Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

mercredi 7 septembre 2011

118 témoins d’explosions parmi les pompiers et secouristes du 11/9



En août 2006, le professeur Graeme MacQueen publiait une étude complète sur les témoignages recueillis auprès du Département incendie de New York (FDNY) dans les mois qui suivirent le 11-Septembre. Au travers d’un corpus de témoignages venant de 503 pompiers et secouristes qui représente environ 12.000 pages, et en appliquant une méthode de pointage rigoureuse, il a extrait 177 témoignages provenant de 118 témoins soutenant l’occurrence d’explosions au World Trade Center. Vous pourrez retrouver ce document de référence en version complète dans notre section Dossiers avec l’ensemble des extraits de témoignages pris en compte pour cette étude en annexes. La question reste néanmoins la même : combien de temps ces témoignages resteront-ils encore ignorés sachant qu’ils ne font que s’ajouter aux très nombreux autres déjà disponibles ?
 


Les pompiers du Département incendie de New York (FDNY) à Ground Zero




21 août 2006


Un des plus grands mystères du 11 septembre 2001 est constitué par la chute des Tours Jumelles. Les affirmations selon lesquelles des explosions contribuèrent à ces chutes furent émises le jour même et d’autres ont suivi jusqu’à ce jour, mais les études qui soutiennent la version des événements du gouvernement US ont ignoré ou nié ces affirmations. Ce débat est un enjeu majeur. Si des explosions ont joué un rôle critique dans ces chutes, la version officielle avec Al-Qaïda en son centre pourrait devoir être révisée de manière radicale, voire complètement abandonnée.


En janvier 2006, paraît un article de David Ray Griffin intitulé « Témoignage explosif : Révélations à propos des Tours Jumelles dans l’histoire orale du 11 septembre » [1]. Se basant sur une collection de récits oraux collectés au sein du Département incendie de New York (New York Fire Department, FDNY), Griffin défend l’hypothèse de la démolition contrôlée des tours. J’ai été intrigué par les données qu’il a utilisées et impressionné par sa méthode, mais j’ai jugé qu’il y avait de quoi poursuivre la recherche. Je voulais répondre à deux questions :


(1) La trentaine de témoins d’explosions citée par Griffin représente-t-elle l’ensemble des témoins d’explosions dans ces documents ou y en a-t-il d’autres qu’il n’a pas cités ?


(2) Y a-t-il dans ces documents des témoins soutenant la version du gouvernement US, selon laquelle les chutes se sont produites sans explosions ?


J’ai décidé de lire les sources originales pour pouvoir répondre à ces questions. Cet article présente les résultats de ma recherche.


Je me concentre, dans cet article, sur la perception directe et l’interprétation immédiate. Je veux savoir ce que les témoins ont vu, entendu et pensé sur le lieu du crime le 11 Septembre. Même si j’aborderai brièvement le fait que certains témoins ont changé d’avis après coup quant à ce qu’ils avaient vécu, ce n’est pas mon objectif premier.


Je ne prétends pas que les tours ont été démolies avec des explosifs, mais je pense que les témoignages directs rassemblés et commentés ici renforcent l’hypothèse que des explosions ont joué un rôle critique lors des chutes.


Les annexes fournissent les témoignages que j’ai sélectionnés dans ces récits oraux afin que le lecteur puisse se faire sa propre opinion.



Les Témoignages


Selon Jim Dwyer du New York Times, les histoires orales de pompiers de New York ont été « collectées à l’origine sur ordre de Thomas Von Essen, le commissaire du Département incendie le 11 Septembre, qui déclara vouloir préserver ces récits avant qu’ils ne soient remodelés par la mémoire collective » [2]. Ces récits oraux représentent 12.000 pages de témoignage par 503 pompiers du FDNY, urgentistes et personnel paramédical collectés entre début octobre 2001 et fin janvier 2002. La décision prophétique de M. Von Essen nous fournit un corpus de récits remarquablement riche.


Au départ, la ville de New York refusa de publier ces récits, mais après une plainte du New York Times et de quelques familles de victimes du 11 Septembre, la ville reçut l’ordre de les publier. Le New York Times les mit en ligne sur son site Internet, où ils sont à la disposition du public (sauf quelques retraits) depuis août 2005 [3].


Comme l’indiquent les récits eux-mêmes, les entretiens eurent lieu dans différents bureaux des pompiers et réalisés par différents responsables du FDNY. Parfois, seuls étaient présents l’interviewer et l’interviewé, dans d’autres cas, des tiers étaient présents. Le lieu, la date, l’heure et le nom des personnes présentes ont été méticuleusement notés.



Il est impossible de dire, à la seule lecture des récits, si l’atmosphère était contraignante durant la conduite des interviews, mais je n’ai rien trouvé allant dans ce sens. Dans de nombreux cas, l’interviewer demande à l’interviewé de raconter son expérience du 11 Septembre. Par la suite, certains interviewers interviennent fréquemment par des questions, pendant que d’autres restent quasiment silencieux. Les interventions se contentent généralement de faire préciser le lieu et l’heure, les actions de divers responsables et pompiers et le progrès des interventions. Les interviewers ne semblent pas particulièrement intéressés par le sujet traité ici – la chute des tours et l’utilisation ou non d’explosifs – mais leur curiosité et leur attention permettent parfois de faire ressortir des informations cruciales [4]. Il n’y a que quelques cas dans lesquels l’interviewer semble avoir « dirigé » l’entretien vers la question des explosions [5].


La plupart des interviewés ont apparemment témoigné de manière spontanée, bien que d’autres lisent clairement un rapport qu’ils ont rédigé [6]. La plupart d’entre eux semblent avoir eu la possibilité de structurer leurs témoignages comme ils le voulaient.


Comme nous le savons, les pompiers de New York ont été utilisés après le 11 Septembre par le gouvernement US comme des symboles d’héroïsme, mais il y a très peu de récits héroïques dans cette collection. Beaucoup de récits vont même dans le sens contraire : les pompiers arrivent pour sauver des gens et finissent par fuir pour sauver leur vie alors que les tours s’effondrent [7].


Certains récits décrivent le chaos qui régnait, des gens errant désespérément sans but, là où leurs compétences sont inutiles [8].


Beaucoup de ces récits sont poignants, pleins de vulnérabilité et d’humanité. Le patriotisme n’apparaît que par instant et rares sont les témoins utilisant leur vécu pour promouvoir la guerre au terrorisme du gouvernement US.


Malgré la diversité des récits, l’ensemble fait ressortir cinq perceptions qui ont choqué les témoins :


(1) la perception des tours en feu [9],


(2) la perception des morceaux de cadavres jonchant les rues à l’arrivée des secours [10],


(3) la perception des personnes sautant dans le vide depuis les tours [11],


(4) la perception des tours qui s’effondrent, et en particulier le déclenchement de ces chutes,


(5) la perception des nuages de poussière dus à la chute des tours pulvérisées qui ont envahi les rues et dans lesquels les témoins se sont retrouvés pris [12].


Le présent article se concentre sur la quatrième perception mentionnée ci-dessus.



Des chutes surprenantes


Même si le Rapport de la Commission sur le 11 Septembre admet que les chefs des pompiers sur les lieux pensaient que la chute des tours était impossible [13], il est important de relever que tout le personnel du FDNY est d’accord sur ce point. Quelques commentaires représentatifs :


« … cela m’a pris beaucoup de temps pour accepter le fait que, bien que les tours ne soient plus là, vous vous dites qu’elles doivent être quelque part. Vous ne pouvez pas croire qu’elles sont tombées. » (Capitaine Michael Donovan, 9110205)


« Je ne pouvais pas croire que le bâtiment était en train de s’effondrer. Je me suis arrêté en pensant qu’il s’agissait peut-être d’une partie de la façade. Je ne pouvais pas croire que tout le bâtiment allait tomber en un monceau. » (Capitaine Charles Clarke, 9110250)


« Encore une fois, je fais ce métier depuis 23 ans… Ça a changé toutes les règles. Ça a changé toutes les règles. Le bâtiment s’est transformé en gaufrette en quelques secondes, quelques secondes. Je ne pouvais croire à la vitesse à laquelle le bâtiment tombait. J’ai entendu le grondement, regardé en l’air, les débris étaient déjà à 15 mètres du sol… » (Sergent James Canham, 9110370)


« J’ai fait toute ma carrière à Manhattan parmi les gratte-ciel et tout le reste… en y repensant, tout ce que vous voyez – vous savez à quelle vitesse les tours sont tombées… que les tours soient tombées, cela ne colle pas… vous ne pouviez pas croire que ces tours allaient tomber… il n’y a pas de précédent pour de tels effondrements. » (Lieutenant Warren Smith, 9110223)


« Quelle personne douée de raison aurait pu penser que le World Trade Center pouvait s’effondrer… Personne au monde, personne n’aurait jamais pu imaginer que les tours allaient tomber. » (Capitaine Mark Stone, 9110076)



Hypothèses


De nombreuses hypothèses ont été formulées pour expliquer la chute des Tours Jumelles, mais il est possible de les regrouper en deux catégories : celles qui font jouer un rôle crucial à des explosions dans les effondrements (que j’appellerai Hypothèses avec Explosions ou HE) et celles qui ne font pas jouer un rôle crucial aux explosions dans les effondrements (Hypothèses Sans Explosions ou HSE). HE contient,  par exemple, des hypothèses quant à la présence d’explosifs dans les avions, des bombes nucléaires miniaturisées dans les bâtiments ou des charges multiples installées à l’avance pour sectionner les colonnes et pulvériser les bâtiments – la dernière étant, pour de bonnes raisons, la plus populaire – et ainsi de suite. HSE contient diverses combinaisons d’hypothèses quant à une armature défaillante, les colonnes du noyau et de la périphérie affaiblies, l’affaissement des planchers, etc. – le tout dû à l’impact des avions et au dégagement de chaleur du kérosène qui s’enflamme – qui, d’une manière ou d’une autre, ont conduit à l’effondrement progressif et total des bâtiments [14].



Test des hypothèses par les observations


Je commencerai par dire que ce qui m’intéresse ici, c’est de vérifier si ces hypothèses sont confirmées ou infirmées par les témoignages de témoins directs. J’exclus toute information, même corroborée par un témoignage, relative à une mesure, une analyse matérielle, une photographie ou des données sismiques. Ces types de preuves sont bien évidemment valides, mais ne font pas l’objet du présent article.


(i) Comment alors tester HE à partir des observations des personnes présentes sur les lieux ? Qu’est-ce qui peut tendre à confirmer ou infirmer HE parmi ces observations ?


Si les témoins ont perçu ou croient avoir perçu des explosions qu’ils jugent critiques pour la chute des tours [15], cela constitue une confirmation de HE. Tous les témoignages qui confirment HSE infirment HE.


Le fait de savoir si le silence de la part des témoins – l’absence de mention des explosions – devrait compter en défaveur de HE est une question délicate. Les arguments du silence sont périlleux. Ma position est la suivante : la nature de l’information est telle que, plus il y a un nombre important de témoignages, plus leurs observations sont détaillées, plus ces témoignages sont convergents et plus l’hypothèse est confirmée. Je ne vois pas comment fixer un seuil déterminant, un nombre minimal de témoignages en dessous duquel HE doit être rejetée et au-dessus duquel elle doit être acceptée. Il existe une part irréductible de jugement subjectif.


(ii) Comment alors tester HSE à partir des observations des personnes présentes sur les lieux ? Qu’est-ce qui peut tendre à confirmer ou infirmer HSE ?


Les hypothèses sans explosions peuvent être divisées en deux sous-catégories, celles qui se concentrent sur les causes à l’origine de la défaillance structurelle des tours et celles qui se focalisent sur la chute progressive mais totale des tours. L’hypothèse de l’Institut national des normes et de la technologie (National Institute of Standards and Technology, NIST) relève de la première sous-catégorie. Le NIST a une hypothèse bien définie quant à l’origine de la chute des étages supérieurs des tours, mais n’a presque rien à dire de la chute progressive et totale [16]. Même si notre intérêt était centré sur l’origine de l’effondrement des étages supérieurs (ce qui n’est pas le cas), nous constaterions que les informations qui vont dans ce sens sont, pour l’essentiel, cachées des observateurs et que lorsqu’elles sont visibles, sont ambiguës et pourrait facilement confirmer HE [17]. Nous constatons donc que l’hypothèse du NIST, et d’autres hypothèses similaires qui se concentrent sur les causes initiales, n’offrent que peu de possibilités de les confronter aux observations. Cela ne signifie pas que ces hypothèses sont fausses, mais simplement que nous devons les ignorer lorsque nous rechercherons des confirmations de la part des témoins. Les défenseurs de ces hypothèses devront chercher ailleurs des confirmations.


Dans la seconde sous-catégorie de HSE, l’hypothèse la plus commune depuis le 11 Septembre est celle de la « pile d’assiettes » (pancake) [18]. Indépendamment de ce qui a pu causer l’amorce de la chute, nous dit cette hypothèse, la chute progressive et totale [des tours] est due à la chute successive, conjointe et cumulative des planchers, par « empilement » (pancaking).


L’hypothèse de l’empilement devint rapidement prédominante après le 11 Septembre pour expliquer la chute des tours. Elle a été adoptée plus tard par la Commission d’enquête sur le 11 Septembre dans son rapport de 2004 [19] et reste influente parmi ceux qui ne connaissent pas les recherches sur les effondrements. Les preuves et les arguments rassemblés contre cette hypothèse me paraissent cependant régler la question et il n’est pas surprenant que le rapport du NIST en 2005 évite d’approuver cette hypothèse. Je crois que cette hypothèse n’est tout simplement plus viable [20].


Au moment où se tenaient les entretiens avec les membres du FDNY, l’hypothèse de l’empilement était très connue et considérée par beaucoup comme ayant été prouvée. Ceci explique sans aucun doute pourquoi des membres du FDNY y font assez facilement référence. Que faut-il faire de ces témoignages ?


Nous notons d’abord que tous les témoins ne considèrent pas l’empilement et les explosions critiques comme étant mutuellement exclusifs. Williams Reynolds déclare :


« Mon attention fut attirée par une grosse explosion venant de la tour sud et c’était comme si les flammes était éjectées à une cinquantaine de mètres dans toutes les directions, puis tout d’un coup le sommet de la tour a commencé à tomber en s’empilant… » [21].


Ensuite, le plus souvent, il ne nous est pas possible de savoir ce que les témoins entendent exactement lorsqu’ils parlent d’empilement. Peut-être, une partie d’entre eux pensent avoir vu un effondrement progressif du bâtiment, démarrant vers le sommet et continuant à descendre.


(Cette difficulté ne se limite pas au terme « empilement ». Elle s’applique aussi à d’autres termes utilisés dans ma recherche. Par exemple, lorsque les témoins parlent « d’implosion » des bâtiments, ils peuvent faire référence à l’effondrement rapide des bâtiments sur leur base. Mais je crois que la plupart des termes sur lesquels repose ma recherche, tels que « explosion » et « bombe », sont moins sujets à l’ambiguïté.)


J’ai décidé qu’il était important d’enregistrer toutes les occurrences de ce type dans les récits lorsque les témoignages semblent confirmer cette hypothèse, indépendamment du statut actuel de l’hypothèse de l’empilement. Ces cas, au moins, constituent une preuve de la manière dont les théories relatives à l’effondrement évoluent au cours du temps parmi les témoins. Les récits montrent que des personnes pensant avoir été témoins d’explosions critiques furent par la suite persuadées que tel n’était pas le cas, et il apparaît que l’hypothèse de l’empilement a été l’alternative principale qui leur a été offerte.


En tout cas, je n’ai trouvé dans ce recueil qu’un seul autre type de récit qui confirme clairement HSE, c’est-à-dire ceux dans lesquels les témoins nient directement avoir été témoins d’explosions.


En résumé, la confirmation de HSE repose, dans la présente étude, sur des témoignages niant les explosions ou confirmant l’hypothèse de l’empilement.


Le rejet de HSE est assez direct. HSE et HE ne peuvent être vraies en même temps, donc toute information confirmant HE affaiblit HSE. Notons que cela n’affaiblit pas seulement l’hypothèse de l’empilement, mais toutes les hypothèses sans explosion. Lorsqu’il s’agit d’observations, le rejet d’une hypothèse doit être envisagé comme un processus cumulatif, et l’attention doit porter à la fois sur la quantité et la qualité des observations.



Observations confirmant les catégories d’hypothèses


(i) J’ai établi sept catégories d’observations afin d’organiser au mieux les cas en faveur de HE :


(a) les cas où les témoins utilisent les mots « exploser », « explosion », ou des variantes pour décrire ce qu’ils ont perçu,


(b) les cas où les témoins utilisent les mots « souffler », « souffle », pour se référer à ce qu’ils ont vu ou entendu,


(c) les cas où les témoins utilisent les mots « éclater », « éclatement » ou des variantes pour décrire ce qu’ils ont perçu,


(d) les cas où les témoins utilisent les mots « bombe » ou « dispositif secondaire » (terme pour un engin explosif prévu pour exploser après que les secours se soient rassemblés) pour décrire ce qu’ils ont perçu,


(e) les cas où les témoins utilisent les mots « imploser », « implosion » ou des variantes pour décrire ce qu’ils ont perçu,


(f) les cas qui selon moi suggèrent fortement une démolition contrôlée,


(g) les autres cas qui selon moi suggèrent des explosions critiques.


J’ai décidé d’exclure les catégories suivantes :


Tous les cas dans lesquels les sons sont décrits de manière ambiguë. Donc « bang » et « boum » sont exclus, puisqu’ils peuvent correspondre à des situations sans explosion tel que l’empilement des étages, à moins qu’ils soient accompagnés d’un terme plus explicite comme « explosion » (mais j’ai conservé « ba-ba-ba-boum »). Le terme omniprésent de « grondement » est exclu, tout comme le terme très commun de « vrombissement » et un tas d’autres similarités ou métaphores se référant au bruit d’un train de marchandises, d’un avion et autres. Tous ces bruits sont prévisibles lors de l’effondrement catastrophique d’un bâtiment de 110 étages, quelle qu’en soit la cause.


Tous les cas faisant référence à un « tremblement de terre » et choses similaires – même si j’ai retenu « volcan » – excluant ainsi une des catégories principales de David Ray Griffin [22]. J’admets que Griffin avait de bonnes raisons de le faire : lorsque ce tremblement intervient très tôt dans la séquence des événements, et en particulier avant tout signe visible de chute des tours, cela suggère une origine explosive et pas simplement un effet induit par la chute d’un bâtiment massif. Mais j’ai choisi la sécurité et exclu toutes ces références, laissant d’autres chercheurs séparer le bon grain de l’ivraie.


La plupart des cas faisant référence à un « souffle », sauf lorsque le témoin y fait référence en lien à ce qu’il a vu ou entendu, plutôt que ressenti. De nombreux témoins font référence à une forte pression ressentie pendant ou après les effondrements en utilisant parfois le terme de « souffle » en relation. Mais une telle onde de pression est prévisible lors de la chute brutale d’un grand bâtiment et est mentionnée ouvertement dans le Rapport de la Commission d’enquête [23]. Même principe de précaution que pour le tremblement. Un chercheur plus familier que moi avec les signes d’explosions et les ondes de choc serait capable de trier ces cas.


Tous les cas citant les effets possibles d’explosions sans que les explosions soient nommées ou décrites. Sont exclues les descriptions des dommages dans le hall à l’arrivée des pompiers, qui tendraient à prouver des explosions précoces au bas des tours, ainsi que le nuage de débris provenant de la pulvérisation à mi-hauteur des tours. Tout du long, je suis resté concentré sur ce que les témoins ont perçu ou ont pensé percevoir.


En appliquant les critères et exclusions mentionnés ci-dessus, il reste 177 cas provenant de 118 témoins. (Le premier chiffre est plus élevé que le second, car un témoin peut utiliser plus d’un terme ou d’une catégorie dans son récit.) Les cas sont répertoriés par catégorie dans l’annexe A et les témoignages sont fournis in extenso dans l’annexe B, dans l’ordre alphabétique des témoins.


(ii) Il m’a semblé suffisant de regrouper en trois catégories le nombre bien plus faible de cas fournissant des éléments en faveur de HSE :


(a) les cas où les témoins nient avoir perçu des explosions,


(b) les cas où les témoins utilisent les mots de « pile » ou « empilement » ou des variantes pour décrire ce qu’ils ont perçu, mais sans faire référence à des explosions,


(c) les cas où les témoins décrivent un processus qui suggère un empilement en l’absence d’explosions, mais sans faire mention des termes précédents.


Ne sont pas valides les cas rétrospectifs (quelqu’un qui nous dit explicitement avoir décidé après les faits que ce qu’il ou elle avait vu était un empilement) ou étant indirects (une personne a vu les événements à la télévision ou rapporte l’opinion d’un tiers).


En appliquant les critères et restrictions ci-dessus, on obtient 10 cas de 10 témoins. Ils sont mentionnés par catégorie dans l’annexe C.



Absence de mention d’explosions : les raisons du silence


S’il y a effectivement eu des explosions, pourquoi la majorité des témoins du FDNY interrogés n’en fait-elle pas mention ? Je crois que cette question doit être abordée de front, malgré sa nature problématique. Considérons les chiffres. Nous avons 118 témoins sur un ensemble de 503. Plus de 23% de ce groupe sont des témoins d’explosions. A mon avis, c’est une proportion très élevée de témoins, particulièrement si l’on tient compte du fait que :


(a) Les interviewés n’ont en général pas été questionnés à propos des explosions, et même, dans la majorité des cas, à propos de la chute des tours. Les témoignages que nous avons sont volontaires, donc ce chiffre représente non pas le nombre maximum de témoignages d’explosions, mais le nombre minimum.


(b) Certains témoins du FDNY n’étaient pas à proximité des tours au moment de leur chute [24].


(c) Certains témoins avaient d’autres préoccupations que la chute des tours : leur récit démontre leur peu d’intérêt pour les événements qui nous intéressent ici [25].


(d) Certains récits sont extrêmement succincts et ne contiennent que peu de détails [26].


(e) De nombreux récits contiennent des mentions compatibles avec des explosions, même si elles sont ambiguës. Rentrent dans cette catégorie les termes « vrombissement » et « boom » et similaires.


A mon avis, l’absence de mention des explosions par la majorité des témoins s’explique aisément et n’affaiblit pas HE.



La qualité des cas


Comme un des buts principaux de ma recherche consiste à prendre au sérieux les perceptions et interprétations des pompiers (d’une manière que ni le rapport de la Commission d’enquête ni le NIST ne font), j’ai une réticence à écarter certains de leurs récits. Cependant, je crois pouvoir dire que l’impact cumulé des témoins en faveur de HSE est limité, pas tellement par leur faible nombre que par le fait que la plupart est, sans grand effort, compatible avec HE. De ces dix cas, je dirais que celui de Terranova (9110168) est le plus fort. Il a entendu le grondement et une succession de boums, mais l’interprète comme un empilement car, dit-il, il a observé directement l’empilement. Dont acte. Je classerais le récit de Sanchez (9110128) bon second, mais sa mention d’un tremblement de terre au début des événements pourrait indiquer une explosion. Plusieurs autres récits présentent des difficultés similaires : en plus de l’ambiguïté déjà mentionnée (qu’entendent-ils par « empilement » ?), nous trouvons des références à une « sensation de tremblement de terre » (Harris, 9110108), l’expression dérangeante de « mitrailleuse » en référence à l’empilement (Salvador, 9110474), et un empilement initié bien plus bas (70e étage de la tour sud) que ce qui s’est réellement passé (Holowach, 9110114).


A mon avis, cette liste de cas ne constitue pas un soutien solide aux catégories d’hypothèses sans explosions. Elle peut être compatible avec les catégories alternatives d’hypothèses.


Qu’en est-il des récits soutenant HE ? Peuvent-ils être compatibles avec HSE ? Je ne le pense pas.


Commençons par rappeler le nombre de témoins (118) et le nombre encore plus grand de références, directes ou indirectes, qu’ils font à des explosions.


Ensuite, nous avons affaire aux détails nombreux et convergents de leurs récits. Il y a, c’est vrai, des incohérences apparentes : l’un mentionne une seule grosse explosion, alors qu’un second parle de trois explosions et un troisième dit avoir entendu sept explosions. Je n’ai pas essayé de trier ces affirmations et ne peux pas affirmer qu’elles sont complètement compatibles. Mais, d’un autre côté, je n’arrive pas à lire ces récits sans être frappé par la nature non seulement cumulative, mais aussi complémentaire et multidimensionnelle de leurs témoignages.


Griffin a mentionné ce caractère multidimensionnel dans son plaidoyer pour une démolition contrôlée et je renvoie le lecteur à son article [27]. Parmi les phénomènes qu’il mentionne, on trouve : l’éjection horizontale de débris au début de la chute des tours ; les énormes nuages de fine poussière ; la mention explicite, par des pompiers au cœur des événements, qu’ils assistent à une possible démolition contrôlée ; les multiples « pops » perçus conjointement à des « flashes », se produisant selon un schéma spatial et temporel qui suggère une démolition contrôlée. Je n’arrive pas à voir comment n’importe laquelle des hypothèses sans explosions mentionnées à ce jour, y compris celle de l’empilement, pourrait être compatible avec ces phénomènes.



Les changements d’avis


Quiconque lisant les récits de l’annexe B se rendra compte que de nombreux membres du FDNY en sont venus à croire, durant la période entre le 11 Septembre et leurs entretiens, qu’ils s’étaient trompés en interprétant ce qu’ils avaient perçu comme des preuves d’explosions. Certains suggèrent dans leur entretien qu’ils ont réalisé maintenant (à la date de l’entretien) qu’ils ont assisté à des effondrements sans explosions, tout en mentionnant qu’ils doivent rendre compatible ce qu’ils ont perçu à l’origine avec ce nouveau cadre de référence. Quelques-uns adoptent ce nouveau cadre facilement, d’autres le font à contrecœur, et il en reste qui ne sont pas du tout prêts à le faire. Je n’ai pas exclu de l’annexe B les références au changement d’avis : au contraire, je les ai inclus car je les trouve fascinants et instructifs. Dans certains cas, on perçoit presque le combat intérieur que livre le témoin pour accepter le nouveau cadre de référence.


Charles Wells semble produire un vaillant effort pour éviter de mentionner des explosions avant de devoir céder :


« Nous nous sommes retrouvés entre l’Hôtel Vista et le World Trade Center, d’où nous avons entendu un – avons ressenti une forte – une très forte vibration, un tremblement, et un bruit fort comme une rame de métro traversant une station à toute vitesse, comme un réacteur d’avion à plein régime. C’était un son rugissant… »


[Puis, plus loin dans le récit]


« Toutes les têtes ressurgissaient à présent. Tout le monde se dégageait, alors je suis tombé sur deux pompiers et j’ai dit, "Eh bien, vous savez ce qu’il s’est passé nom de dieu ?" Une sorte d’explosion m’a-t-il dit et c’est ce que je pensais aussi… » [28].


Peut-être que l’interprétation sans explosions a pris de l’importance au travers de réflexions, de lectures et d’une évolution graduelle du jugement. Dans ce cas, on peut parler d’un processus d’éducation. Mais peut-être que le changement d’avis résulta d’un laminage des perceptions des témoins par les théories et affirmations des « experts », de leurs supérieurs hiérarchiques et des leaders politiques. Dans ce cas, nous parlerions plutôt de « rééducation » ou d’endoctrinement des témoins du FDNY.


J’ai mentionné précédemment la préoccupation de M. Von Essen de collecter les récits « avant qu’ils ne soient remodelés par une mémoire collective ». Nous voyons maintenant le bien-fondé de son intuition. Au début de 2004, Rodger Herbst suggéra que, pour expliquer la chute des tours, les hypothèses avec explosions vinrent en premier à l’esprit et qu’elles ne furent que graduellement supplantées par des « théories révisionnistes et politiquement correctes » [29]. Nous avons maintenant une base solide pour affirmer, qu’au sein du Département incendie de New York, la chute sans explosions est une théorie révisionniste.



Les histoires orales, le rapport de la Commission d’enquête, et le rapport du NIST


La Commission d’enquête et le NIST menacèrent de poursuites judiciaires la ville de New York pour obtenir l’accès aux 503 histoires orales [30]. Ils obtinrent gain de cause et l’on aurait pu s’attendre à ce qu’ils fassent bon usage de ces informations.


Il semblerait (la situation est peu claire à ce sujet) que la Commission d’enquête a effectivement utilisé largement ces récits pour rédiger le chapitre 9 de son rapport de 2004, qui est crucial et porte sur les crashes des avions dans les tours et ensuite sur leur chute [31]. Le rapport utilise ces récits pour vérifier l’état des personnes dans les cages d’escalier, la nature des opérations de sauvetage aux différents étages, et ainsi de suite. Sur ces points, les témoignages sont considérés comme fiables, aucune distance critique ne semble nécessaire, et ils peuvent sans doute être considérés comme des descriptions exactes de ce qui s’est passé ce jour-là.


Mais qu’en est-il de toutes les mentions d’explosions dans les récits du FDNY ? Le rapport ne cite aucune d’entre elles.


Le chapitre 9 contient l’unique mention des hypothèses avec explosions de tout le rapport de la Commission d’enquête sur le 11 Septembre :


« Lors de la chute de la tour sud, des pompiers dans les étages élevés de la tour nord entendirent un violent grondement, et beaucoup furent renversés… ces pompiers ne se trouvant pas devant des fenêtres donnant sur la tour sud, ils ne pouvaient qu’ignorer sa chute ; beaucoup pensèrent qu’une bombe avait explosé… » [32].


La note soutenant cette affirmation fait référence à un ensemble d’entretiens tardifs (2004) par la Commission avec des pompiers, mais pas aux 503 récits oraux. Pourquoi donc ? Et que penser de cette citation ? Un lecteur peu familier avec les éléments des récits oraux pourrait conclure que cette hypothèse d’une explosion provenait uniquement d’un groupe de pompiers situés dans la tour nord au moment de la chute de la tour sud, que ces pompiers ne formaient qu’un sous-ensemble – qui plus est avec une perception faussée – et que ces pompiers avaient pris par erreur la chute de la tour sud pour une explosion. Comme le lecteur le découvrira à l’annexe B, ces trois affirmations sont extrêmement trompeuses en tant qu’indications générales de la nature des témoignages relatifs aux explosions. Les membres du FDNY mentionnant des explosions se trouvaient dans de nombreux lieux, beaucoup regardaient dans la direction des tours lorsqu’ils perçurent des explosions, et ils étaient tout à fait capables de distinguer les explosions qu’ils ressentirent de la chute à laquelle ils les associaient.


Comment se fait-il que ces histoires orales soient jugées dignes de mention dans un cas et complètement ignorées dès qu’elles contredisent la version officielle ?


Et qu’en est-il du rapport final du NIST ? Bien qu’il dispose de ces témoignages, le NIST refusa de mentionner leur nature dans son rapport. Il y a bien une brève mention de « documents contenant des entretiens personnels d’investigation » obtenus du Département incendie de New York, mais nous n’apprenons rien de leur contenu [33]. En parlant du FDNY, le rapport loue la qualité des jugements portés par son personnel quant à l’état des bâtiments le 11 Septembre [34], mais il n’y a pas la moindre référence aux témoignages d’explosions du FDNY.


Dans le Résumé exécutif du rapport, on peut lire : « Le NIST n’a trouvé aucun élément de preuve corroborant les hypothèses alternatives suggérant que les tours du WTC ont été abattues par une démolition contrôlée au moyen d’explosifs mis en place avant le 11 septembre 2001. » [35]. Pour justifier cette affirmation, le résumé indique que les vidéos et les photographies « montrent clairement que la chute a démarré aux étages en feu et touchés lors de l’impact » [36], comme s’il s’agissait d’une affirmation incontestée et réglant définitivement le problème. Ceux qui attendaient une discussion plus complète des hypothèses avec explosions dans le corps du rapport seront déçus. On y trouve simplement une répétition de ces quelques lignes [37].


Répétons encore une fois que les témoignages ont été utilisés sans retenue quand ils soutenaient la version officielle et passés complètement sous silence quand ils risquaient de la perturber. Nous savions depuis quelques temps que ces rapports avaient fait taire les voix des témoins directs ; nous savons maintenant qu’ils ont fait taire 118 voix.



Conclusions


Les deux questions à l’origine de ma recherche ont maintenant trouvé réponse :


(1) Les 31 témoins d’explosions cités par Griffin dans les récits oraux du Département incendie de New York, ne forment qu’un sous-ensemble d’un groupe beaucoup plus large de témoins, que j’ai estimé à 118 personnes.


(2) Le soutien aux hypothèses sans explosions est présent dans ce recueil mais reste rare. J’ai dénombré 10 personnes.


Je ne sais pas si les témoins du FDNY constituent un échantillon représentatif des témoins du 11 Septembre, mais c’est possible. Ce qui est certain, c’est que les témoignages d’explosions ne manquent pas en dehors du FDNY [38], et je ne vois pas de raison évidente de penser que les pompiers et autres personnels de secours seraient plus susceptibles que d’autres d’avoir l’impression d’avoir été témoins d’explosions. S’ils constituent un échantillon représentatif, alors un minimum de 23 % de l’ensemble des témoins des chutes des tours semble avoir perçu – ou crû percevoir – des explosions qui entraînèrent la chute des tours.


Les implications de cela pour notre compréhension du 11 septembre 2001 sont très, très sérieuses.

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