Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

lundi 7 mars 2016

Un gouvernement mondial : projet utopique ou essentiel?



Rino St-Amand
Imaginons que des familles d'aborigènes, vivant de la cueillette, de la chasse et de la pêche, auraient convergé en peu de temps vers un même endroit, au milieu d'une forêt tropicale, où ils se seraient tous installés pour former un petit village près d'une rivière. On peut présumer que la hiérarchie de pouvoir ne serait pas aussi clairement établie entre les familles de ce village, qu'à l'intérieur de chacune d'elles. Avec un peu de chance et de diplomatie, les conflits qui surgiraient entre deux membres (familles) de ce village pourraient s'aplanir sans trop de peine, sinon, la situation pourrait se dégrader rapidement. Il s'agirait que les amis des deux belligérants en question commencent à s'en mêler, suivirent des amis de ceux-ci, et en peu de temps, pratiquement tout le village se serait rangé dans l'un ou l'autre des deux camps. En somme, faute d'un arbitre investi du pouvoir pour trancher la cause, tout un chacun serait tenté de se substituer à cet arbitre manquant, et ainsi contribuer à envenimer la situation, plutôt que de désamorcer ce qui au départ serait un conflit plutôt mineur.

Par ailleurs, lorsque surgirait un problème qui affecte tout le village, comme, par exemple, une inondation, encore là les gens s'agiteraient, mais personne ne se sentirait investi de l'autorité pour prendre des mesures susceptibles d'alléger ou éradiquer la source du problème. Bien des idées seraient lancées par-ci par-là, mais comme aucune ne pourrait s'imposer, faute de faire plus autorité que les autres, ces idées ne feraient que produire une cacophonie générale, dont les effets s'annuleraient, plutôt que de faire avancer les choses. Définitivement, ce village aurait besoin d'une autorité dûment investie du pouvoir nécessaire pour prendre des décisions en faveur du bien commun des villageois.

Bien que cette image soit un peu simpliste, elle illustre parfaitement l'état de la situation de notre planète, maintenant devenue un village global. Nous sommes confrontés plus que jamais à des problèmes qui concernent l'ensemble de la planète, mais les structures mises en place sont loin d'être adaptées aux exigences de la situation. À vouloir chacun régler les problèmes en fonction de ses propres intérêts, nous ne faisons qu'empirer la situation. Si pour chaque village ou communauté, il y a un besoin d'une autorité mandatée pour prendre des décisions dans le sens du bien commun, il faut convenir qu'à certains égards la planète ne comprend qu'une seule et même communauté humaine, et ne peut faire l'économie d'une telle instance investie du pouvoir nécessaire pour lui permettre d'agir au nom de cette communauté.

À chaque fois qu'un pays s’immisce dans un conflit qui se déroule en dehors de ses frontières, usurpant ainsi le rôle qui devrait être réservé à l'ONU (ou autre instance suprême), il ne faut pas se leurrer, l'idée qui anime un tel pays est de tenter d'imposer une solution qui va faire avancer, sinon préserver ses propres intérêts, comme on peut le constater en Syrie présentement, où les intérêts de plusieurs pays s'affrontent. Il en va de même dans des dossiers tels que la protection du climat, des océans et de la biodiversité, la pollution atmosphérique, les épidémies, etc. Dans tous ces dossiers, l'ONU, faute d'être investie de l'autorité nécessaire, se retrouve éclipsée par l'action intéressée de plusieurs autres joueurs, et cette ''abondance'' de leadership contribue à alourdir les processus décisionnels, et même à amplifier et complexifier les problèmes, plutôt que de les résoudre.

Il est plus qu'improbable que les États reconnaissent ce défaut dans la structure hiérarchique du pouvoir, et acceptent volontiers de se soumettre à une instance supérieure qui aurait pour mandat de gérer ces dossiers sans frontières. Mais ne serait-ce que pour le plaisir d'imaginer un monde meilleur, il peut être intéressant de spéculer sur la forme que pourrait prendre un tel gouvernement supranational, pour mieux être en mesure de figurer les changements concrets qui pourraient en découler.

Un exemple de gouvernement supranational

Soyons utopistes, et imaginons qu'après 20 ans de débats sur le sujet, nous en serions venus à la formule suivante (un exemple de configuration parmi tant d'autres).

Le gouvernement mondial disposerait d'une charte qui défini dans le détail son mandat, ses champs d'interventions, ses pouvoirs et obligations, de même que ses modes de représentation, d'élections et d'opérations. Ce gouvernement serait le dépositaire des ressources souterraines (excluant les agglomérations urbaines, et sauf pour les deux premiers mètres, à la surface, qui eux appartiendraient aux pays individuels), de même que de celles baignant en eaux dites internationales, et responsables de leur gestion. C'est également ce gouvernement qui se chargerait d'établir les balises, en ce qui concerne la protection du climat, de l'environnement et de l'eau douce, pour l'ensemble de la biosphère, par le biais de son pouvoir législatif et réglementaire, bien que ce serait les États individuels qui agiraient sur le terrain en cette matière.

Ce gouvernement mondial se serait constitué une force d'intervention, après avoir réquisitionné auprès de chaque pays exerçant des opérations militaires en dehors de leurs propres frontières, toutes leurs bases militaires situées à l'étranger, de même que l'ensemble de leurs flottes militaires (navires, sous-marins, etc.), en échange d'une compensation prenant la forme d'une rente s'étalant sur 30 ans. Aussi, ce gouvernement pourrait faire d'autres réquisitions, telles que les goulots d'étranglement du transport maritime (canal de Suez, canal de Panama, etc.), s'il devait juger qu'il s'agit là de la meilleure option pour prévenir ou régler des conflits entre différentes nations.

Ce gouvernement financerait ses opérations avec ce qui resterait du fruit de la vente des ressources fossiles et de la mer, après avoir payer les entreprises contractuelles pour le travail d'exploration, d'extraction, de transport, de conditionnement, et toutes autres opérations nécessaires pour rendre ladite ressource prête pour usage dans la fabrication d'un produit fini (ces entreprises contractuelles seraient choisies par le biais d'appels d'offres). Les prix établis pour les produits de la mer seraient en fonction de leurs raretés relatives, soit en tenant compte de la capacité d'une espèce à se reproduire, alors que pour les métaux et minéraux, leurs prix seraient établis en fonction de la valeur sociale du produit fini dans lequel ils entreraient. Pour chacun des minéraux et métaux, il y aurait cinq catégories de prix, allant du prix 1 (le plus bas) au prix 5 (le plus élevé). À titre d'exemple, le fer se vendrait au prix 1 s'il est destiné à la fabrication de wagons de métro; au prix 2 pour les automobiles électriques; au prix 3 pour les automobiles économes d'essence; au prix 4 pour les automobiles gloutonnes; et au prix 5 pour les kalachnikovs. Il y aurait aussi la possibilité de faire intervenir le facteur durée de vie du produit en question, pour favoriser les durées de vie les plus longues. Bref, un tel gouvernement pourrait ajuster ses politiques en fonction des objectifs qu'il cherche à atteindre.

Quant aux prix des énergies fossiles, ceux-ci seraient établis en fonction de la pression incitative qu'on voudrait mettre sur le développement des énergies propres et renouvelables, tout en se gardant de perturber l'économie inconsidérément.

Bref, le mandat de ce gouvernement serait d'opérer une gestion rationnelle des ressources non renouvelables, tout comme celles provenant des eaux internationales, dans une perspective de préservation de la biosphère pour les générations futures, de même que de s'instituer comme le seul arbitre pour trancher tout conflit pouvant surgir entre deux nations, en s'interposant militairement s'il le faut. Par ailleurs, il consacrerait ses surplus, après dépenses d'opération, en faveur des populations les plus dans le besoin, d'abord en cas de famines, catastrophes naturelles, pandémies, etc., mais aussi pour implanter des systèmes de scolarisation et de soins de santé satisfaisants, là où ce ne serait pas le cas.

Les décisions de ce gouvernement seraient généralement prises par voie d'un vote majoritaire, au sein d'une assemblée de 200 représentants. Le chef du gouvernement serait choisi, par le biais d'un vote de l'assemblée, parmi une brochette de candidats (sélectionnés et proposés par un comité ad hoc) qui se seraient particulièrement illustrés dans des organismes internationaux de bienfaisance. Son mandat serait d'une durée de 10 ans, non renouvelable. Il reviendrait à ce chef de choisir parmi les membres de l'assemblée, ceux qui auraient la responsabilité (ministère) de prendre en charge les différents secteurs d'activités, ou encore pour diriger les différents comités d'études, agences de développement, etc. Tous les membres de l'assemblée pourraient le demeurer tant et aussi longtemps qu'ils ne sont pas destitués par un vote de l'assemblée, ou encore par une pétition populaire demandant leur démission, qui obtiendrait un minimum de 100 000 signatures, en excluant toutes les signatures excédantes 30 000 provenant d'un seul et même pays. La destitution serait immédiate si elle devait être ordonnée par un vote majoritaire de l'assemblée, alors que dans le cas d'une pétition, le membre visé devrait, dans les 30 jours suivants, soit démissionner, soit initier une contrepétition en faveur de son maintien en poste. S'il devait parvenir, dans les 6 mois suivants, à battre numériquement la première pétition (en observant le même plafond par pays), il pourrait conserver son poste, sinon, il serait contraint de démissionner. Un site Internet serait mis à la disposition de la population à cette fin, grâce auquel quiconque pourrait initier une telle pétition, sur toutes sortes de sujets, dont les résultats seraient compilés et publiés au bout de 6 mois, et déboucherait sur des mesures correctives le cas échéant. Enfin, toute allégation de corruption ou de malversation visant un ou des membres de l'assemblé ou le personnel sous leur autorité, enclencherait automatiquement une enquête qui serait menée par un bureau international ad hoc, et un tribunal international serait appelé à intervenir et sévir s'il y a lieu.

Aux fins de remplacement des sièges devenus vacants (en raison des démissions, destitutions, mortalités, etc.), la partie émergée de la planète (excluant les calottes polaires, non habitées) serait divisée en 10 territoires de superficies équivalentes, sur chacun desquels serait choisi 20 représentants. À chaque fois qu'il y aurait un siège à combler pour l'un ou l'autre de ces territoires, le choix serait effectué au hasard en pigeant dans une banque de noms constituée à partir des professeurs de toutes les institutions postsecondaires du territoire donné, qui se seraient préalablement inscrits dans cette banque administrée par les institutions d'enseignements mêmes. Tous les professeurs (et ex-professeurs), peu importe leurs disciplines d'enseignement, seraient éligibles pour s'inscrire dans cette banque, pourvu qu'ils aient accumulé un minimum de 1000 heures d'enseignement dans une institution d'enseignement postsecondaire dont les diplômes seraient reconnus par l'État.

Les points de résistance anticipés advenant une telle réforme


Il est dans la nature des États, tout comme dans la nature humaine, de préférer imposer sa loi aux autres, plutôt que de se résigner à s'en faire imposer. Il faudrait donc s'attendre à ce que les États avancent toutes sortes de raisons pour manifester leur résistance à une telle réforme.

Voyons, point par point, si cette résistance peut constituer un barrage insurmontable pour la réalisation d'une telle réforme.

1- Résistance à la perte de la main-mise sur les ressources fossiles.

Tout le monde s'entend pour dire que ces ressources sont un patrimoine mondial, et par conséquent appartiennent à tout le monde, incluant les générations futures. Il n'y aurait donc rien de changé à cet égard, si un gouvernement supranational en devenait le dépositaire et gestionnaire. Et il y a lieu de croire qu'elles seraient moins dilapidées, puisqu'il serait possible de leur attribuer une juste valeur, ce que ne peuvent se permettre les dépositaires actuels, en compétition les uns contre les autres pour attirer les entreprises minières chez eux. On les cède généralement à un prix à peu près nul, et ce que le consommateur paie en fin de compte, lorsqu'il se procure le produit transformé (voiture, laveuse, ordinateur, etc.), ce n'est que le travail, le retour sur le capital, une mince rétribution pour l'énergie, mais rien pour la matière retirée du sol.

En effet, les États ne perdraient rien en cédant leurs droits sur les ressources minières, parce qu'actuellement leurs redevances n'arrivent pas (ou à peine), dans la plupart des cas, à couvrir leurs déboursés pour la mise en place des infrastructures nécessaires pour accéder à la ressource, de même que pour acheminer le minerai vers les sites de transformation, sans oublier ceux nécessaires pour réparer les dégâts, une fois la mine fermée. La partie effectivement payante pour l'État est, et demeurerait, les prélèvements de taxes et d'impôts sur l'activité économique générée par l'exploitation d'une mine. Enfin soulignons qu'à cause du mode d'exploitation actuel, bien des populations d'Afrique, d'Amérique latine et d'ailleurs sont dans un dénuement total, à cause justement de leurs trop grandes richesses souterraines, responsables du trafic d'influence, de la corruption, de l'exploitation des travailleurs, de même que du despotisme et des très grandes inégalités socio-économiques.

Dans le cas des ressources pétrolières et gazières, surtout celles dites conventionnelles, il serait nécessaire de trouver une formule pour compenser les États qui auraient à faire sans cette manne venant du sous-sol, parce que ces ressources sont à juste titre considérées comme une rente. Cette rente venant du sous-sol fait en sorte que la plupart des pays qui en bénéficient s'appuient exclusivement sur celle-ci pour subvenir à leurs besoins matériels, sans trop se soucier de développer d'autres industries ou secteurs d'activités économiques. Pour cette raison, si, pour un État donné, cette rente devait effectivement être détournée du jour au lendemain en faveur d'un gouvernement supranational, cet État se retrouverait à brève échéance dans une position intenable (à moins de recevoir une compensation). Mais il faut noter que c'est ce qui se passera de toute façon, lorsque la planète aura appris à se passer de ces ressources afin de réduire les émissions de GES (ou lorsque la ressource aura été épuisée). Puisqu'il devra y avoir transition un jour ou l'autre vers une économie plus autosuffisante, aussi bien s'y préparer à l'avance, pour justement éviter ce mur fatidique. Et ce serait justement dans le mandat d'un gouvernement supranational de voir à ce que les nations sous-développées puissent se développer normalement. Il pourrait donc être convenu que cette manne soit utilisée à des fins de développement et de diversification économique dans le pays d'où elle provient, et ainsi assurer leur viabilité au-delà du tarissement de la rente provenant du sous-sol.

2- Résistance à la réquisition des bases militaires opérées en territoire étranger.

Selon Nietzsche, l'homme serait mu par une volonté de puissance. Et c'est sans doute là que réside toute la difficulté de la vie en société, puisque la volonté de puissance de l'un finit toujours par se heurter à la volonté de puissance de l'autre. Il n'en va pas autrement pour les États. D'autant plus si plusieurs d'entre eux sont équipés d'avions supersoniques capables d'aller semer des bombes chez leurs adversaires.

Depuis que la volonté de puissance d'Adolphe Hitler s'est heurtée à celle d'un groupe de pays alliés, il faudrait pourtant retenir comme leçon que cette volonté n'est pas ce qui assure le meilleur développement de l'humanité. Au contraire, si l'homme n'arrive pas à trouver le mécanisme par lequel cette volonté de puissance sera tenue en joug, elle ne risque rien de moins que de lui être fatale.

En supposant que l'homme est un être rationnel et d'une certaine intelligence, il y a lieu de croire qu'il est possible de le convaincre de poser les gestes nécessaires en vue de lui épargner une catastrophe éventuelle qui pourrait l'anéantir. Et s'il y a un geste à poser pour arriver à cette fin, c'est bien celui de renoncer à utiliser des armes pour imposer ses quatre volontés au pays voisin ou lointain. Et c'est justement parce que cette volonté de puissance est en chacun de nous, qu'il vaut mieux remettre nos armes à une instance impartiale qui représenterait toute la famille terrestre, afin que tout conflit soit tué dans l’œuf par un arbitre qui s'interposerait, plutôt que de se transformer en gouffre qui risque d'ensevelir tout le monde.

Il est donc dans l'intérêt de chaque État de pouvoir vivre en sécurité, sans avoir à investir des sommes phénoménales dans l'armement. En cédant ses bases militaires en territoire étranger, ainsi que ses équipements militaires conçus pour naviguer en eaux internationales, un État bénéficierait d'un soulagement budgétaire considérable. Il s'agirait là d'une économie qui pourrait être affectée à un réel mieux-être. Si de tels arguments ne devaient pas suffire pour amener nos chefs d'État à la raison, il reste la pression populaire. Lorsqu'une idée fait longtemps consensus auprès de la population, un gouvernement finit toujours par n'avoir d'autre choix que de céder.

3- Résistance à la représentativité géographique, plutôt que démocratique, du gouvernement supranational.

Conforme à cette volonté de puissance tout à fait humaine, on peut s'attendre à ce que les pays les plus peuplés de la planète fassent pression pour que la représentativité de ce gouvernement soit établie au prorata de la population de chaque pays, plutôt que sur une base territoriale. Bien que la démocratie soit pleinement justifiée lorsqu'il s'agit d'établir des politiques qui concernent directement les citoyens, tels que l'éducation, les soins de santé, les impôts sur le revenu, etc., il faut souligner que le mandat premier d'une instance gouvernementale supranationale serait moins d'agir en faveur des populations, que de leur habitat, c'est-à-dire la biosphère. D'abord en assurant la gestion ordonnée de ses ressources non renouvelables, et en tentant de prévenir, dans la mesure du possible, toutes catastrophes qui pourraient avoir comme conséquences des dérèglements d'écosystèmes, des pertes matérielles, ou des souffrances humaines. Et lorsqu'un conflit surgirait entre différentes populations, la préoccupation de ce gouvernement ne serait pas d'arriver à une solution qui plairait au plus grand nombre (imaginons un conflit entre la Chine et le Vietnam), mais plutôt à une solution équitable, appuyée sur des principes préétablis dans sa charte, ou sur le droit international. D'ailleurs, sur la base d'un tel mandat, il n'y a aucune raison de croire que les interventions de ce gouvernement se feraient sentir plus souvent ou plus fortement dans les régions les plus peuplées de la planète. Les régions inhabitées feraient tout autant l'objet de ses préoccupations que les pays les plus fortement peuplés.

Par ailleurs, il faut anticiper aussi une forte résistance de la part du monde des affaires. Il ne faut pas se le cacher, le mode d'action d'un tel gouvernement contreviendrait fortement contre les diktats du néolibéralisme. On a qu'à penser aux entreprises minières qui possèdent des claims sur de grands territoires, et qui affichent dans leurs états financiers le tonnage de ressources prouvées dans le sous-sol de ces territoires, pour avoir une idée à quel point ces entreprises se croient être les détenteurs légaux de ces ressources.

Bien sûr que si un gouvernement mondial devenait le seul dépositaire de toutes les ressources souterraines, bien que ces entreprises pourraient continuer à faire le même travail pour le compte du nouveau dépositaire, il faudrait trouver une façon de dédommager ces entreprises qui ont déboursé de l'argent pour se procurer ces claims. Mais il s'agit là d'un problème mineur par rapport aux bénéfices qu'une telle réforme apporterait à l'humanité.

Par ailleurs, on peut facilement imaginer que toute l'industrie de l'armement militaire serait aux émois. Si le gouvernement mondial s'arrogeait tout l'armement militaire destinée à être utilisé dans des conflits internations, ce serait moins pour combler ses propres besoins militaires que pour neutraliser ces armes, et ainsi lui permettre de devenir le seul gendarme dans les conflits internationaux. Avec cette protection centralisée entre les mains de ce gouvernement suprême, les nations pourraient enfin réduire le volume de leurs armées à juste ce qu'il faut pour assurer leur sécurité intérieure, sans plus. Dans un tel contexte, le gouvernement central serait en mesure de maintenir l'ordre international avec une armée équivalente à celle de la France actuellement. Voilà pour le marché de l'armement réduit à sa plus simple expression, et une industrie militaire presque entièrement condamnée à se recycler dans d'autres activités. Mais si les fabricants de dactylos l'ont déjà fait sans aide spéciale des gouvernements, il y a lieu de croire que l'industrie militaire pourrait aussi y arriver avec la compréhension et l'appui financier d'un gouvernement mondial.

Bénéfices attendus d'une telle instance supranationale

● Diminution des conflits armés, non seulement attribuables à un gendarme impartial qui s'interposerait avant qu'un conflit ne s'envenime, mais aussi parce qu'aucun pays ne pourrait même songer à utiliser la voie militaire pour assurer ses approvisionnements en ressources fossiles. Personne ne serait privé de ressources, pourvu que chaque utilisateur en paie le juste prix.

● Renoncement éventuel à la bombe atomique. Comme cette arme est avant tout une arme dissuasive pour assurer sa sécurité nationale, et que chaque pays pourrait compter sur une force supranationale pour contrecarrer ou mettre fin aux agressions éventuelles, cette arme deviendrait vite superflue, pour ne pas dire ridicule.

● Effondrement des milices terroristes. Le terrorisme étant en grande partie un produit de l'humiliation subie par les agressions militaires, une baisse de ces agressions devrait réduire les motifs pour l'engagement terroriste. (On peut aussi voir le terrorisme comme l'instrument privilégié par les impuissants pour exprimer leur volonté de puissance.) Aussi, il est à noter que les milices terroristes font généralement leurs nids dans les États désorganisés, suite aux ravages d'une guerre, sinon à cause d'une pauvreté endémique. En venant en aide à ces États pour qu'ils soient en mesure d'établir un ordre minimal dans leurs populations et institutions, le terrorisme ne pourrait exister que de façon marginale et clandestine.

● Économie des ressources minières. Moins de ces ressources seraient nécessaires pour la fabrication de matériel militaire, de même que pour la reconstruction des infrastructures dévastées par les guerres.

● Économie d'efforts pour faire diminuer les GES et stabiliser le climat de la planète. Tenir une réunion sur le climat comme celles de Kyoto, Copenhague ou Paris, qui débouchent généralement sur des engagements et des cibles à atteindre, mais avec des résultats mitigés en fin de compte, demande non seulement beaucoup de concertation et tractations entre une multitude de chefs d'État aux intérêts divergents, mais aussi tous ces déplacements effectués pour tenir de nombreuses réunions produisent beaucoup de GES!

● Priorisation des énergies les moins polluantes. Comme une très grande partie des énergies fossiles devra rester sous terre pour arriver à stabiliser le climat, le seul dépositaire de ces énergies pourrait, dans un premier temps, augmenter la production de pétrole conventionnel, et baisser d'autant la production des autres énergies fossiles (charbon, pétrole offshore, de schiste, des sables bitumineux) plus polluante. Enfin, comme une seule instance aurait le contrôle de la production, elle aurait aussi le contrôle de son prix sur le marché. Pour assurer une transition progressive vers les énergies renouvelables, il s'agirait de faire monter progressivement le prix des produits pétroliers. Il faut noter qu'une chute des prix du pétrole comme celle qu'on a connue dernièrement n'est pas sans compromettre le développement des énergies alternatives.

● Frein à l'explosion démographique dans les régions les plus pauvres de la planète. Il est bien connu que le taux de natalité d'une population donnée est inversement proportionnel à son niveau de scolarisation. On peut donc penser qu'en investissant dans la scolarisation des populations les plus défavorisées, un gouvernement supranational contribuerait ainsi à freiner l'explosion démographique, diminuant d'autant la pression sur les ressources de la planète.

● Préservation de la diversité culturelle. En luttant efficacement contre les inégalités socio-économiques entre les différents pays, peu de gens seraient contraints de migrer ailleurs par nécessité économique. Les cultures se dilueraient donc moins les unes dans les autres, parce qu'elles se développeraient en parallèle sur chacun de leurs territoires respectifs.

● Diminution des flux de réfugiés.

Est-ce vraiment une utopie, ou un projet réalisable?

Dans notre village global, chaque membre cherche à s'arroger les ressources disponibles pour satisfaire ses besoins et intérêts propres, et faute d'une instance suprême pour arbitrer les conflits qui peuvent surgir entre les différentes familles, chacune d'elles tend à s'armer selon ses moyens, tout en s'alliant avec ses meilleurs amis pour faire face à leurs ennemis communs. Bref, la loi de la jungle cherche à reprendre ses droits.

La formation d'un gouvernement mondial serait-il un projet utopique ou réalisable? Tout projet sensé est réalisable. Mais pour un tel projet, la volonté de le réaliser ne saurait venir ni des chefs d'État, ni du milieu des affaires. (Il ne faut surtout pas confondre la mise sur pied d'un gouvernement mondial avec un club éventuellement composé d'un certain nombre d'États et d'entreprises transnationales, qui chercherait à imposer son ordre mondial sur toute la planète.) Tout repose donc sur la volonté populaire.

Il faut par ailleurs convenir que le débat au sujet de l'implantation d'un gouvernement mondial est loin de soulever les passions des gens ordinaires en ce moment. Notons aussi que la population en générale est plus portée à réagir à ce qui est, qu'à proposer ce qui devrait être. Par contre, la très grande majorité de la population est très sensible aux problèmes qu'un tel gouvernement pourrait résoudre, sinon soulager. Tout se passe donc comme si ce défaut structurel dans la hiérarchie des pouvoirs n'avait pas encore été identifié comme l'obstacle principal pour parvenir à solutionné ces grands problèmes qui préoccupe l'ensemble de la planète. Faut-il en conclure qu'un travail de pédagogie doit nécessairement précéder le soulèvement des foules?

Rino St-Amand


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