Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

mercredi 30 novembre 2011

La Belgique et l'Italie, cherchent la parade

Certains pays en sont réduits à solliciter le soutien de leurs citoyens
Paris — Confrontés à la défiance des investisseurs sur le marché des emprunts d'État, certains pays européens sont contraints d'envisager des moyens détournés pour boucler leur fin de mois en faisant par exemple appel directement à l'épargne des citoyens ou à la bonne volonté de leurs banques.

La crise de la dette est un véritable casse-tête pour les pays de la zone euro, dont le marché de la dette est la principale source de financement. L'accès de ce marché est fermé à des pays en grandes difficultés et sous aide internationale comme la Grèce, le Portugal et l'Irlande tandis que pour d'autres, les levées de fonds séduisent les investisseurs, mais au prix fort.

Du coup, certains pays, comme la Belgique et l'Italie, cherchent la parade et n'hésitent pas à faire appel au bas de laine de leur propre population.

L'Italie a tenu lundi la «journée des bons du Trésor», appelant avec succès les Italiens à acheter de la dette. La plateforme de négociation Hi-Mtf a évoqué un résultat de 241 millions d'euros de dette achetée contre 46 millions en temps normal.

D'ailleurs, la société italienne de gestion d'actifs Azimut s'est offert hier une page de publicité dans des quotidiens italiens pour appeler à investir dans la dette du pays, à travers un de ses fonds, en se moquant d'un sourire échangé récemment entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. «Rira bien qui rira le dernier», est-il écrit dans cette publicité, publiée notamment dans le Corriere della Sera, La Repubblica et La Stampa, au-dessus d'une photo du sourire échangé entre le président français et la chancelière allemande après une question sur leur entrevue avec l'ancien chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, lors d'un sommet européen le 23 octobre. Cet échange de sourires avait été perçu en Italie comme de l'arrogance de la part du couple franco-allemand et avait été vivement critiqué.

Le fonds créé par Azimut, baptisé «Solidity» et composé seulement d'obligations italiennes, «est dédié à ceux qui croient dans le futur de notre Italie», argue la société de gestion d'actifs. «En plus d'offrir une importante occasion de diversification du portefeuille, il aide concrètement le pays en contribuant à le défendre des attaques spéculatives des marchés étrangers et de leurs sourires...», ajoute Azimut.

En Belgique, le gouvernement a de même levé 400 millions d'euros jeudi et vendredi derniers, bien plus que l'objectif de 200 millions d'euros, mais à des taux assez onéreux.

Pour Dominique Barbet, économiste de marché chez BNP Paribas, de telles initiatives ne sont possibles que «dans la mesure où la dette publique est sous pression sur les marchés, avec des taux d'intérêt élevés». Le but est en effet de proposer des taux d'intérêt à la fois intéressants pour les épargnants, mais plus faibles que ceux concédés sur les marchés. «Je pense qu'on verra de plus en plus ce type de solutions», explique Gilles Moec, chef économiste chez Deutsche Bank.

M. Moec rappelle que certaines banques espagnoles, qui n'ont plus accès au marché, sollicitent déjà les particuliers en essayent de collecter le plus possible de dépôts à terme.

Des pays comme la France y ont moins intérêt, puisqu'ils se financent sur les marchés à des taux historiquement bas. Paris n'a d'ailleurs plus eu recours à ce type d'emprunt national depuis le gouvernement d'Édouard Balladur en 1993. Néanmoins, un sondage réalisé par Harris pour le site d'information Jolpress et l'agence Image&Stratégie montre qu'un tiers des Français se déclarent probablement ou certainement prêts à racheter de la dette publique française si on leur en donne la possibilité. «Ce n'est pas la panacée, d'autant que les ménages n'y sont pas trop habitués. Pour l'instant, ça permet à certains pays de gagner du temps et de ne pas plomber les comptes publics pour des années», relativise M. Barbet. Cet appel au peuple n'est pas la solution miracle ne serait-ce que parce qu'il ne peut pas se substituer au marché compte tenu de l'ampleur des besoins de financement. «La collecte est complexe. Il faut rémunérer les intermédiaires», comme les banques, renchérit M. Moec.

En dehors de la contribution de la population, les États ont peu de solutions à leur disposition pour pallier leurs difficultés d'emprunt, si ce n'est compter sur le bon vouloir de leurs investisseurs nationaux. Le Wall Street Journal affirmait ainsi hier que certains pays européens font pression sur leurs banques pour acheter la dette nationale. Selon des sources proches du dossier, citées par le quotidien américain des affaires, l'Italie et le Portugal demandent aux banques de continuer à acheter, ou au moins à ne pas vendre, les obligations du pays.

Les banques européennes ont commencé à se délester de titres de dette souveraine en raison de l'aggravation de la crise de la dette dans la zone euro et de l'imminence de la mise en place par l'Autorité bancaire européenne de nouveaux ratios de capital.

Cosmétiques ou vraiment utiles, ces remèdes témoignent surtout de la gravité de la situation et des difficultés des États à rassurer les marchés. «Ce n'est pas forcément une très bonne chose. C'est le reflet d'un manque de flux de capitaux», prévient M. Moec, à propos de l'emprunt auprès des particuliers.
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/337241/certains-pays-en-sont-reduits-a-solliciter-le-soutien-de-leurs-citoyens?utm_source=infolettre-2011-11-30&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne
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