Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

samedi 24 septembre 2011

Faire preuve de réalisme


Par Pascal Roussel – On connait le vieil adage : « ne jamais croire en quelque chose aussi longtemps qu’elle n’est pas niée ». Actuellement le monde politique ne cesse de nier un éventuel défaut de la Grèce, un éclatement de la zone euro, une sous-capitalisation bancaire ou même la faillite d’une grande banque. Alors est-ce justement le moment d’y croire ?
Les « spécialistes » passent leur temps à nous rassurer : nous risquons un simple ralentissement de croissance sans plus. Pourtant, l’histoire récente a montré que lorsque l’on compare les prévisions de croissance effectuées par les institutions publiques souveraines, internationales ou européennes, par rapport à la croissance réellement observée après, on constate que ces prévisions ont toujours été trop optimistes, car basées sur des modèles incapables de percevoir le caractère unique et historique de la crise que nous traversons.
La Banque des Règlements internationaux, mieux connue sous le nom de banque centrale des banques centrales située au sommet de la pyramide, vient juste de publier un document dans lequel on peut lire (traduction libre) « les problèmes de dettes que les économies avancées doivent affronter sont encore pire que nous le pensions »… « Actuellement les dettes ont atteint des niveaux supérieurs à tout ce que nous avons pu observer sauf en temps de guerre. Les ratios de dettes publiques sont actuellement sur une voie explosive dans bon nombre de pays. Ces pays vont devoir mettre en place des changements politiques drastiques. Une simple stabilisation risque de ne pas être suffisante ».
Ceux qui étudient les dessous de l’histoire de la finance savent que c’est un avertissement qu’il ne faut pas prendre à la légère !
Il est essentiel de bien comprendre que nous allons vivre des événements financiers exceptionnels, car jamais dans toute l’histoire de l’humanité on a utilisé la dette de quelqu’un comme moyen de paiement c.-à-d. comme moyen d’échange. Depuis le 15 août 1971, la monnaie est créée à partir de dettes publiques et privées sans le moindre lien avec l’or et reposant uniquement sur la promesse des autorités publiques de ne pas faire tourner la planche à billets. Promesse non tenue.
Comme nous subissons cette crise au quotidien depuis plusieurs années, il est certainement utile de prendre de la hauteur pour rappeler brièvement comment nous en sommes arrivés là :
- sous le règne d’Alan Greenspan, toutes les lois limitant la capacité des banques commerciales à mener des opérations autres que les simples opérations de prêts ont progressivement été abolies. De même pour toutes les lois interdisant de spéculer sur la nourriture.
- Gonflement d’une bulle internet en 2000.
- Explosion de cette bulle et attentat en 2001.
- Introduction massive d’instruments financiers nouveaux basés sur la titrisation.
- Développement exponentiel de l’usage des produits dérivés.
- Déclenchement de l’effondrement, en 2007, par incorporation de prêts subprime avec d’autres de meilleure qualité et par titrisation du mélange entraînant une contamination mondiale par propagation de l’ensemble des produits financiers liés au marché immobilier.
- Perte de confiance dans le système bancaire.
- Intervention massive des États pour sauver le système bancaire.
- Transfert de la perte de confiance dans le système bancaire vers une perte de confiance dans les États eux-mêmes.
Nous en sommes à ce stade. L’étape prochaine que le système bancaire craint tout particulièrement est bien entendu le défaut de paiement d’un de ces États.
Dans un monde entièrement bâti sur les dettes, il est logique que les banques soient au cœur de la crise.
Une banque fonctionne de manière schématique en empruntant à court terme auprès d’autres institutions financières ainsi qu’auprès de ses clients (en puisant dans leurs comptes courants et comptes d’épargne) et en prêtant à plus long terme cet argent. Le risque principal vient de ce que l’on appelle la gestion actif-passif qui vise à garantir à tout moment une adéquation entre les différences de maturités qui existe pour les emprunts et les prêts. Ce que craint essentiellement une grande banque, c’est de perdre la confiance des institutions qui lui prêtent de l’argent à très court terme. Cette perte de confiance conduisant à une spirale infernale :