Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

dimanche 6 mars 2016

Natacha Polony l’insoumise s’engage dans un trou de souris

http://www.bvoltaire.fr/christopheservan/natacha-polony-linsoumise-sengage-trou-de-souris,240577

Natacha Polony détonne par rapport à ses consœurs. Si on met de côté Élisabeth Lévy, elle doit être la seule journaliste politique régulièrement présente dans les grands médias à oser afficher des convictions que, pour simplifier, nous qualifierons de réactionnaires et souverainistes. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait été choisie pour prendre la présidence du Comité Orwell, un collectif de journalistes dédié à la défense du pluralisme des idées et de la souveraineté populaire.


Interrogé par le site ThinkerView, elle se justifie de la façon suivante (je résume) : la fracture entre l’oligarchie et le peuple est une réalité objective et, année après année, on peut constater qu’elle s’élargit. Dans ce contexte lourd de menaces pour l’ensemble de la société, la presse ne remplit plus son rôle qui est d’informer et de dire la vérité. C’est même tout le contraire, puisqu’elle s’est soumise à l’oligarchie et s’autocensure, voire ment pour la protéger.

Rien à dire à cela, sauf que madame Polony n’est pas la première à faire ce constat. Cela fait belle lurette que nous savons que Christine Ockrent fréquente le Bilderberg et David Pujadas le dîner du Siècle. Nous savons aussi que Libération (Joffrin) et L’Express (Barbier), pour ne citer qu’eux, ne survivent que grâce aux subventions de l’État. Nous le savons parce que des journalistes courageux ont enquêté (Emmanuel Ratier, par exemple), des journalistes longtemps interdits de plateaux télé.

La référence à Orwell est ambitieuse ; enquêter sans frein et dire la vérité, voilà une belle profession de foi, mais encore faut-il en accepter les risques. Le propre de la vie politique, c’est qu’elle repose sur un système complexe de relations d’influence et de dépendance entre centres de pouvoir et centres de profits économiques, le tout à l’échelle mondiale. De ce fait, tout est plus ou moins lié, tout le monde se tient par la barbichette. Enquêter sur le financement occulte d’un appartement occupé par la maîtresse d’uneministre (Christine Deviers-Joncour) vous conduit in fine à des contrats d’armement, puis à des paradis fiscaux, puis aux mécanismes du système bancaire international, puis au « système » tout court. Enquêter sur des décès bizarres (Irène Frachon) vous conduit à un médicament (Mediator), puis à un laboratoire (Servier), puis à un parti politique (UMP), puis au « système » tout court. Enquêtez sur le terrorisme et là, bingo, vous devenez un adepte de la théorie du complot et c’est la mort médiatique.

Pierre Péan (Rwanda) ou Denis Robert (Clearstream), chacun dans leur style, n’ont pas eu peur de « remuer la m… » et ils ont eu moult procès sur le dos. Les juges, d’ailleurs, ne sont pas toujours du bon côté du manche, Renaud Van Ruymbeke (frégates de Taiwan) en sait quelque chose. Éric Zemmour, qui ne fait pas dans l’investigation mais dans l’analyse, lui aussi a pris des coups. Sont-ils tous, pour autant, parvenus au bout de la vérité ? Partiellement oui, mais pour quel résultat si leurs moyens d’expression se réduisent comme une peau de chagrin.

Natacha Polony l’insoumise s’engage dans un trou de souris, un espace étroit entre la lumière et la clandestinité, où le droit à l’erreur n’est pas permis.

Un faux pas et c’est l’élimination pure et simple du paysage médiatique au prétexte éculé de racisme ou d’antisémitisme. Pas assez d’audace et les Français vous oublieront.
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