il faisait ses débuts sur scène à Dublin. A 20, il s'exila à New York et fonda sa troupe, le Mercury Theatre, qui ne rencontra pas son public. Afin d'essuyer ses pertes, Welles accepta de travailler pour la radio, où sa voix colossale et envoûtante fit merveille. Le réseau de CBS lui commanda une série hebdomadaire de pièces radiophoniques d'une heure, diffusées le lundi soir. Un ami avocat lui fit remarquer que CBS se réservant le droit de censure sur les scénarii de Welles, il était logique qu'elle soit aussi responsable des éventuelles répercussions de ces programmes. Welles dut le bénir ad aeternam pour ce conseil.

Après un mois de rodage, l'émission piétinait, quand Welles proposa une énième adaptation de La Guerre des mondes , de H. G Wells, pour la fête d'Halloween, à la fin d'octobre. CBS se demanda vaguement pourquoi Welles insistait pour que la pièce soit ponctuée par des intermèdes musicaux plus longs que d'ordinaire, ignorant qu'il avait en outre choisi non pas des chansons à la mode, mais ce qu'il avait déniché de plus fade et exaspérant.

Le lundi 30 octobre 1938, à 20 heures, l'émission démarra par la retransmission d'une soirée dansante de Ramon Raquello, puis un présentateur intervint brusquement à l'antenne pour un "bulletin spécial" : on venait d'observer une série d'explosions sur la planète Mars. La musique d'interlude reprit, niaise, interminable. Les bulletins spéciaux de plus en plus alarmants se succédèrent, entre deux tunnels de musique légère, comme si les journalistes affolés cherchaient à gagner du temps. On apprit qu'un engin spatial avait atterri dans le New Jersey. Sur place, un reporter horrifié décrivit les monstres hideux qui en sortaient, avant d'être lui-même dévoré en direct. Orson Welles tenait le rôle d'un astronome glosant sur le type d'armes utilisées par les extraterrestres. Enfin un présentateur coupa les violons pour annoncer d'un ton grave qu'il s'agissait là, chose incroyable, d'une invasion de l'armée des Martiens.

Un vent de folie parcourut l'Amérique, des milliers de personnes hystériques qui avaient pris l'émission de Welles en cours se jetèrent sur les routes pour fuir les petits hommes verts. Les gens appelaient de partout, ils avaient vu les Martiens, les cadavres. Le cadrage inhabituel de Welles, en contraste avec ses flonflons insipides, avait fait mouche très au-delà de ses espérances. En 1938, les Américains faisaient pleinement confiance à la radio et aux journaux.

L'émission fut vite interrompue, Welles et son équipe conduits à la police. CBS, tenue pour légalement responsable de la panique, grâce au conseil de l'avocat de Welles, fut condamnée à payer près de 1 million de dollars pour les jambes cassées de ses auditeurs. En une nuit, Welles fut mondialement célèbre et vit s'ouvrir les portes d'Hollywood. Privilège inédit, le studio RKO lui laissa carte blanche pour son premier film. Welles, nullement assagi, profitera bientôt de cette liberté pour tourner, envers et contre tous, une autre machine infernale, Citizen Kane , son chef-d'oeuvre.

La prédiction et les cadeaux du docteur Bernstein n'avaient pas été vains. Sa vie durant, Welles fut un magicien désespéré, avec ses faux nez, ses jeux de miroirs (La Dame de Shanghaï ), ses films fantômes, vouant un culte aux faussaires, jusqu'à F for Fake , consacré à Elmyr de Hory. Doit-on, pour le succès de ce canular à la radio, ranger Welles lui-même parmi les faussaires ? Non, plutôt comme un observateur et un amateur du faux. Son émission de 1938 sur les Martiens avait été normalement présentée comme une fiction. En utilisant un medium jugé "fiable", la radio, en bousculant la placidité de ses concitoyens, il en fit courir beaucoup, mais les amena aussi à être moins crédules. La Guerre des mondes fut une blague monumentale, pas un faux. Par cette expérience limite, Welles défricha un espace nouveau de réflexion (au double sens du verbe réfléchir), légitima une catégorie esthétique d'un vaste avenir, celle du faux ludique.

Avec ce terme de "faux ludique", on vise moins la morale que la sensibilité. D'une certaine manière, nous sentons intuitivement que des Hans van Meegeren, des Elmyr de Hory, sont des dinosaures. Ils appartiennent au passé, même si des émules sont mûrs pour prendre la relève, qui s'acharnent déjà sur une troisième ou quatrième version des Iris de Van Gogh. Au prix atteint par la seconde, on les comprend.

Mais curieusement ils ne nous paraissent plus en phase avec aujourd'hui. Pour des musées ou des propriétaires privés, la question du faux reste bien entendu cruciale. Les premiers sont des institutions dont la raison d'être est de veiller sur le trésor identitaire de la nation, et la mission fondamentale, de recueillir des oeuvres originales ; garants du vrai, leur impératif est de ne conserver que des pièces d'une authenticité irrécusable, puisqu'on accourt chaque jour des quatre coins du globe au Louvre, au Prado, en rangs serrés et au pas de charge pour approcher enfin le vrai, ne serait-ce qu'une seconde et d'un oeil hagard, voir l'oeuvre matrice. On ne badine pas avec la manne du tourisme. Leur parole fait foi.

Les propriétaires privés, héritiers ou connaisseurs, savent qu'avec un authentique renommé ils ont reçu ou englouti une fortune qui partirait en fumée si celui-ci était prouvé faux. Le vrai, c'est d'abord de l'argent. En fait, combien sont-ils dans le monde ceux que l'authentique concerne d'aussi près ? Une escouade de muséologues, une poignée de milliardaires, peu de gens. Et les autres ?

Avec la photo et l'essor massif de la reproduction des oeuvres d'art au cours du siècle dernier, ce que Malraux nommait notre " musée imaginaire " a inondé les cerveaux d'une immense partie de l'humanité d'un raz-de-marée d'images répétées sur tous les supports possibles, télévision, manuels scolaires, affiches publicitaires, magazines, tee-shirts, autocollants, etc.

D'un monde pauvre en images où les tableaux étaient réservés aux églises, aux châteaux, aux salons bourgeois, aux privilégiés, on est passé à un univers démocratique virtuel gavé de représentations. Grande bouffe culturelle et gigantesque régression du goût. Saturés de beauté, nous ne la voyons guère mieux qu'avant. Morte, elle ne nous émeut plus, nous indiffère. La Joconde, Guernica, Le Radeau de la Méduse ? Déjà vus dans le journal. Poussin, Renoir, Matisse ? Croisés dans le métro. Pas les vrais, mais c'est tout comme. Au fond, qu'est-ce qu'il a de plus, l'original à X millions d'euros ? Si ça se trouve, il est petit, moins visible que sur les murs du centre commercial où l'on entend du Mozart et des oiseaux. Qu'on le veuille ou non, en quelque cinquante ans, notre regard a changé.

A qui la faute ? Aux faussaires, pour une faible part, qui ont multiplié les représentations de chefs-d'oeuvre, en les dévaluant du même mouvement. A l'époque ensuite et surtout, avide, jalouse, mercantile et insatiable. Mais l'époque, à quoi bon la maudire, c'est nous. Nous y sommes immergés.

Certains artistes ont très vite anticipé le virage, inutile de le rappeler, en créant des oeuvres, par séries parfois, à l'aide de machines, usant de la sérigraphie, du tampon, du pochoir, de la photocopieuse, avec de subtiles variations de couleurs, pour évoquer le temps révolu de l'unique, personnaliser un minimum ces éléments produits à la chaîne. Après le "Vu à la télé", son antidote, le customizing. Ils ont dû plaire aux acheteurs, aux ministères. Ils sont devenus riches.

Ce changement du regard a simultanément conduit à réajuster la querelle du faux, en la dédramatisant. Si je me satisfais d'un faux, ou si j'aime le faux autant que le vrai, consciemment, sans être une brute analphabète, si je souhaite acheter du faux, qui m'en blâmera ? Suis-je condamnable ? Au nom de quoi ne devrais-je désirer que l'authentique, l'original, le très rare, pour mes meubles, mes chers objets, mes tableaux ? Les copies ne me font pas peur, il y a du vrai dans le faux. En effet.

Nous en sommes là. L'Europe résiste encore ­ pas pour longtemps, la télévision s'en charge ­ à ce discours spécieux qui lobotomise la mémoire américaine, parce qu'elle est un continent mère, une terre d'origine. Mais ailleurs on a franchi le pas allègrement. Il suffit de se rendre en Californie sur les traces d'Umberto Eco (dans La Guerre du faux) pour le constater. Au Palace of Living Arts de Buena Vista, près de Los Angeles, on verra, côte à côte, une copie classique en cire du David de Michel-Ange et le même David, bronzé, avec des bouclettes noires, des muscles velus, une feuille de vigne : le guide indique qu'il s'agit d'une "reconstitution du modèle tel qu'il devait être quand Michel-Ange l'a immortalisé" . Dans une autre salle, à gauche d'une copie en cire de "notre" Vénus de Milo, on apercevra la même jeune femme, couleur chair, blonde, ayant récupéré ses deux bras (si fâcheusement absents chez celle du Louvre), appuyée contre une colonne ionienne. Depuis le temps que l'on se demandait ce qu'elle était en train de faire lorsqu'elle perdit ses bras, nous voilà rassérénés. Le guide : "Vénus de Milo portée à la vie comme elle l'était du temps où elle posa..." Sans parler de la Victoire de Samothrace, la tête enfin sur les épaules.

Pourquoi pas ? Si par cet artifice les Américains, moins coincés que nous, comprennent mieux sa beauté, où est le mal ? Ici on joue cartes sur table, on ne prétend pas à l'authenticité, personne n'est lésé. Les promeneurs locaux s'intéressent à cette Vénus miraculée. Pas la peine de leur dire que la greffe des bras est assez hypothétique, ils sont au courant, c'est précisément ce qu'ils sont venus voir. Le plus ridicule des visiteurs est le Français qui se gausse d'un air supérieur, ahuri par cette invention délirante. Or ce n'est pas un faux. Seul le regard a changé.

Plus au nord sur la côte Pacifique, à San Simeon, on visite l'ancien château de William Randolph Hearst, qui inspira à Welles le Xanadu du citoyen Kane. Une église géante de style jésuite mexicain au sommet d'un parc à perte de vue où, du temps de la splendeur de Hearst, couraient des lions, des zèbres. Un palais indescriptible et démesuré dont il poursuivit la construction de 1919 jusqu'à sa mort en 1951, où il empilait, pêle-mêle, ses coûteuses antiquités, vraies et fausses. Des lustres de Venise, des statues égyptiennes, les stalles de choeur d'une cathédrale espagnole, le lit de Richelieu, des armures, des oriflammes, des vitraux, une piscine d'hiver "romaine" en mosaïques bleu et or, une salle de cinéma de cinquante places. Et dans ce bazar, pulvérisant par son intensité les frontières du kitsch, à peu près rien de beau en soi.

Une colonnade grecque en marbre borde la piscine d'été. Deux colonnes y manquant, Hearst les fit remplacer par des piliers de ciment brut, sans essayer de les camoufler. Puissant, jouisseur, il continua d'entasser encore et encore. Cette brocante ruineuse l'amusait. Pour Hearst, le vrai et le faux n'étaient qu'une seule farce, une fadaise dont au fond de son coeur il se fichait pas mal, dans son château comme dans ses journaux. Welles, à 35 ans, l'avait bien compris, et c'est ce que le très réactionnaire et tartufe William Randolph Hearst ne lui pardonna jamais. Le nabab était déjà trop vieux pour être tout à fait moderne.

Michel Braudeau

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