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mercredi 6 avril 2016

Panama Papers : l'étrange absence américaine

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160405.OBS7916/panama-papers-l-etrange-absence-americaine.html

Comment s'explique la quasi-absence des Etats-Unis, dans les révélations des "Panama Papers" ? (illustration) ((Jewel SAMAD / AFP))
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Discrétion des grands médias, rareté des noms de personnalités et entreprises américaines... Comment s'explique la quasi-absence des Etats-Unis dans les révélations des Panama Papers ?
Philippe Boulet-GercourtPublié le 05 avril 2016 à 20h09
Surréaliste. Ce mardi 29 mars, Blake Schmidt, journaliste de Bloomberg, interviewe pendant quatre heures Jurgen Mossack et Ramon Fonseca, les deux avocats aujourd’hui au cœur du scandale. "Bloomberg News", annonce l'article publié aujourd'hui, "n'était pas au courant de la fuite [des Panama Papers, NDLR] quand l'interview a eu lieu..."

Surréaliste. Dimanche 3 avril, le "New York Times" réagit mollement et tardivement aux révélations, finissant pas publier en soirée un article qu'il ne met pas en évidence sur sa "home page". L'étonnement finit par devenir assourdissant, au point que le "public editor" du "Times" a relayé mardi la "question parfaitement raisonnable" des lecteurs au directeur adjoint de la rédaction : pourquoi ? Sa réponse :
"Nous ne savions pas que ces documents étaient disponibles et en cours d'analyse".

Un an de travail, 400 journalistes de 75 pays impliqués, et le premier quotidien de la planète n'est pas au courant…

Surréaliste. Au lendemain des révélations, tout ce que le porte-parole de la Maison Blanche trouve à dire est que son pays un "défenseur de premier plan" (répété six fois !) de la "transparence dans le système financier international". Cela, alors que "les Etats-Unis sont le nouveau paradis fiscal préféré du monde", comme l'indique le titre d'un récent article de Bloomberg, et qu'"il est plus facile de créer une compagnie coquille aux Etats-Unis que dans le reste du monde", comme le confirme une étude de trois universitaires ayant testé la création de telles sociétés dans 182 pays…

Les "grands journaux" se sont abstenus
L'étrange absence américaine dans ce scandale planétaire a deux dimensions. La première est médiatique : le "New York Times", le "Washington Post", le "Wall Street Journal" et Bloomberg n'ont pas été associés au travail de l'lCIJ, le consortium de journalistes ayant coordonné l'enquête sur les 11,5 millions de documents. Les seuls médias américains ayant participé, dont certains sont d'ailleurs excellents, n'ont pas la même notoriété que ces quatre géants : il s'agit de quotidiens de la chaîne de journaux McClatchy, du network latino Univision et de son site en ligne Fusion, qui a produit un travail remarquable sur ce dossier.

Une première hypothèse serait que les "grands journaux" auraient décidé de s'abstenir, vu le peu de noms américains célèbres impliqués. D'abord, cela n'est pas encore certain, bien d'autres révélations étant attendues dans les jours et semaines à venir ; ensuite, on a du mal à imaginer les grands organes de presse américains, qui ont beaucoup enquêté sur l'évasion fiscale ces dernières années, décliner de participer à une enquête mondiale de cette ampleur.

Rappelons que c'est le site Vice, basé à Brooklyn, qui en décembre 2014 avait sorti la première enquête de fond sur Mossack Fonseca, "la firme qui travaille avec les oligarques, les blanchisseurs d'argent et les dictateurs". Et à Washington, le sénateur démocrate Carl Levin a multiplié les rapports accusateurs, très fouillés, sur l'évasion fiscale. Selon l'un de ces rapports, la manque à gagner qu'elle génère s'élève chaque année, pour les Etats-Unis, à 150 milliards de dollars.

Hypothèse plus probable : l'ICIJ a écarté à dessein les grandes stars de la presse américaine, qui ne font d'ailleurs pas partie du consortium. Marina Walker, la directrice adjointe du consortium, a expliqué à "Fortune" que l'ouverture d'un média à la collaboration était un critère essentiel pour être choisi, chaque partenaire étant tenu de partager toute découverte significative avec tous les autres participants. Certains journaux sont moins enclins que d'autres à partager, selon elle.

Une autre explication serait que la "maison-mère" du consortium, le Center for Public Integrity, ne voulait pas que le "New York Times" ou le "Post" tirent toute la couverture à eux et fassent passer le travail de l'ICIJ au deuxième plan.

Pari risqué. Les médias américains ont tendance à suivre le ton donné par le "Times", comme on l'avait vu avec la guerre en Irak : les articles de McClatchy, très critiques et bien différents de ceux du "Times", étaient passés largement inaperçus. Mais les temps ont changé : grâce à l'implication de grands journaux d'autres pays, notamment d'Europe, les "Panama Papers" ont eu tout le retentissement qu'ils méritaient et la discrétion initiale du "Times" se retourne aujourd'hui contre le quotidien.

L'hypocrisie de Washington
L'autre inconvénient, plus sérieux, de ne pas avoir invité les "premiers violons" de la presse américaine est que cela a offert une couverture parfaite à tous les adeptes (russes, principalement) des théories de la conspiration : il s'agit d'un coup monté des Américains !

Reste l'autre grande question : pourquoi si peu de noms américains apparaissent-ils dans ces documents ? L'explication est malheureusement simple : les Etats-Unis ont ce qu'il faut, chez eux, en matière de sociétés-coquille contrôlant d'autres sociétés, tout cela dans l'anonymat le plus total. Une journaliste de "Fusion" a même réussi à créer une société dans le Delaware, "She Sells Sea Shells" ("Elle vend des coquillages"), au nom de son chat Suki ! Quant à Mossack Fonseca, elle possède une filiale dans le Nevada, l'un des Etats les plus laxistes en la matière (avec le Wyoming et le Delaware), qui ne demande pas à connaître l'identité de la personne établissant la société. La filiale en question peut établir des compagnies américaines "offshore"… sur le sol même des Etats-Unis.

En ce qui concerne les individus, deux facteurs jouent en défaveur de l'ouverture d'un compte panaméen. D'abord, les autorités américaines ont considérablement durci la réglementation sur les comptes bancaires d'Américains à l'étranger, exigeant, sous peine de sanctions sévères, que ceux-ci soient signalés au fisc américain au-delà de 10.000 dollars.

Ensuite, l'imposition des gros revenus et des revenus financiers est bien moins sévère que dans d'autres pays étrangers, justifiant donc moins le recours à l'évasion fiscale pour les particuliers. Un exemple: en matière d'héritage, un couple ne paie pas un cent de droits de succession jusqu'à un seuil de 10,9 millions de dollars.

Reste, tout de même, une incroyable hypocrisie dans les propos du porte-parole de la Maison Blanche. Son pays n'a pas été fichu de passer une loi exigeant des banques américaines qu'elles collectent et communiquent des informations aux autres pays, en échange de réciprocité, et il a refusé d'adopter les règles établies en 2014 par l'OCDE. Et que dire du Panama, pays on ne peut plus sensible à l'influence américaine… Il continue d'être "le dernier, l'ultime paradis fiscal", pour reprendre le mot de l'OCDE. Sans que cela empêche Washington de dormir.
Philippe Boulet-Gercourt Journaliste

mardi 5 avril 2016

Les Panama Papers sont un moyen de chantage idéal

source: Wikistrike
Le proverbe dit : « Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ».

Dans l’affaire de Panama Papers, ce n’est ni le doigt, ni la lune qu’il faut regarder, mais le sage lui-même, et tâcher de savoir pourquoi il désigne la lune. Quand un pourri nous désigne en vindicte un monde pourri et qu’il s’en exclut, il y a anguille sous roche. Le seul fait qu’il n’y ait aucune personnalité étatsunienne dans la liste panaméenne est suspect en soi. Quiconque a déjà fourré son nez dans le monde des sociétés offshores sait à quel point ce monde est opaque et les fuites difficiles, surtout de manière aussi limpide. Qu’il y ait eu fuite ou pas, il est certain que ce qui apparait dans les médias résulte d’une deuxième « fuite », bien contrôlée celle-là, à partir de matériaux dont disposaient les instigateurs de l’opération médiatique. Pour pouvoir poursuivre les coupables, des dirigeants européens commencent à réclamer, naïvement, des preuves. Il n’y en aura pas, car c’est juste une opération destinée à être médiatisée. Il n’y aura pas de preuves non plus, parce que les premiers qui seraient touchés sont les plus grands cabinets de Londres, New York, Paris, Bruxelles, Luxembourg, etc. Ce sont ces cabinets qui créent et administrent, pour leurs clients, les comptes à Gibraltar, Malte, les îles Anglo-Normandes, les Caraïbes et autres paradis fiscaux, et ils ne travaillent pas à l’insu des grands services de renseignement. Cela expliquerait même comment les documents sont entrés entre les mains du « Consortium international des journalistes d’investigation » dont vous verrez le vrai visage dans le corps de l’article ci-dessous. RI
***

Une vraie fuite de données d’un cabinet d’avocats au Panama serait très intéressante. Beaucoup de gens riches et/ou des politiciens cachent de l’argent dans les sociétés fictives que ces firmes panaméennes fournissent. Mais les « fuites » actuelles de données, diffusées, à grand renfort de publicité, par plusieurs empires de presse qui soutiennent l’OTAN et par une « Organisation non gouvernementale « financée par le gouvernement américain, ont simplement pour but inavouable de salir des personnalités que l’empire américain n’aime pas. Elles offrent aussi une belle opportunité d’en faire chanter d’autres en promettant de ne pas publier des informations en échange d’une faveur puis d’une autre.

Il y a déjà 16 mois, Ken Silverstein a publié un reportage sur Vice à propos de Mossak Fonseca, un gros fournisseur véreux de sociétés fictives du Panama. (L’Intercept de Pierre Omidyar, pour lequel Silverstein travaillait alors, avait refusé de publier le reportage.) Yves Smith a publié plusieurs longs articles sur le business du blanchiment d’argent de Mossak Fonseca. Silverstein a également redit une chose bien connue, à savoir que Rami Makhlouf, un riche cousin du président syrien Assad, avait de l’argent caché dans des sociétés fictives de Mossak Fonseca. Il a écrit :

Pour pouvoir fonctionner, les sociétés fictives comme Drex ont besoin d’un agent agréé, parfois un homme de loi, qui dépose les documents d’enregistrement nécessaires et dont le bureau sert habituellement d’adresse à la société fictive. Cela crée un intermédiaire entre la société fictive et son propriétaire, surtout si l’entreprise fictive est enregistrée dans un paradis fiscal où l’information sur la propriété est protégée par un mur impénétrable de lois et de règlements. Dans le cas de Makhlouf – et, comme je l’ai découvert, dans le cas aussi d’hommes d’affaires véreux et de gangsters du monde entier – l’organisation internationale qui a permis d’enregistrer sa compagnie fictive et de la protéger contre la surveillance internationale était un cabinet d’avocats appelé Mossack Fonseca, qui a fait office d’agent agréé de Drex du 4 juillet 2000 à la fin de 2011.

lundi 14 mars 2016

Paul Duan veut briser le chômage... grâce à des algorithmes ! Ce Français est un génie.



Enfin…une bonne nouvelle!!!!
Lorraine
 

http://positivr.fr/paul-duan-baisser-chomage-algorithme/

L'étonnant Paul Duan vient de signer un partenariat avec Pôle Emploi. Et c'est loin d'être son premier fait d'armes ! Impressionnant.

Généralement, quand on pense au big data et au traitement des données informatiques, on pense illico aux stratégies commerciales agressives et à la surveillance généralisée des citoyens. Mais Paul Duan lui, y voit surtout la possibilité d’un monde meilleur. A 22 ans, ce génie revient des Etats-Unis avec la ferme intention de diminuer le chômage… rien qu’avec des algorithmes ! Explications.

Paul Duan est né à Trappes de migrants chinois qui ont fui la répression communiste. Excellent élève, il a eu un parcours exemplaire : le lycée de Buc dans les Yvelines, Sciences Po puis Berkeley, dans la Silicon Valley.
Crédit photo : L’Échappée Volée

Là-bas, il crée en 2014 une ONG baptisée Bayes Impact. Son but ? « Faire de la Terre un endroit meilleur » grâce à une saine utilisation des données.

Ça peut sembler ambitieux mais, malgré son jeune âge, Paul Duan a déjà quelques succès à son actif : l’optimisation du trajet des ambulances de San Francisco et la prévention des risques dans les hôpitaux. Deux exemples qui sauvent des vies tous les jours rien qu’avec l’utilisation de données statistiques et informatiques !

Mais Paul Duan n’est pas préoccupé que par la santé. Il sait aussi que le chômage est un fléau à combattre. Et ça tombe bien parce que, là aussi, le jeune homme a une solution : il va exploiter toutes les données anonymes de Pôle Emploi et créer une application qui guidera chaque chômeur de façon personnalisée et optimisée. Ainsi, les demandeurs d’emploi seront automatiquement dirigés vers les entreprises qui ont besoin d’eux… et vice versa !

Quand on sait qu’un million d’offres d’emploi ne sont jamais pourvues, ça laisse rêveur…


L’accord entre Pôle Emploi et Bayes Impact a été signé en janvier dernier et une première version du logiciel devrait être disponible dès ce printemps pour un lancement officiel vers la fin de l’année !

Rien qu’avec cet outil, Paul Duan est convaincu de pouvoir faire baisser le chômage de 10% ! 10 % sans nouvelles primes à l’embauche, sans refonte du code du travail et sans reprise économique… Non, non : 10% rien qu’avec l’exploitation de toutes les données existantes ! Pas étonnant que les autorités françaises lui déroulent le tapis rouge.
Crédit photo : L’Échappée Volée

Quoi qu’il en soit, la philosophie de ce jeune entrepreneur audacieux parti de loin est vraiment très belle. D’ailleurs, si vous voulez mieux faire connaissance avec lui, on ne saurait trop vous conseiller le visionnage de cette courte conférence qu’il a donnée récemment. Ça vaut le coup !
Avec son talent et son esprit d’entreprise, il aurait pu choisir de faire un maximum d’argent dans n’importe quel secteur (la finance par exemple). Au lieu de ça, il a choisi de mettre son cerveau à la disposition de causes communes. Chapeau !

dimanche 6 septembre 2015

La guerre est déclarée

http://reseauinternational.net/la-guerre-est-declaree/
La guerre est déclarée
La guerre est donc déclarée.
Depuis le 1er septembre, les paiements en cash supérieurs à 1 000 euros sont officiellement interdits en France.

En Espagne, les grandes banques taxent désormais les retraits aux distributeurs, relevait Simone Wapler récemment.

Le Financial Times publiait il y a quelques jours un article invitant à supprimer cette “autre relique barbare” qu’est le cash.

Sur le site internet France 2022, lancé à l’initiative de Jacques Attali, on trouve une page “Supprimer la monnaie fiduciaire” listant tous les avantages qu’il y a à se passer du cash.

L’un de ces avantages — et non des moindres — est la “fin de la transmission de microbes via la monnaie”.

Mais oui ! A bas les billets pouacres et les pièces poisseuses ! Et ne nous arrêtons pas en si bon chemin : supprimons aussi les barres d’appui dans les transports publics — ces surfaces répugnantes grouillant de virus et de bactéries qui nuisent à la santé générale !

Comment, que dites-vous ? “Ce serait absurde, tout le monde tomberait” ? Mais mon bon monsieur, puisqu’on vous dit que c’est pour votre sécurité !
 Bref, la guerre que mènent les autorités contre le cash est en train de prendre une tournure de plus en plus musclée. Et pour cause, comme l’expliquait Bill Bonner jeudi :

“Si les autorités peuvent bannir le cash, elles vous auront entièrement en votre pouvoir. Vous investirez quand elles voudront que vous investissiez. Vous achèterez quand elles veulent que vous achetiez, ce qu’elles veulent que vous achetiez”.

“Vous serez contraint de conserver votre argent dans une banque — une banque contrôlée, bien entendu, par les autorités. Vous direz que vous aurez ‘de l’argent à la banque’, mais ce ne sera pas vrai. Tout ce que vous aurez, c’est un crédit auprès de la banque”.

“En l’état actuel des choses, la banque aura du cash réel — mais de loin pas assez pour satisfaire ses engagements. Si cette nouvelle attaque réussit, de par la loi, vous n’aurez plus de cash du tout. Vous serez cerné. Si les autorités veulent vous forcer à dépenser… ou investir… votre argent, elles imposeront simplement un ‘taux d’intérêt négatif’, qui n’est rien de plus qu’une taxe. A Chypre, ils ont ponctionné les plus gros comptes d’une taxe de 50% simplement parce que les banques n’avaient pas assez d’argent. En Argentine, elles ont carrément été fermées. Lorsqu’elles ont rouvert, les dépôts en dollars avaient été convertis en pesos, avec une perte de 66% !”

“[…] En 2008-2009, quasiment toutes les grandes banques étaient au bord de la faillite. Mais s’ils réussissent à nous isoler du cash, ça n’arrivera plus jamais. Parce que les banques n’auront qu’à se servir chez nous — avec l’approbation pleine et entière des banques centrales, des gouvernements et des zombies un peu partout”.

Ça suffit, tout ça, non ?

Il est temps de récupérer un peu de terrain perdu en matière d’indépendance et du droit à disposer de votre propre argent.

Nous sommes en train d’agir, aux Publications Agora : joignez-vous à nous en signant notre pétition. Plus nous aurons de signataires… mieux notre appel sera entendu.

Merci.

Meilleures salutations,

Françoise Garteiser
La Chronique Agora

http://la-chronique-agora.com/la-guerre-est-declaree/

mercredi 17 juin 2015

Miracle à Reykjavik : comment l'Islande s’est sortie de la crise en faisant tout l’inverse des autres

 http://www.atlantico.fr/decryptage/miracle-reykjavik-comment-islande-est-sortie-crise-en-faisant-tout-inverse-autres-nicolas-goetzmann-2196384.htm


Pour le premier ministre islandais, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le renouveau économique de son pays a une cause précise : "Ce qui nous a permis de nous sortir de la crise financière et de nous ramener là où nous en sommes aujourd’hui est d’avoir notre propre monnaie et d’avoir le contrôle sur notre politique économique et monétaire, ainsi que sur nos ressources naturelles. Les options grecques sont nettement plus limitées, en tant que membre de la zone euro". Malgré ce diagnostic, le cas Islandais pourrait tout aussi bien être brandi en étendard par les fans de l’austérité, parce que la consolidation fiscale mise en place par le pays n’a pas d’autre équivalent que l’intouchable Grèce.

En 2008, l’Islande ressemblait à un hedge fund.

330.000 habitants et un secteur financier correspondant à 14 fois le PIB du pays. Afin de faire face à l’inévitable explosion de la finance islandaise, le pays a alors décidé de mettre en place des mesures drastiques : contrôle des capitaux, mise en faillite du système bancaire, relance monétaire mais également, cette sérieuse cure d’austérité budgétaire.
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En effet, en prenant en compte les données publiées par le Moniteur Fiscal du FMI, les chiffres impressionnent. Rien n’est épargné aux islandais. Depuis 2008, les dépenses publiques sont sacrifiées, d’un point haut de 55.4% du PIB, elles ont pu être réduites à 46% pour l’année 2014, soit une baisse de 11.4 points. De la même façon, la hausse de la fiscalité a été très lourde, passant d’un taux de prélèvement obligatoire atteignant 38.9% du PIB en 2009 pour en arriver à 47.9% en 2014. Soit une hausse de 9 points par rapport au PIB.

Afin d’extirper les données relatives au paiement de la dette, et ainsi mettre en évidence les efforts réels du pays, il suffit de constater le solde de la balance primaire : d’un déficit de  -6.9% en 2009, l’Islande a retrouvé un solde positif de 6.2% en 2014, soit une consolidation fiscale de 13.1% du PIB en 5 années. En intégrant les données relatives à la dette, et en prenant 2008 en année de référence, le déficit budgétaire est passé de 13.1% en 2008 à un solde positif de 1.8% en 2014, soit un écart de 14.9% au total. 
Graphique : Solde Budgétaire. Islande. (Source : Fiscal Monitor. FMI)

mardi 4 février 2014

Les exagérations de ceux qui mettent « Le Québec dans le rouge »

Média fait ses choux gras, ces jours-ci, d’une étude du Centre sur la productivité des HEC montrant combien les Québécois sont nuls, poches et pauvres.
Ce n’est pas la première fois, et ce n’est pas la dernière.
L’économiste Pierre Fortin vient de remettre, encore une fois, les pendules à l’heure dans L’actualité. Je le cite :
Il y a trois ans, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, lançait que les Américains étaient 45 % plus riches que les Québécois. Ce dernier fondait son jugement en toute bonne foi sur une affirmation à cet effet du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal.
Depuis lors, plusieurs d’entre nous ont démontré que le chiffre de HEC repris par François Legault était erroné. Mais les affirmations erronées, surtout quand elles sont politiquement commodes, ont la vie dure.
Je vous laisse aller voir comment le professeur Fortin corrige les erreurs des HEC, mais voici comment les chiffres paraissent lorsqu’ils sont plus proches de la réalité:
FortinHEC
Pierre Fortin dégonfle considérablement le ballon du retard économique du Québec en corrigeant la copie des HEC.
Mais même ce tableau mérite réflexion, car il donne le pouvoir d’achat moyen, sans prendre en compte les plus grandes inégalités de revenus entre les Québécois d’une part, les Ontariens et les Américains de l’autre.
Pierre et moi avions fait ce calcul il y a deux ans pour conclure qu’à temps de travail égal, le pouvoir d’achat de 99 % des Québécois était supérieur à celui de 99 % des Ontariens et des Américains.
On trouvera ce texte ici, et j’en résume les conclusions dans cet extrait vidéo:



samedi 11 janvier 2014

La prévoyance norvégienne


La Norvège fait fructifier ses revenus pétroliers afin d’assurer la pérennité à long terme de son mode de vie.

Par Alexandre C.
On érige très souvent en modèle les pays scandinaves qui ont réussi à s’extraire d’une situation économique difficile dans les années 90 (Suède et Finlande notamment). Prenant conscience de la non-viabilité de leur modèle, les pays ont entrepris un assainissement de leurs économies.
Le troisième pays de ma région, la Norvège, prouve encore à l’orée du chiffre publié ce matin que la politique du pays n’est pas fondée sur le présent. Au contraire du Venezuela qui depuis une quinzaine d’années a entrepris de réinvestir tous les revenus pétroliers du pays dans la lutte contre la pauvreté1, la Norvège a entrepris de faire fructifier ces mêmes revenus afin d’assurer la pérennité à long terme de son mode de vie.
Norvege-paysage-lac
Depuis les premiers forages pétroliers off-shore dans les années 60, le pétrole a assuré au pays un certain dynamisme économique. Prenant conscience que l’exploitation de ces ressources étaient limitées dans le temps, le pays décide de créer en 1990 un fonds spécial destiné à récupérer l’argent venant de l’exploitation du précieux or noir2. Résultat, près de vingt-cinq années plus tard, cette « caisse » nationale, gérée par la banque de Norvège, a atteint un encours de 5110 milliards de couronnes3 soit 607 milliards d’euros4. Concrètement, cela fait de chaque Norvégien un millionnaire en couronnes. Et à en croire les experts, ce chiffre pourrait bien encore augmenter.
Mais à quoi sert cet argent ?
On pourrait croire que ce fonds, rebaptisé en 2006 « Fonds de pension gouvernemental » sert à financer quelques dépenses sociales de type retraite. En réalité, il n’en est rien. Ici pas de dépenses somptueuses ni d’immeubles pharaoniques comme dans les pays du Golfe persique. Le fonds se contente d’investir l’argent dans diverses sociétés, en jouant la prudence5.
Et le fonds de la France me demanderez-vous ?
Il contient à l’heure actuelle 18,7 milliards d’euros. Bien loin de son homologue donc. Pourtant on se dit que la France, qui est assise sur les plus importantes réserves de gaz de schiste d’Europe, pourrait, elle aussi, s’inspirer de ce modèle norvégien et assurer le futur du pays tout en créant des emplois et donc des revenus supplémentaires. Malheureusement, la chape de plomb dogmatique, qui recouvre aujourd’hui le débat sur l’exploitation de cette ressource naturelle, nous empêche de rêver à cet avenir économique.
vu ici

vendredi 3 janvier 2014

Traité transatlantique : un typhon qui menace les Européens – les multinationales applaudissent

/>Le Monde Diplomatique - Nov 2013 – Lori Wallach
Engagées en 2008, les discussions sur l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ont abouti le 18 octobre. Un bon présage pour le gouvernement américain, qui espère conclure un partenariat de ce type avec le Vieux Continent. Négocié en secret, ce projet ardemment soutenu par les multinationales leur permettrait d’attaquer en justice tout État qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme.
Les discussions devraient reprendre fin janvier. Pour l’heure, le gigantesque partenariat transpacifique, qui couvrirait près de 40% du PIB mondial, n’a pas encore pu être finalisé par les douze États concernés (États-Unis, Canada, Australie, Pérou, Vietnam, Mexique, Nouvelle-Zélande, Malaisie, Japon, Chili, Brunei, Singapour) On Comprend que les discussions soient tendues : cet accord vise ni plus ni moins à éliminer 90% des barrières douanières entre les États membres, avant de les supprimer totalement. Le Japon est apparemment un des plus réticents La levée des taxes douanières mettrait notamment en péril l’ensemble de ses producteurs de riz, de sucre, de blé, de produits laitiers, de viande de bœuf et de porc.

Les États-Unis, eux, ont flairé le bon coup. Et ils préparent donc, en catimini avec l’Union européenne et les principales multinationales concernées, un accord du même type, le traité transatlantique.

Attac Interpelle le gouvernement
Qualifié de « typhon qui menace les Européens » par Le Monde diplomatique, celui-ci vise, de la même manière, à ôter toute souveraineté aux États signataires, qui ne pourraient agir que dans le cadre très strict de cette loi (dé-)réglementant à peu près tout : « Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration, pas un domaine d’intérêt général qui ne pas sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé », note Le Monde Diplomatique.

Avec un tel accord, une entreprise privée sera en droit d’attaquer en justice des États ou des collectivités locales « si une réglementation fait entrave au commerce et la prive de bénéfices escomptés », note l’organisation Attac. Celle-ci a interpellé Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, pour exiger que tous les documents relatifs aux négociations jusque-là secrètes soient rendus publics.

Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario ne date pas d’hier. Il figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf États membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.
vu ici

mercredi 1 janvier 2014

Les avares : Comment Apple, Google, Facebook & co. tiennent l'économie en otage en s'asseyant sur leur montagne de cash

Les sociétés technologiques telles que Facebook, Apple, et Google ont tellement accumulé de réserves de trésorerie que John Plender du Financial Times évoque des « Harpagons de l’économie mondiale », et se pose la question des conséquences de cette thésaurisation pour l'économie mondiale.

billetdollar

Selon une étude menée par Juan Sánchez et Emircan Yurdagül de la Federal Reserve Bank of St Louis, les entreprises américaines étaient assises sur un trésor de guerre de 5.000 milliards de dollars à la fin de l’année 2011, soit plus de 10 fois le PIB de la Belgique. L’ampleur de ce phénomène explique pour partie la hausse de la demande pour les actifs sûrs et la chute des taux d’intérêt qui ont alimenté la bulle immobilière américaine.

Toutefois, le comportement d'épargne extrême du secteur de la haute technologie des États-Unis n’a pas eu les mêmes conséquences néfastes que la thésaurisation de la Chine, dont les réserves officielles n’atteignent « que » 3500 milliards de dollars. Mais pour autant, la conservation de telles réserves de cash des sociétés high tech américaine n’en est pas moins antisociale.

La trésorerie et les placements liquides d'Apple, Microsoft, Google, Cisco, Oracle, Qualcomm et Facebook représentent aujourd'hui environ 340 milliards de dollars, presque cinq fois plus qu'au début de ce millénaire. En outre, ces firmes sont très peu endettées. Pour Plender, cette tendance à l’épargne au lendemain d’une crise financière a un caractère antisocial, parce que le monde souffre d’une faiblesse de la demande.

Pourquoi les entreprises les plus performantes et innovantes du monde se comportent-elles comme des caricatures des romans de Dickens? Comment se fait-il qu’elles échouent à trouver des opportunités d'investissement pour dépenser cet argent et qui se retrouve placé sur des produits avec des rendements réels souvent négatifs?
Plender donne les raisons suivantes:
✔ L'histoire se répète. Dans les années 1930, Keynes déplorait que l'économie était prise en otage par les instincts volatils des hommes d'affaires et les chefs d’entreprise qui ont trop peur d'investir dans un environnement incertain.
✔ Le « narcissisme d’entreprise ». De nos jours ce ne sont pas des entrepreneurs individuels qui se réjouissent d’avoir accumulé de la trésorerie mais les entreprises de technologie innovantes.
✔ La souplesse de la trésorerie. Cette flexibilité est jugée tentante dans un monde dominé par la peur et l'incertitude, et sur un secteur qui évolue très rapidement.
✔ Une moins grande contrainte de l’actionnaire. Les sociétés comme Apple, Google et Facebook sont à l'abri des OPA hostiles, et elles se sont dotés de statuts qui permettent à leurs membres fondateurs d'en assurer le contrôle avec une minorité du capital. De ce fait, elles subissent moins la pression d’actionnaires qui auraient pu réclamer des augmentations de dividendes.
✔ La fiscalité. La fiscalité américaine sur les bénéfices réalisés à l’étranger peut dissuader ces firmes de rapatrier leurs bénéfices étrangers mais cela n’explique cependant pas pourquoi cet argent n'est pas investi.
✔ Le capital humain. le secteur high-tech ne repose pas sur le capital financier, mais sur le capital humain. Les principales activités de ces entreprises ne réclament pas beaucoup d’investissements (Apple et Microsoft externalisent leurs activités à forte intensité capitalistique) et les plus grandes investissent massivement en recherche et développement. 
Source : Express.be
vu ici

samedi 26 octobre 2013

L'avenir du Québec est en Asie, pas en Europe



ANALYSE - Ouverture de marchés, hausse des exportations, créations d'emplois au Québec... Le futur accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne est présenté comme une entente historique et très prometteuse. Malgré tout son potentiel, l'avenir économique du Québec se joue en Asie, et non pas en Europe.

Pour des raisons géographiques évidentes, les États-Unis resteront notre principal partenaire commercial, tout comme l'UE restera celui des Allemands. Avec ses 508 millions d'habitants et son PIB combiné de 16 360 milliards de dollars américains (G$US), l'Union européenne représente, il est vrai, un formidable marché.

Mais le vrai potentiel de croissance pour nos entreprises et de retombées économiques pour le Québec en terme d'emplois se trouve en Asie-Pacifique, où nos exportations y connaissent une croissance fulgurante depuis une décennie.

Statistique Canada rassemble dix économies de l'Asie-Pacifique sous l'acronyme ASPAC. Ce groupe comprend la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Indonésie, Singapour, Hong Kong (rétrocédé à la Chine en 1997), Taïwan, la Malaisie, les Philippines et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Nos exportations en Asie progresse plus vite qu'en Europe

De 2003 à 2012, les exportations de marchandises du Québec vers ces dix marchés ont plus que doublé, avec une progression de 121%. Sur la même période, les expéditions des entreprises québécoises à destination des 28 pays de l'UE ont augmenté de 28%.

Cela dit, nos expéditions vers les Ving-huit - un marché mature - surpassent actuellement celles à destinantion de ces 10 pays d'Asie-Pacifique: 7,4 G$ contre 5 G$. Mais cet écart en faveur de l'Union européenne ne durera pas encore bien longtemps.

Car, malgré l'accroissement des échanges commerciaux que provoquera le futur accord de libre-échange Canada-UE, la vitesse à laquelle notre commerce progresse avec l'Asie-Pacifique est tout simplement beaucoup plus rapide.

Depuis 2003, les exportations québécoises en Chine ont presque été multipliées par cinq, pour atteindre 2,6 G$ l'an dernier. Ce qui fait de ce pays notre deuxième marché d'exportation - et de loin - devant l'Allemagne, où les expéditions des entreprises du Québec ont totalisé 1,5 G$ en 2012.

Négociations de libre-échange en Asie

Et les échanges avec la Chine augmenteront encore plus vite si le Canada signe un jour avec elle un accord de libre-échange, comme le souhaite d'ailleurs le gouvernement chinois. Pour l'instant, Ottawa n'est pas très chaud à l'idée.

Mais les pressions des lobbys d'affaires canadiens et chinois pourraient bien changer la donne, estiment certains analystes.

De plus, si de petits pays comme l'Islande (315 000 habitants) ou la Nouvelle-Zélande (4,3 millions d'habitants) ont déjà signé des ententes de libre-échange avec la Chine, pourquoi le Canada ne pourrait-il pas en avoir une?

L'Inde est un autre marché asiatique représentant beaucoup de potentiel pour le Québec. De 2003 à 2012, nos exportations y ont plus que doublé. Elles demeurent toutefois faibles pour l'instant, à 485 M$. Mais ces expéditions surpassent déjà celles du Québec en Italie à 404 M$.

Tout comme avec la Chine, les exportations québécoises en Inde sont appelées à augmenter rapidement, d'autant plus que le Canada négocie en ce moment un accord de libre-échange avec l'autre géant asiatique - nous négocions aussi des ententes avec la Japon et la Corée du Sud.

Oui, oui l'autre géant asiatique. On oublie trop souvent: en 2050, la Chine sera la première économie de la planète, suivis par les États-Unis et... l'Inde, selon les prévisions de la Banque HSBC, The World in 2050.

Aussi, si le 20e siècle a été celui des États-Unis, le 21e siècle sera incontestablement celui de l'Asie, disent les analystes. Voilà pourquoi l'avenir économique du Québec se trouve sur ce continent, et non pas de l'autre côté de l'Atlantique.


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lundi 21 octobre 2013

Draghi: 'Trop en savoir sur nos grandes banques pourrait provoquer la panique'




Tout le monde sait que les banques européennes sont en grande difficulté, et qu’en conséquence, elles ont réduit les montants des prêts qu’elles accordent aux entreprises européennes, mais personne ne sait exactement jusqu’à quel point.
Le Fond Monétaire International a évoqué la possibilité que les banques italiennes et espagnoles subissent des pertes de 230 milliards d’euros au cours des prochaines années. En outre, on ne sait pas encore quels sont ceux que l'UE choisira de faire payer pour les prochaines opérations de sauvetage, les différents ministres des Finances de la zone euro réunis la semaine dernière à Washington n’étant pas d’accord sur les méthodes à employer. La BCE doit débuter bientôt un audit de 130 des plus grandes banques de la zone euro, mais il a été décidé de se mettre d’accord sur la méthode de recapitalisation (plan de sauvetage, ponction sur les comptes des déposants les plus fortunés, ou autre) avant la fin de cet audit, c'est-à-dire avant que les montants des pertes ne soient connus.

« Les banques européennes ont été, comme toutes les autres banques, des boîtes noires hermétiquement fermées. Si quelqu’un parvenait à en ouvrir ne serait-ce qu’un tout petit coin, les miasmes des actifs pourris qui s’en échappaient étaient si forts que le coin était immédiatement refermé. Mais lorsque le coin n’était pas refermé assez rapidement, et que trop de miasmes s’étaient répandus, la banque entière s’effondrait et il ne restait plus aux contribuables, souvent d’autres pays, qu’à lui accorder
un plan de sauvetage ; c’est plus facile de cette manière », écrit Wolf Richter sur son blog Testosterone Pit.

« Le FMI, qui ne peut que renifler à la surface des banques, a déterminé que les banques italiennes et espagnoles seules devraient comptabiliser 230 milliards d’euros de pertes additionnelles sur les deux prochaines années. Comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, les pertes réelles des banques sont toujours bien pires lorsque la vérité finit par être révélée, et cela n’arrive jamais avant que la banque ne s’effondre et que quelqu’un de l’extérieur s’avise à compter ce qui reste ».

« L'année prochaine, il y aura un moment de vérité, pour ainsi dire, lorsque la BCE deviendra le régulateur officiel des 130 plus grandes banques de sa paroisse. Dotée de nouveaux pouvoirs, elle pourra les soumettre à une évaluation réaliste plutôt que les «stress tests» du passé qui n’étaient rien d’autre que de l’agit-prop, en espérant que certaines banques espagnoles et italiennes parviendront à se maintenir debout d’ici là ».

L'union bancaire européenne, qui permettrait à une banque en difficulté, à ses investisseurs et ses épargnants de ressortir indemnes d’une défaillance grâce aux contribuables européens, ou en tous cas, ceux des Etats membres qui n’ont pas encore été soumis eux-mêmes à un plan de sauvetage, n’existe pas encore, explique Wolf. Et c’est un problème, parce que la vérité sur l'état réel du secteur bancaire est peut-être bien pire que ce à quoi l’on doit s’attendre, elle est peut être politiquement inacceptable, semble-t-il dire. C'est ainsi qu’il explique pourquoi Draghi a déclaré que « Ces arrangements devront être en place avant que nous n’achevions nos audits », c'est-à-dire que la décision sur la méthode à employer pour le plan de sauvetage sera prise avant de connaître l’ampleur des sommes en cause.

«La vérité ne sera pas connue avant que les Eurocrates ne décident qui devra payer pour ces plans de sauvetage. Et les audits des banques ne seront pas achevés avant cela, parce que si quelque chose concernant ces audits devait filtrer, tout le jeu de cartes viendrait à s’effondrer, et aucun contribuable ne serait d’accord pour payer la facture, maintenant que son total d’une ampleur énorme serait connu ! »

L’article de Wolf a suscité quelques commentaires, dont une citation pertinente de l'industriel américain Henry Ford: «C'est une bonne chose que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et notre système monétaire, parce que si c’était le cas, ce serait la révolution avant demain matin ».
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dimanche 20 octobre 2013

L’Accord de libre-échange Union européenne–Canada est inacceptable et dangereux

L’Union européenne et le Canada sont finalement parvenus à s’entendre sur un accord de libéralisation du commerce et des investissements.

Si l’accord politique confirmé aujourd’hui par J.M. Barroso et le Premier ministre canadien S. Harper reste symbolique à ce stade (les négociations techniques vont certainement se poursuivre plusieurs mois), cet AÉCG (Accord économique et commercial global) confirme cependant la volonté communautaire d’accélérer le rythme de construction d’un grand marché unique transatlantique, porteur de lourdes menaces du point de vue des mouvements sociaux et citoyens de part et d’autre de l’Atlantique. 
 

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Cette annonce intervient alors que personne – hormis les négociateurs et hommes d’affaire – n’a pu accéder directement au texte négocié, ou aux informations quant aux concessions faites par l’Union européenne et le Canada en vue de conclure cet accord, malgré les appels répétés des organisations de la société civile européenne et canadienne..
D’après les informations fuitées qui nous sont parvenues en novembre 2012, les répercussions de cet accord seraient majeures pour l’agriculture européenne, les services publics, les droits accordés aux multinationales, les règles environnementales et sanitaires, l’accès aux médicaments, etc. Mais les intérêts des multinationales semblent bien plus préoccuper le Président de Commission, J.M. Barosso, qui déclare : « Cet accord ouvrira de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes et canadiennes en augmentant l’accès aux marchés des biens et services, et en accordant de nouvelles opportunités aux investisseurs européens. »
Les multinationales peuvent en effet se féliciter des concessions faites concernant l’ouverture des services publics à la concurrence. Comme le souligne Frédéric Viale d’Attac, «l’AÉCG est très offensif en matière de libéralisation des services publics puisqu’il adopterait une approche par ‘liste négative’, qui signifie que tous les services qui ne sont pas explicitement exclus par le texte de l’accord sont susceptibles d’être libéralisés!». A ce jour, nous ne savons toujours pas la liste des services que l’Union européenne a explicitement exclu de l’ouverture à la concurrence aux entreprises canadiennes. Mais les offres probables du Canada concernant l’ouverture des marchés publics de l’eau laissent présager des concessions importantes de l’Union européenne en retour.
L’Union européenne, fer de lance de la libéralisation des services, consent en échange à supprimer 99 % des tarifs douaniers entre les deux pays, avec une ouverture accrue du commerce agricole, qui supposera notamment l’augmentation de l’importation de produits laitiers, de poissons, de viandes de bœuf et de porc d’origine canadienne. C’est aussi grâce à ces négociations que le Canada a fait pression pour retarder et affaiblir la portée de la directive européenne « Qualité des carburants » visant à lutter contre les changements climatiques .

La conclusion de cet accord consacrera surtout la supériorité des droits des entreprises sur ceux des citoyens ou des consommateurs, et sur la défense de l’intérêt général, puisqu’il devrait inclure l’inacceptable mécanisme de règlement des différends « État-investisseur ». Ce type de mécanisme, dit de « protection des investissements », ouvre le droit à une entreprise de poursuivre un État ou une instance infra-étatique si une réglementation la prive de bénéfices escomptés ; le différend sera arbitré par un panel d’experts privés, de façon discrétionnaire et en dehors des juridictions publiques nationales, régionales ou multilatérales.
Pour Fanny Simon de l’Aitec, « un tel dispositif menace les pouvoirs de régulations des autorités élues, remet en cause la souveraineté des populations et mine leurs droits et libertés démocratiques en donnant le pouvoir aux entreprises multinationales de contester des dispositions réglementaires prises pour protéger l’environnement, les petits paysans, les PME ou encore la santé publique. C’est d’autant plus inacceptable qu’une telle mesure n’influera pas, ou à la marge, les flux d’investissement déjà très importants entre les deux pays, preuve de la confiance des investisseurs dans le cadre juridique en place ». Or, les entreprises recourent de plus en plus souvent à ce type de dispositif pour contester des décisions publiques qu’elles jugent contraires à leurs intérêts . L’entreprise américaine Lone Pine vient ainsi de déposer plainte contre le gouvernement québécois et lui réclame $250 millions de compensation pour l’instauration d’un moratoire interdisant l’utilisation de la fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.
Un tel accord, profondément anti-démocratique et contraire aux exigences de renforcement des droits écologiques et sociaux des populations est inacceptable. Nous ferons campagne en ce sens et interpellerons l’ensemble des parlementaires européens et nationaux pour qu’un tel accord ne soit jamais ratifié. Nous faisons de cet accord l’exemple même des méthodes et contenus de négociations d’accord de libre-échange et d’investissement que nous refusons catégoriquement.
C’est pourquoi nous rejetons les mêmes objectifs et dispositions actuellement en négociation dans le cadre du Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (PTCI), qui instaurera un Grand marché transatlantique entre l’Europe et les États-Unis. Nous refusons que le projet d’accord de l’AECG marque le premier pas vers une vaste zone de libre-échange transatlantique entre l’Europe, le Canada, les États-Unis et le Mexique, dans laquelle les droits des affaires et des investisseurs primeraient sur les droits fondamentaux des populations et la protection de l’environnement.
Face une telle offensive, nos organisations appellent les citoyens français, européens et canadiens à s’organiser pour :
  • obtenir de leurs représentants dans cette négociation la divulgation publique du texte, ou projet de texte, faisant l’objet de cet accord
  • faire connaître les dangers immédiats qu’il porte pour les citoyens, l’économie et l’environnement,
  • interpeller les euro-députés sur le calendrier et les modalités de ratification de cet accord, en portant tout particulièrement ces questions au cœur de la campagne pour les élections européennes de juin 2014.
AITEC,
Source: Attac France
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samedi 19 octobre 2013

Préparez-vous au libre-échange ALÉNA-UE



ANALYSE - Personne n'en parle. C'est l'histoire de l'arbre qui cache la forêt. L'arbre, c'est l'entente de libre-échange signée cette semaine entre le Canada et les 28 pays de l'Union européenne. La forêt, c'est la mise en place graduelle d'une zone de libre-échange entre l'ALÉNA et l'UE. Préparez-vous à la naissance d'un nouveau géant économique.

Peu de gens le savent, mais le Mexique et l'Union européenne ont un accord de libre-échange, en vigueur depuis 2000. Vendredi, le Canada et l'UE ont signé une entente, qui reste toutefois à être ratifiée par le parlement canadien et les institutions des 28 pays européens. Et en juillet, Washington et Bruxelles ont lancé des négociations de libre-échange.

Aussi, à moins d'une surprise de taille, les trois pays de l'ALÉNA - le Canada, les États-Unis, le Mexique - auront donc chacun un accord de libre-échange avec l'Union européenne dans les prochaines années.

À ce moment-là, le premier et le deuxième marché économique de la planète, respectivement l'ALÉNA (un PIB de 19 000 G$US) et l'UE (un PIB de 16 300 G$US), seront beaucoup plus intégrés.

Dans ce contexte, il est plus que probable que les trois pays de l'ALÉNA et l'Union européenne harmonisent leurs accords de libre-échange par souci d'efficacité économique. Les principaux regroupements d'affaires des deux côtés de l'Atlantique feront à coup sûr du lobbying en ce sens.

Les enjeux économiques sur la table sont colossaux. Ensemble, l'ALÉNA et l'UE regroupent la moitié du PIB mondial.

Un marché qui serait plus important que le projet de Partenariat transpacifique (TPP, en anglais). Cette future zone de libre-échange regrouperait 40% de l'économie mondiale. Elle comprendrait l’Australie, Brunéi, le Canada, le Chili, les États‑Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle‑Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam.

Les analystes s'entendent pour dire que le centre de gravité du monde sera en Asie-Pacifique dans les prochaines décennies, avec la renaissance de la Chine et la montée d'autres économies asiatiques. Bref, le 21e siècle pourrait bien être celui de l'Asie.

Cela dit, l'Amérique du Nord et l'Europe ne seront pas en reste. Si une zone de libre-échange ALÉNA-Union européenne voit effectivement le jour, ce «partenariat transatlantique» fera contrepoids à l'Asie-Pacifique.

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dimanche 6 octobre 2013

Les chiffres effarants de l'inégalité aux Etats-Unis

On doit à Emmanuel Saez, Thomas Piketty et Camille Landais des analyses très précises et fascinantes de l'évolution des inégalités aux Etats-Unis et en France. Emmanuel Saez vient de publier les données mises à jour à fin 2012. Elles révèlent des chiffres extrêmement choquants
 Quand la moyenne n'a plus de sens

C'est un fait aussi avancé par Jacques Sapir, mais qui trouve une illustration particulièrement criante ici. En effet, on constate que les revenus ont progressé de 6,1% de 2009 à 2012. Problème, ce chiffre ne veut rien dire puisque pour les 90% des moins riches, il a baissé de 1,6% ! Et si l'on monte aux 99% du bas, la hausse n'est que de 0,4% ! En clair, la hausse de 31,4% des revenus du 1% le plus riche parvient à distordre la moyenne. La hausse atteint 15% pour les 10% les plus riches. Bref, 90% de la population, il n'y a absolument aucune reprise, puisque leurs revenus baissent. Pire, quand on commence à regarder l'évolution sur une série longue, les chiffres deviennent encore plus hallucinants. Les revenus réels moyens ont progressé de 17% depuis 1973. Déjà, ce n'est pas beaucoup. Mais dans le détail, les revenus des 90% les moins riches ont baissé, eux, de 13% sur la même période ! Ils ont même atteint, en 2012, le point le plus bas depuis... 1965 ! Il est beau le rêve étasunien. Le revenu des 99% les moins riches stagne depuis 40 ans. En revanche, c'est le champagne pour le 1% le plus riche, dont les revenus ont progressé de 187% (381% pour le 0,1%) !

Une reprise pour le sommet de la pyramide
Pire, la situation actuelle est extrêmement inhabituelle. En effet, si les revenus de la population diminuent à chaque crise, en revanche, ils progressent ensuite, même en bas de l'échelle. C'est ainsi, qu'après avoir perdu 12% en 20 ans, ils avaient progressé de 16% de 1993 à 2000 pour les 90% les moins riches. Et après une chute de 5% de 2000 à 2002, ils avaient repris 4% de 2002 à 2007. Mais là, après la chute de 12% de 2007 à 2009, ils poursuivent leur baisse (-2%). Tout ceci explique le fait incroyable que 95% des hausses de revenus depuis 2009 soient allés à seulement 1% de la population.

Naturellement, tout ceci pose un vrai problème politique,
que Joseph Stiglitz a remarquablement bien traité dans son dernier livre, « Le prix des inégalités ». Combien de temps encore 99% de la population acceptera que le fruit de son travail ne profite de facto qu'à 1% de la population ? Certes, le rêve étasunien parvient à maintenir une certaine unité, mais les failles de la maison commune sont de plus en plus visibles. En outre, une telle reprise a toutes les chances de provoquer une nouvelle bulle car les revenus additionnels des plus riches vont alimenter la spéculation, préparant un nouveau krach. Merci en tout cas à Emmanuel Saez pour ce travail passionnant, et le fait de mettre en ligne les données de son étude, ce qui permet d'en tirer autant d'informations. Il est bien évident que ce modèle n'est pas durable et qu'il finira tôt ou tard par s'effondrer. Le prochain krach pourrait en être l'occasion. source
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-chiffres-effarants-de-l-141799

samedi 5 octobre 2013

Les confessions d’un assassin financier


 
  
Les assassins financiers sont des professionnels grassement payés qui escroquent des milliards de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine du développement international (U.S. Agency for International Development – USAID) et d’autres organisations « humanitaires », vers les coffres de grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales : les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pot-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeux vieux comme le monde, mais qui atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation. Je sais très bien de quoi je parle… car j’ai été moi-même un assassin financier. » – John Perkins

Après plus de vingt années d’hésitation, entre menaces et dessous-de-tables influençant son silence, John Perkins s’est enfin repenti en 2004, dans son livre Les confession d’un assassin financier, pour son rôle criminel dans la manipulation des économies du monde pour le compte des États-Unis.

Naissance d’un assassin financier
À tout juste vingt-trois ans, et une modeste licence d’administration commerciale en poche, John Perkins fut profilé par la NSA (National Security Agency), grâce à son influent « oncle Frank » alors cadre supérieur dans l’agence de renseignement.

Il passa notamment une journée d’épuisants interrogatoires sous détecteur de mensonge durant laquelle ses recruteurs explorèrent sa personnalité profonde. Ils s’intéressèrent particulièrement à sa rébellion envers son éducation puritaine, et ses frustrations causées par le manque de femmes et d’argent.

Mais surtout, ils s’attardèrent sur sa farouche capacité à mentir aux autorités, comme ce jour où, encore étudiant, il couvrit un camarade s’étant rendu coupable d’une altercation à l’arme blanche.

Facile à séduire, bon communiquant, et capable de mentir avec aplomb, voilà que Perkins avait brillamment passé les examens d’entrée de l’agence de renseignements la plus importante du pays.

Aussitôt une formation d’espion lui fut proposée, mais cependant, Perkins préféra s’engager au sein des Peace Corps : une agence fédérale américaine qui envoyait des volontaires aux quatre coins du monde lors de longues missions afin de « fraterniser » avec les populations indigènes.

À sa grande surprise, l’oncle Frank l’encouragea dans sa démarche, lui confiant prophétiquement : « Il se peut très bien que tu finisses par travailler pour une compagnie privée plutôt que pour le gouvernement. »

Ainsi pendant plus de deux ans Perkins vécut avec les tribus Shuars, et travailla dans les Andes avec les descendants des Incas. Puis un jour, un homme d’affaire atterrit sur la piste de leur communauté, le vice président de Chas. T. Main Inc (MAIN) : Einar Greve.

Cette firme de consultation internationale très discrète effectuait des études pour déterminer si la Banque mondiale devait prêter des milliards de dollars à l’Équateur, ou d’autres pays voisins, pour y construire des barrages hydroélectriques et d’autres infrastructures.

Perkins n’hésita pas à s’engager auprès d’Einar, et ce même après avoir lutté au quotidien avec les indigènes contre les pratiques destructrices des compagnies pétrolières et autres agences gouvernementales. Sa connaissance familière du terrain lui permit ainsi de fournir des rapports sur l’économie et la politique du pays.

Sans vraiment le savoir, John Perkins balbutiait sa future carrière d’assassin financier. Dès son retour d’Amérique du Sud, en janvier 1971, il se vit offrir un poste d’économiste à MAIN…

La corporatocratie
À la fin des années soixante, en pleine Guerre Froide et alors que le conflit vietnamien s’enlisait sous des nuées de napalm, les États-Unis imaginèrent de nouvelles stratégies, plus implicites mais tout aussi offensives, afin de réaliser leur rêve impérial.

Ils soumirent divers pays clés, en encourageant leurs dirigeants à s’intégrer à un vaste réseau promouvant leurs propres intérêts commerciaux. Ce fut la seule façon de devancer le rival communiste sans impliquer Washington directement, condition sine qua none pour ne pas déclencher un holocauste nucléaire…

Ainsi la corporatocratie émergea, et offrit des perspectives jusque là inégalées.

Ce terme cher à John Perkins synthétise la relation symbiotique que développèrent alors gouvernements, compagnies multinationales et banques internationales. Cette association favorisa ainsi la promotion d’entrepreneurs influents à des postes gouvernementaux.

À l’image d’un Robert McNamara, dont la carrière le mena du poste de président de Ford Motor Company à celui de secrétaire à la Défense sous les présidences de Kennedy et de Johnson… pour enfin diriger la plus puissante institution financière de la planète : la Banque mondiale.

Mode d’emploi :
Tout d’abord, les agences de renseignements américaines, comme la NSA, dénichaient de potentiels assassins financiers, qu’engageaient par la suite des compagnies internationales. De la sorte, ces hommes n’étaient pas payés par le gouvernement, qui n’encourrait alors aucune responsabilité si le sale boulot de ses assassins était dévoilé au grand jour. La cupidité entrepreneuriale endosserait le délit.

Ensuite, ces « économistes » spéculaient sur les effets qu’auraient l’investissement de milliards de dollars dans des pays au fort potentiel énergétique et géopolitique comme la Colombie, l’Indonésie, le Panama, ou l’Équateur.

Ces études gonflées tendaient à démontrer que la construction d’un complexe hydroélectrique, d’un réseau ferroviaire nationale, ou d’un aéroport, aurait pour conséquence une croissance économique bénéfique pour les décennies à venir.

L’objectif étant le suivant : inciter par l’appât du gain et la promesse d’un soutien politique, les dirigeants des pays ciblés à accepter les prêts extravagants que leur avaient soigneusement préparé la Banque mondiale et le FMI.

Mais ce n’était pas sans condition : seules des compagnies d’ingénieries et de construction américaines, comme MAIN, Halliburton ou Bechtel, pouvaient être engagés pour réaliser les projets. Ainsi, l‘argent prêté retournait quasi immédiatement nourrir l’économie américaine… ne restait plus aux pays récipiendaires qu’à rembourser la note : capital et intérêts !

Si un assassin financier avait bien fait son travail, le débiteur faillait immanquablement à ses engagements. Menés à la banqueroute, les États surendettés étaient maintenant redevables à jamais à leurs créanciers, assurant ainsi l’obtention de faveurs comme : l’implantation de bases militaires, des votes favorables aux Nations-unies, ou un accès privilégié au pétrole et autres ressources naturelles…

Dans le cas contraire, si l’alléchante « aide » internationale suggérée ne suffisait pas à corrompre certains gouvernants, une autre espèce encore plus sinistre entrait en scène : les chacals ! Quand ils sortent de leur tanière, des chefs d’État sont renversés ou meurent dans des « accidents » violents.

Ce fut le cas des insoumis présidents socialistes du Panama et de l’Équateur, Omar Torrijos et Jaime Roldos, qui en 1981, disparaîtront à deux mois d’intervalle dans de mystérieux crashs d’avion et d’hélicoptère…

Et si par hasard les chacals échouaient à leur tour, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux réflexes hégémoniques ressurgissaient : de jeunes Américains étaient envoyés au combat, pour tuer et envahir.

Rachat ?
John Perkins exerça ses talents d’assassin financier pendant dix ans. Suite à son éclatante participation dans une sale affaire de « blanchiment d’argent Saoudien », il fut promut directeur de la planification économique régionale. Après quoi il dirigea d’importants projets en Afrique, Asie, Amérique Latine, Amérique du Nord et au Moyen-Orient.

À la grâce d’une rencontre avec une Colombienne, il prit conscience de son immense responsabilité dans l’exploitation des déshérités et du pillage de la planète. En proie à une vive culpabilité et à une profonde dépression, il finit par démissionner en 1980…