Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

vendredi 2 décembre 2011

Les beaux airs de «nos» avions


J’achète un billet d’avion de la ligne aérienne Cubana à destination de Holguin (c’est à l’est de l’île de Cuba, en allant vers Haïti) et je suis content. Ce sera une pause-santé pour combattre la grisaille du Québec au grand soleil des Caraïbes. Ce n’est pas la première fois que je fais cela et c’est probablement pourquoi je deviens vieux…

Or, quand j’arrive à l’aéroport on me fait monter à bord d’un avion qui porte la marque Flair Air. Y a-t-il méprise? Au lieu de me trouver dans un avion cubain je me trouve dans un avion Canadien…anglais de… Toronto.

Ce n’est pas une catastrophe. Il y a des combattants arabes à qui le gouvernement américain a fait faire des tours à Cuba moins agréables que les miens… passons. Tout de même, ce qui devait arriver arriva! L’équipage de ce grand Boeing (400 places si j’ai bien compté) ne parle pas un traitre mot de la langue des passagers. Cela non plus n’est pas une catastrophe : le francais commence à passer de mode – dans les airs en tout cas – et les Québécois se résignent.

Tout de même! Lorsque je m’en vais à Cuba, je m’en vais dans un pays de langue latine et le francais du Québec l’est encore un peu… latin! Par conséquent, je m’attends à ce que l’équipage puisse me comprendre dans l’un ou l’autre des dialectes issus de la Rome antique. Or ce n’est pas le cas. L’équipage ne parle pas français; il est bien obligé de faire semblant, néanmoins, et il baraguouine des mots incompréhensibles qui ont le sens approximatif d’un odre de bien attacher les ceintures. Le capitaine, lui, n’a pas cette obligation de faire semblant et il nous souhaite bon voyage en anglais. Nous sommes ainsi dans un avion anglo-saxon, payé par le régime latin des frères Castro, pour transporter des Canadiens francais – des Québécois si l’on veut – vers le Quart-Monde comme on d it.

Moi je me suis senti humilié par l’insensibilité des responsables cubains. Et par l’incongruité de la situation. Il n’y a pas que le confort des sièges qui compte dans les avions. Il y a le confort psychologique et mon esprit n’était pas confortable. Car je me suis mis à songer à des jours meilleurs, des jours anciens où l’on pouvait comprendre le pilote. C’était du temps de Québecair. On peut sourire mais j’ai parcouru le Québec dans des avions bien à nous – appartenant à notre peuple - pas seulement pour faire le pont entre Bai-Comeau et Rimouski, mais pour aller à Paris – oui! – et dans le Sud mon cher!

C’est un gouvernement libéral qui a sabordé Québecair. M. Bourassa et son ministre Fernand Lalonde ont dit que cela coûtait trop cher… et qu’il n’y avait pas lieu de lever le petit doigt pour maintenir cet admirable instrument identitaire. Aujourd’hui tout le monde, sauf les Québécois ont leur compagnie d’aviation. Même les Eskimos on la leur! Et c’est sur les cendres de Québécair que Air Transat, une compagnie bien neutre et bien privée a pris une certaine relève mais sans nationalité propre. Celle-ci, du reste, devient en quelque sorte «bilingue» et tourne ses yeux vers l’ouest canadien…

Nous ne pouvons demander au régime Castro d’être plus nationaliste qu’un gouvernement libéral du Québec. Mais il me semble que le gouvernement cubain devrait avoir un peu plus de respect pour le peuple québécois. Il faut quand même se rappeler que ce sont les Québécois – et pas seulement parce que les prix étaient bas – les Québécois, dis-je, qui ont donné le premier coup de pouce au tourisme cubain. Ce sont eux qui se sont rendus en masse en ce lieu, il y a des lunes, contre l’avis et contre les interdictions des anglos du continent. Car il y avait une sorte de sympathie entre ces peuples minoritaires et soumis et les velléités d’affranchissement cubaines. Le communautarisme québécois du mouvement Desjardins et de bien d’autres institutions semblables n’était du reste pas si éloigné que cela du socialisme de M. Fidel. Mais passons encore une fois…

En tout cas il me semble que Cuba devrait avoir un peu de mémoire et reconnaître notre peuple. Dans les circonstances présentes – celles de Flair Air et ce n’est pas la première fois que je le constate personnellement – ce peuple a été insulté, humilié.

Holguin, et sa côte de Guardalavaca, pour ceux qui ne le savent pas, est devenu un lieu de villégiature de grande importance. Il y a là une bonne douzaine de grands complexes de villégiature, des sortes de camps concentration pour nordiques – on dit des tout-compris où il n’est pratiquement pas possible de rencontrer un seul cubain de la rue ou de la ville, eux qui se trouvent bien loin du saumon fumé des buffets!

Lors de mon départ, cette fois-ci, il y avait deux grands avions qui renvoyaient les Européens chez eux : un grand Condor s’en allant à Frankfort et un autre à Milan Je parie que dans le Condor on parlait allemand et Italien dans l’autre. Moi je m’attends à ce que mon peuple puisse se faire entendre dans sa langue, surtout quand il se dirige vers… Montréal. A moins que tout soit à jamais perdu!
source Jean-Pierre Bonhomme
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