Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)

jeudi 1 septembre 2011

Gang de Paris....




A partir de 1900, les journaux parisiens usent du terme apache  pour désigner les jeunes délinquants des faubourgs parisiens en rupture de famille ou d'atelier. Le terme symbolise à merveille selon eux l'émergence de la criminalité juvénile et permet de cristalliser l'anxiété d'une société industrielle en pleine mutation...




Cette appellation souligne la fascination des Français d'alors pour les récits exotiques de la littérature populaire. Dès la fin de la Restauration, les romans de Fenimore Cooper suscitent un extraordinaire engouement. Un parallèle est bientôt fait entre la lutte des tribus indiennes et l'insurrection des canuts lyonnais (novembre 1931). Il en résulte une association "entre les sauvages de l'extérieur et ceux de l'intérieur, entre la frontière et les faubourgs [qui] contribuent au déclin progressif du bon sauvage."L'heure est en effet aux "barbares", "aux classes dangereuses", produites d'une société bouleversée par les transformations économiques et sociales.

La presse n'est pas en reste et les journalistes soulignent les correspondances, à leurs yeux évidents, entre les voyous parisiens et les "sauvages" amérindiens, en particulier les Apaches, considérés comme la dernière tribu rebelle, un peuple inassimilable.
Le terme convient donc à merveille pour désigner ceux que d'aucuns considèrent comme les résidus de la société industrielle, rétif à toute intégration sociale. Comme les "sauvages" de la Sonora, l'apache parisien est immoral, violent, il partage le même exotisme de mœurs et de langage dont rendent parfaitement compte les paroles truffées de termes argotiques du "chant d'apaches" écrits par Bruant.
Dans un article du 12 décembre 1900, le journal Le Matin décrit ces nouveaux "barbares" au cœur de la civilisation. "Nous avons l'avantage de posséder à Paris une tribu d'apaches [...]. Ils vous tuent leur homme comme les plus authentiques sauvages."
Les autres journaux à grand tirage ne sont pas en reste et en 1902, Arthur Dupin, journaliste au Petit Journal dépeint avec complaisance les rixes opposant deux bandes rivales (l'affaire Casque d'Or):
« Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein Paris, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffée à la chienne! »



Avec le développement de l'ère médiatique, ce thème stéréotypé devient omniprésent et s'appuie sur les forfaits réels de ces bandes, largement exagéré, il est vrai, par une presse qui flaire vite le bon filon. Les Apaches doivent en effet beaucoup à une grande presse en plein essor qui place le sang à la une.


Ces réseaux de camaraderies faiblement organisés se retrouvent derrière un chef, aguerri et respecté. La plupart des membres des bandes n'y font que passer, tandis que le "noyau dur" du groupe ne compte que quelques individus.
Tous partagent néanmoins des valeurs communes: le refus du travail, un goût prononcé pour la fête et les bals.

"Les hommes étaient coiffés de casquettes avachies, leurs vestons avaient des coupes étranges, leurs chemises de flanelle étaient déboutonnées au col, et leur seule élégance résidait en leurs bottines d'un jaune criard, aux tiges extravagantes, à la pointe des plus fines. Les femmes qui les accompagnaient étaient pires qu'eux. Il y avait là deux ou trois brunettes dont le col s'ornait d'un ruban rouge, dont les jupons dégrafés tombaient perpétuellement, dont la gorge, dépourvue de tout corset, avait des houles inquiétantes et vraiment révélatrices 

Pour se faire comprendre facilement, sans éveiller les soupçons, les apaches apprennent à "jaspiner le jars », c'est-à-dire parler l’argot. Dans leurs bouches, les policiers se transforment en "roussin", "sergot", les couteaux en "eustache", "surin", "22", les femmes en "gerces"...

Le "goncier" est un bourgeois facile à tromper, dont l'apache tente de toucher "l'oseille", le "pognon". Les "gouges", "marmites" (prostituées) sont sous la coupe des "dos", "maquereaux" ou "marlous" (souteneur). Quant au "michet" (client), il lui faut abouler de la braise pour obtenir les faveurs de ces dames.


La danse Apache, à l’instar de la Java est une danse née de la culture populaire dans les années 1920. Mais elle est beaucoup plus dramatique et querelleuse que celle-ci. Cette danse est souvent décrite comme mimant une violente "discussion" entre un proxénète et une prostituée. 
Effectivement, ce n'est pas très tendre...


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