Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’il paraît qu’en Théorie, tout va bien. (Les mots surpendus)
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jeudi 10 mars 2016

Petit guide en une étape pour tricher l’impôt: soyez riche

source Actualité
Vous pouvez bien rappeler aux riches que l’évasion fiscale est illégale, mais on sait maintenant que ce n’est pas ça qui va les empêcher de dormir.
9 Mar. 2016 par Mathieu Charlebois 12


Illustration: GraphicaArtis/Getty Images

Mes impôts me font faire de l’angoisse. J’ai peur de devoir trouver quelques milliers de dollars d’urgence parce que je ne suis finalement pas éligible à la déduction 481-b sur l’élevage de petit gibier («C’est une erreur de bonne foi, monsieur le gouvernement, je pensais que ma fille de 7 ans entrait dans cette catégorie!»).

Pourtant, j’ai les revenus chiches d’un pigiste de l’écrit. (Donnez généreusement.) Si MOI j’ai des boutons d’urticaire à cause de ma déclaration, que je me disais, les riches doivent bien avoir besoin d’un psy à temps plein!

Que j’étais naïf! Les riches ne sont pas stressés par l’impôt, voyons!

Quand ce merveilleux temps de l’année arrive, le millionnaire appelle simplement son comptable, qui envoie son argent admirer les magnifiques paysages de l’île de Man. Puis, le millionnaire retourne jouer au tennis en mangeant du caviar sur un yacht acheté avec le change trouvé dans le sofa de leur autre yacht.

Vous pouvez bien leur rappeler que c’est de l’évasion fiscale et que c’est illégal, mais on sait maintenant que ce n’est pas ça non plus qui va les empêcher de dormir.

Les journalistes de l’émission Enquête, qui n’ont comme but dans la vie que de nous garder en colère, ont déterré un nouveau scoop:


L’Agence du revenu du Canada (ARC) a offert une amnistie à plus d’une vingtaine de riches clients du cabinet comptable KPMG qui ont caché des millions de dollars à l’île de Man. Plus de 130 millions avaient été placés dans des sociétés-écrans enregistrées dans ce paradis fiscal selon un stratagème conçu par KPMG.

Ces multimillionnaires ne se verront imposer aucune pénalité et ne feront face à aucune accusation criminelle. Les clients n’ont qu’à payer les impôts qu’ils auraient dû payer sur leurs investissements extraterritoriaux non déclarés et des intérêts à un taux réduit.

mardi 8 avril 2014

Très chère Pauline,

Pauline Marois a rencontré l'équipe éditoriale du Devoir jeudi dernier.

La politique est ingrate. Ça, tu le savais. Tu l’avais vécu. Plusieurs fois. Tu t’étais relevée. Plusieurs fois. Tu nous avais, tous, relevés. Et depuis 18 mois, c’est tout le Québec que tu as relevé, le sortant des marais de la collusion, de l’immobilisme, de la résignation. Tu n’en a pas été récompensée. Loin s’en faut. Mais nous savons tout ce que tu as réparé, tout ce que tu as fait, tout ce que tu as mis en branle.

Nous savons, et nous le dirons sans relâche, combien ta compétence et ton énergie ont été notre boussole pendant ces 18 mois. Combien ta bonne humeur, ton écoute et ton esprit de décision nous ont servi de modèle, pendant ces 18 mois — et à l’avenir pour notre vie entière.

La politique est ingrate et, hier soir, elle t’a montré la sortie. Tu l’a prise avec élégance, avec sérénité, en évoquant l’histoire du Québec, la résilience, la durée. Des qualités québécoises que tu incarnes de la tête aux pieds.

Pauline, l’électorat a été dur, hier. Dur surtout envers notre grand rêve d’un pays à faire. Dur comme une troisième défaite référendaire. Dur comme un autre Non.

Les Québécois n’ont sanctionné ni le combat que tu as mené pour la langue française, ni celui d’un État plus laïque, ni celui de faire du Québec un modèle de transports électriques, ni ton choix de sortir le Québec du nucléaire, de l’amiante, des petites centrales, du gaz de schiste, ni celui de chercher à savoir si nous avions du pétrole exploitable, ni celui de la souveraineté alimentaire. Ils ne t’ont pas reproché tes réformes pour l’intégrité des contrats publics, la moralisation du financement des partis, la liberté donnée aux policiers d’arrêter les maires corrompus.

Les Québécois ne t’en ont pas voulu, hier, d’avoir naguère inventé puis, ces 18 derniers mois, d’avoir complété le réseau de service de garde le plus envié d’Amérique du Nord, ni d’avoir introduit les maternelles 4 ans pour les démunis, ou prévu une augmentation historique du financement des groupes communautaires. Ils ne t’ont pas reproché d’avoir introduit une politique sur l’itinérance, d’avoir concentré les budgets de la santé pour les soins à domicile, d’avoir fait reculer, l’an dernier, du tiers le chômage chez les immigrants, d’avoir adopté des politiques économies applaudies par le patronat comme par les syndicats, d’avoir ramené la paix sur les chantiers de construction, d’avoir doublé les investissements étrangers à Montréal l’an dernier, d’avoir signé des ententes fructueuses et pragmatiques avec les premières nations que tu rencontrais avec franchise et respect.

Non. Rien de tout ça ne t’a été reproché hier.

Alors de quoi t’en ont-ils voulu ? De vouloir t’inscrire dans le combat des Lévesque, Parizeau, Bouchard et Landry. De vouloir, de tout de ton coeur et de tout ton cerveau et de toutes tes tripes, donner aux Québécois un pays.

Même pas, en fait. Tu as perdu parce que tu voulais laisser entrouverte la possibilité d’offrir aux Québécois le choix, si un jour ils le voulaient, de se donner un pays.

Fermer cette porte à double tour était plus important pour un plus grand nombre de Québécois que toute autre considération. Fermer cette porte valait tous les autres risques incarnés par le Parti Libéral.

Alors, Pauline, tu vois, tu n’as rien à te reprocher. On pourra pinailler sur telle ou telle décision tactique, c’est sûr.

Mais sur le fond, sur la trame, sur l’essentiel, tu t’es tenue debout, avec tes convictions. Tu t’es présentée telle que tu es, authentique, vraie et — oui — déterminée.

Gilles Vigneault le disait au lendemain du référendum de 1980: « Nous n’étions pas assez nombreux à penser comme moi ».

Hier, ma très chère Pauline, les Québécois n’étaient pas assez nombreux à penser comme toi. À penser comme nous.

Alors tu peux prendre tes quartiers de printemps avec le sentiment — non, pas le sentiment, la certitude — du devoir accompli. De la fidélité à tes convictions. Tu laisses derrière toi une équipe formidable. Trente députés que tu as choisis et qui t’ont choisie. Une base militante que tu as reformée et ressoudée. Malgré la défaite: le plus grand parti au Québec avec 90 000 membres et un financement populaire inégalé.

Il y a du ressort, dans cette défaite. Le ressort que tu as mis en nous. Il y aura beaucoup d’introspection à faire, dans les semaines et les mois qui viennent. Il y aura du découragement, des débats, des mauvaises humeurs. Puis le sens des recommencements, des consensus, des choix, de l’action.

Ce ne sera pas facile. Mais si nous avons le centième de ta sagesse et de ton courage, nous franchirons ces étapes en nous nourrissant de l’exemple que tu nous as donné toute ta vie durant.

Repose-toi, Pauline. Très chère Pauline. Tu l’as bien mérité. Nous t’emportons avec nous, tu fais partie de nous, dès maintenant et pour très longtemps.

Merci d’être ce que tu es. Merci tout court.
Au nom de tous ceux qui t’admirent et t’aiment,
Jean-François
Permalien de l'image intégrée
http://jflisee.org/tres-chere-pauline/

lundi 24 mars 2014

Deux semaines décisives pour surmonter la propagande fédéraliste et faire toute la lumière sur la corruption libérale

Le doute est toxique
Campagne électoral Cette guerre ne nous laisse aucun autre choix que la victoire

Richard Le Hir



Toute élection est toujours durement contestée. S’il est sain en démocratie qu’il en soit ainsi, ça le devient beaucoup moins lorsque se mettent à apparaître des signes de violence et de fraude.

Avant que vous ne me disiez qu’on ne rapporte jusqu’ici aucune violence à part des destructions de pancartes, laissez-moi vous rappeler que la violence n’est pas que physique. Il y a aussi la violence psychologique.

Le mot violence a la même étymologie que le mot viol. Lorsqu’on tente à votre insu de manipuler votre opinion en faussant votre perception de la réalité pour vous faire agir selon de fausses prémisses, il y a viol de votre conscience, et ce viol est un acte violent sur le plan psychologique même s’il ne l’est pas sur le plan physique.

La violence psychologique est aussi condamnable que la violence physique, et le fait qu’elle ne soit pas toujours facilement reconnaissable ou qu’il soit parfois difficile d’en identifier précisément le ou les auteur(s), et donc d’en tenir quelqu’un criminellement responsable, constitue un facteur aggravant en raison du sentiment de toute puissance et d’impunité qu’elle confère à ceux qui en usent.

Notons également que ce n’est pas parce que ce genre de violence n’a encore jamais fait l’objet d’une dénonciation judiciaire et qu’il n’y a pas de jurisprudence en la matière qu’il n’y aurait pas motif à le faire. En fait, l’utilisation de plus en plus répandue des techniques de manipulation de l’opinion rend inévitable un recours prochain à la justice pour limiter cette pratique.

Vous avez évidemment deviné que c’est de sondages qu’il s’agit ici. Depuis le début de la campagne électorale, les médias et l’opposition ne cessent de faire dire aux sondages des choses qu’ils n’ont pas dites, et de rapporter les conclusions de sondages à la fiabilité douteuse. Nous en sommes même rendus au point où des analystes pourtant réputés spéculent sur des résultats non validés et énoncent comme vérité d’évangile les conclusions de leurs spéculations.

Comme les médias sont pour la plupart dominés par des intérêts qui non seulement s’opposent au parti actuellement au pouvoir mais dont la survie même et l’essor dépendent de son éradication, ils sont rapidement parvenus à créer un climat de doute sur les chances du PQ de former un gouvernement majoritaire comme il en était encore question en début de campagne, ou même de reformer un gouvernement minoritaire.

Il fallait s’y attendre, c’est avec des boulets rouges qu’ils ont accueilli la candidature de Pierre-Karl Péladeau bien qu’il s’agisse très certainement de l’événement politique le plus significatif depuis le référendum de 1995. C’est justement parce qu’il avait cette portée qu’il leur fallait par tous les moyens en minimiser l’importance. Leur jeu a été facilité par la profession de foi inconditionnellement indépendantiste de PKP qui faisait apparaître la perspective d’un référendum à court terme

Étant parvenus au fil des années à diaboliser l’idée même d’un référendum qui n’est pourtant qu’une occasion pour la démocratie de s’exprimer, ils ont cherché à polariser l’opinion pour faire le plein des votes fédéralistes sous la houlette du PLQ alors qu’ils avaient justement tenté à l’élection précédente de lui créer une alternative avec la CAQ.

L’incapacité de celle-ci à s’ancrer solidement dans l’électorat lui vaut aujourd’hui d’être rejetée pour le rôle qu’elle joue dans la division du vote fédéraliste.

Et regardez-les ignorer les questions pourtant très légitimes que soulève la candidature de Philippe Couillard au poste de premier ministre. Comme le souligne si justement notre collègue Mario Pelletier, « jamais un candidat ne s’est présenté pour être premier ministre avec des antécédents aussi problématiques ». La seule réponse de Couillard a été de dire qu’il s’agissait de « niaiseries », et elle n’est pas plus passée au crible que ne l’était celle d’Henri-Paul Rousseau qui attribuait à un « mystère de la vie » la perte de 40 milliards à la Caisse de dépôt en 2008.

Il ne s’agit plus de complaisance, il s’agit de complicité, et elle n’est pas à l’honneur de la profession journalistique.

Il fut un temps où l’on retrouvait à Radio-Canada la crème de la profession. À cette époque, sa loi constitutive ne lui créait pas l’obligation de promouvoir l’unité canadienne et le multiculturalisme comme c’est le cas aujourd’hui. Radio-Canada est malheureusement devenue une vulgaire officine de propagande fédéraliste et ses journalistes en sont réduits à être les porte-voix de cette option.

Si certains parviennent encore de peine et de misère à maintenir à tout le moins les apparences de l’objectivité professionnelle, d’autres s’en soucient comme d’une guigne et se vautrent avec un délice apparent dans la partisannerie la plus crasse. Je n’ai même pas besoin de donner leur nom, vous les connaissez, et ils se reconnaîtront.

Chez Gesca, filiale de l’Empire Desmarais, les choses sont claires. Éditorialistes et chroniqueurs sont clairement fédéralistes sauf l’imprévisible Foglia, autant capable d’accoucher d’un plaidoyer « pro domo » que d’une apologie de l’indépendance. Il fait office de fou du roi. Chez les journalistes, c’est plus subtil, mais la ligne maison finit par s’imposer quand la maison recrute des proches du parti libéral.

Chez Québecor, c’est l’auberge espagnole. C’est à la fois son pire défaut et sa plus grande vertu. Le meilleur côté de la chose, c’est qu’il s’y dit et écrit des choses qu’il n’est plus du tout possible d’entendre ou de lire ailleurs.

Reste Le Devoir qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il a déjà été, même du temps de Claude Ryan dont le parti-pris éditorial en faveur du fédéralisme et du PLQ était pourtant bien connu. C’est le nerf qui manque, ce nerf qui n’a jamais manqué à Lise Bissonnette, par exemple. Tout le monde se souvient de son éditorial de trois lettres en 1995.

Depuis lors, Le Devoir flotte dans « le marshmallow ». Plus moyen de savoir à quelle enseigne il loge et à quelles valeurs il se rattache. On voit mal Le Devoir d’aujourd’hui entreprendre la traque systématique du PLQ dans le dossier de la corruption comme il l’avait fait contre l’Union Nationale du temps du scandale du gaz naturel à la fin des années 1950.

Dieu sait pourtant que les écuries des Augias de notre époque sont crottées et qu’elles exigent d’être lavées à grande eau. Ceux qui s’imaginent que la Commission Charbonneau va faire le tour de la question se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Elle ne fait qu’effleurer la surface.

Le pire est à venir, comme nous le découvrirons d’ici la fin de la campagne électorale, et le fait que la révélation ne nous en sera pas faite par nos médias traditionnels constitue la meilleure indication de leur déchéance et de leur asservissement à des intérêts particuliers qui n’ont rien à voir avec le bien commun.

Malgré cela, il demeure possible que nos Augias soient parvenus à semer suffisamment la confusion et à tricher suffisamment fort pour que le PLQ reprenne le pouvoir. Si tel devait être le cas, et aussi crève-cœur la défaite pourrait-elle être, il faudrait reprendre le collier le lendemain matin à la première heure, se rouler les manches et se cracher dans les mains. Cette guerre-là ne peut pas se terminer autrement que par la victoire, et nous y parviendrons. Comme le disaient les héros de ma jeunesse, à cœur vaillant, rien d’impossible !

Le désarmement moral, ce n’est pas pour nous. Il en va de notre existence. Et tant qu’à savoir que nous n’en avons pas le loisir, pourquoi ne pas redoubler d’efforts et faire dès maintenant ce qu’il faut pour remporter la victoire tout de suite.

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lundi 10 mars 2014

PKP au PQ ? C’est ça, rassembler !

Coup de tonnerre dans la vie politique québécoise. Pierre Karl Péladeau, ex-patron de presse de choc naguère peu amène avec les syndicats, sera candidat d’un parti social démocrate. Est-ce normal ?
Toute la vie du Parti québécois dit oui. Et moi qui me réclame de la gauche efficace souhaite une chaude bienvenue à Pierre Karl dans nos rangs. Nous avons beaucoup débattu ensemble, en public et en privé, de tous les sujets: les médias, la culture, le modèle québécois, le syndicalisme, le hockey, l’entrepreneuriat, mais surtout de la nécessaire indépendance du Québec. Je peux témoigner de son engagement et de sa passion pour l’indépendance.
La greffe prendra-t-elle entre lui et le PQ? Un parti qui fut et reste la locomotive du progrès social (équité salariale, loi anti-briseurs de grèves, économie sociale, financement du communautaire, etc), oui. Un parti aussi qui a marqué le Québec par son activisme économique — Les RÉA, le virage technologique, le déficit zéro, l’économie du savoir et maintenant l’électrification des transports et un grand effort d’augmentation de la productivité par le Programme économique Priorité emploi.
Le fait est que PKP n’est que le nouveau représentant d’une des pièces fondatrices du Parti québécois: la présence au sein de ce parti social démocrate d’une aile représentant le centre-droit et faisant la jonction avec une autre partie de l’électorat.
De Gilles Grégoire à Jacques Brassard en passant par Joseph Facal et Rodrigue Biron, ce courant a toujours eu sa place au sein d’un rassemblement dont l’élément rassembleur est la volonté de souveraineté. Voici, actualisé, ce que j’écrivais il y a quelque temps:
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Photo du premier programme du PQ. À la droite de Lévesque, l’ex-créditiste Gilles Grégoire. Ce n’est pas un hasard.
L’histoire n’est pas regardante quand vient le temps de nourrir politiquement les mouvements indépendantistes. Au sud de notre frontière, l’indépendance fut une révolte de commerçants, contre le monopole britannique.

mardi 4 février 2014

Les exagérations de ceux qui mettent « Le Québec dans le rouge »

Média fait ses choux gras, ces jours-ci, d’une étude du Centre sur la productivité des HEC montrant combien les Québécois sont nuls, poches et pauvres.
Ce n’est pas la première fois, et ce n’est pas la dernière.
L’économiste Pierre Fortin vient de remettre, encore une fois, les pendules à l’heure dans L’actualité. Je le cite :
Il y a trois ans, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, lançait que les Américains étaient 45 % plus riches que les Québécois. Ce dernier fondait son jugement en toute bonne foi sur une affirmation à cet effet du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal.
Depuis lors, plusieurs d’entre nous ont démontré que le chiffre de HEC repris par François Legault était erroné. Mais les affirmations erronées, surtout quand elles sont politiquement commodes, ont la vie dure.
Je vous laisse aller voir comment le professeur Fortin corrige les erreurs des HEC, mais voici comment les chiffres paraissent lorsqu’ils sont plus proches de la réalité:
FortinHEC
Pierre Fortin dégonfle considérablement le ballon du retard économique du Québec en corrigeant la copie des HEC.
Mais même ce tableau mérite réflexion, car il donne le pouvoir d’achat moyen, sans prendre en compte les plus grandes inégalités de revenus entre les Québécois d’une part, les Ontariens et les Américains de l’autre.
Pierre et moi avions fait ce calcul il y a deux ans pour conclure qu’à temps de travail égal, le pouvoir d’achat de 99 % des Québécois était supérieur à celui de 99 % des Ontariens et des Américains.
On trouvera ce texte ici, et j’en résume les conclusions dans cet extrait vidéo:



Des questions à la juge France Charbonneau

Robert Barberis-Gervais
Madame la juge,
Puisque vous avez une réputation de rigueur et d’efficacité, j’espère que vous recevrez mes remarques avec ouverture d’esprit. Comme vous avez enseigné pendant dix ans à l’Ecole du Barreau et aussi à l’Université Laval, je pourrais vous donner du « chère collègue ». Comme Procureure de la Couronne, vous avez gagné 81 procès sur 82 pour meurtre et vous avez fait condamner Maurice « Mom » Boucher. Ces états de service méritent le respect.
Il faut d’abord vous corriger sur la notion de blasphème. L’écoute électronique vous oblige à endurer les nombreux sacres entendus lors des conversations téléphoniques enregistrées par la police. Votre dernier témoin Michel Arsenault en a été friand. Lors d’une mise au point, vous avez demandé à un de vos procureurs de ne pas répéter ce que vous avez appelé « des blasphèmes ». Or, il y a une énorme différence entre un sacre et un blasphème. Il y a un article amusant de Wikipedia sur les sacres qui décrit toutes les variations de ces interjections qui expriment des émotions comme la colère ou la stupéfaction. Les sacres témoignent de la culture québécoise catholique. Or, un blasphème est une parole qui outrage la divinité ou la religion. Il y a une intention de profanation religieuse dans le blasphème. Au Québec, les blasphèmes sont extrêmement rares. Je puis vous assurer que dans la conversation entre Tony Accurso et Michel Arsenault où ils déplorent violemment que le contrat d’ingénierie de 35 millions du prolongement de l’autoroute 30 ait été donné à des étrangers, il n’y a aucun blasphème. C’est la ministre libérale Monique Jérôme-Forget qui a provoqué les sacres qui expriment une colère. Donc, votre honneur, ne parlez pas de blasphèmes quand vous exprimez votre déplaisir devant des sacres.
Deuxième correction. Pour affirmer l’autorité de la commission et pour blâmer le plus sévèrement possible Michel Arsenault, vous avez répété que le Fonds de solidarité est un organisme public à cause des crédits d’impôts. Or, il a fallu que le chef syndical vous explique à deux reprises que le Fonds de solidarité appartient à ses 625,000 actionnaires-épargnants. Le seul fait qu’il ait eu à répéter que le Fonds de solidarité n’est pas un organisme public montre que vous avec tendance à vous camper sur vos positions même quand vous avez tort. Les banques ou les entreprises ont de nombreux avantages fiscaux : cela n’en fait pas des institutions publiques. Ce qui vous a fort bien été expliqué par Michel Arsenault et deux fois plutôt qu’une. Qu’est-ce qui vous a empêché de lui donner raison ? Est-ce votre antipathie pour le témoin, votre manque d’impartialité ou votre anti-syndicalisme ? Je pose la question.
Troisièmement, je ne suis pas avocat mais je connais la notion de témoin hostile. Pendant vos quatre derniers jours d’audience, nous avons vu avec consternation une procureure hostile et une juge hostile. Au début de l’interrogatoire, Me Sonia Lebel a interrompu le témoin qui décrivait son passé syndical en lui disant : « Je peux aller prendre un café et revenir tantôt, si vous voulez… » Puis, elle a claqué des doigts deux fois pour attirer l’attention du témoin qui pourtant s’adressait à vous madame la juge. Vous n’auriez pas dû laisser passer ces marques flagrantes d’incivilité comme l’a noté Pierre Godin (Voir sur la Tribune libre du 31 janvier 2014 : « L’arrogance de la procureur et de la juge en disent long »). Non seulement c’est de l’incivilité, mais c’est de l’hostilité pure et simple que vous avez entérinée en n’intervenant pas. Vous avez été complice de ce mépris. Vous avez agi comme si le président du plus grand syndicat du Québec en même temps président du Fonds de solidarité qui est rendu avec un actif de 9.7 milliards et qui a sauvé ou créé 500,000 emplois en 50 ans d’existence ne méritait aucun respect parce qu’il y avait deux pommes pourries à la FTQ-Construction et qu’il fréquentait assidument Tony Accurso qui lui a fait quelques cadeaux.
Parlant de la procureure Sonia Lebel, quand elle n’était pas satisfaite des réponses du témoin, elle reprenait la question. Obliger un témoin à répéter cinq fois une réponse, c’est lui manquer de respect. C’est arrivé de multiples fois. Je ne prendrai qu’un exemple. Michel Arsenault a dû « faire avec » Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée qui étaient entourés de personnages louches ainsi qu’avec un « loose canon » comme Ken Pereira qui n’est pas à l’aise en français. A propos d’une offre de pot-de-vin de 300,000$ répandue par Ken Pereira, Michel Arsenault a expliqué avoir dit à propos d’un dossier toxique : « On mettrait 300,000$ sur la table que je refuserais de défendre ce dossier ». Ken Pereira dont la connaissance du français est fort approximative et qui grimpe facilement dans les rideaux a mal compris. Michel Arsenault a été obligé de répéter quatre fois qu’il n’avait pas reçu d’offre de pot-de-vin de 300,000$. Est-ce normal ? A un moment donné, votre honneur, vous avez dit à Me Lebel d’arrêter de se répéter. Vous auriez dû le faire plus souvent.
Une remarque sur l’écoute électronique. Un si grand nombre d’heures d’écoute vous donne un avantage énorme sur un témoin. Vous et votre procureure avez exploité au maximum cet avantage. Connaissez-vous quelqu’un dans la société, peu importe l’importance de sa fonction, qui a exactement le même langage en privé qu’en public ! Le simple citoyen que je suis a un doute sur la légitimité de cette autorisation donnée par un juge à la police de faire de l’écoute électronique des conversations du président de la plus grande centrale syndicale au Québec. La police a fait une descente au Parti libéral qui a été gardée cachée pendant la campagne électorale. Par ailleurs, il est prouvé que la police a fait le jeu de Jean Charest pendant la crise étudiante. C’est un mythe que de dire que la police et les juges ne font pas de politique. Je pense que ce fut une décision politique que d’autoriser l’écoute électronique de Michel Arsenault qui n’a été accusé d’aucune malversation.
Je vous laisse sur une citation de Montaigne qui écrivait : « Tel a été miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n’ont rien vu seulement de remarquable. Peu d’hommes ont été admirés par leurs domestiques ». (Montaigne, Essais, 1588, Livre III, Chapitre 2 : Du repentir.)
Avez-vous remarqué que les médias ont accordé de l’importance à l’interrogatoire d’une heure de l’avocat du Parti libéral Me Michel Décary et ont négligé de résumer les informations détaillées fournies pendant une heure par l’avocate du Parti québécois sur l’investissement de la SOLIM dans Capital BLF alors présidé par Claude Blanchet, le mari de Pauline Marois ? C’est de la manipulation inacceptable dans une société démocratique. J’en profite pour vous dire que c’est la présence de Pauline Marois en politique qui nuit aux affaires de son mari Claude Blanchet. On pense à tort que c’est le mari qui nuit à sa femme. Et bien, c’est le contraire qui est vrai.
Madame la Juge, avec votre passé remarquable, on a le droit de s’attendre à ce que vous soyez impartiale. Je vous le souhaite quand vous traiterez des contrats du Ministère des transports et que vous confirmerez les révélations du rapport Duchesneau selon lesquelles la collusion a coûté des milliards de dollars...de fonds publics...
vu ici

dimanche 5 janvier 2014

La souveraineté en affaires municipales : fini ?


L’État, ce n’est pas le Québec, c’est M. Coderre
Jean-Pierre Bonhomme
Le 3 janvier, ou est-ce le 2 janvier (?) nous avons pu entendre, à la radio fédérale, la « première » comme ils disent, la phrase suivante : C’EST PAS VRAI QUE LES VILLES (DU QÉBEC) SONT DES CRÉATURES DE LA PROVINCE...

Le propos était prononcé textuellement (j’ai pris des notes) par le nouveau maire de Montréal, M. Denis Coderre. Celui-ci exprimait alors ses vœux de nouvelle année à la population. Il proclamait sa volonté, dans une entrevue, de faire de Montréal et de SES 70 villes des couronnes - il est devenu président de cette communauté - une place « forte ». Et que les provinciaux se le tiennent pour dit !
Oui en effet, car la proclamation d’indépendance de M. Coderre est tout un événement. C’est la première fois qu’un homme politique d’importance, dans le Canada tout entier, se permet d’affirmer que la juridiction sur les municipalités, au Canada ne relève pas des provinces. Il y a bien eu, parfois, des maires qui se sont pris pour des chefs d’État, mais c’était en cachette. M. Drapeau, par exemple, faisait fi de l’appartenance de SA ville à la communauté québécoise. Il était même allé jusqu’à établir une loterie nationale – l’équivalent d’une taxe – sans demander la permission à l’État… Et mal lui en prit, naturellement ! Passons…

Dans ce cas-ci l’affirmation est claire, Montréal ne se soumettra pas.
Mais alors où la souveraineté en affaires municipales se trouvera-t-elle dorénavant ? A Ottawa, de facto, peut-être ? Nous pourrons penser que M. Coderre est un envoyé de cette ville et de l’État central….
Car au Canada la souveraineté est divisée principalement entre les onze États qui composent la fédération. On n’en sort pas. C’est écrit dans la constitution, celle-là même que les amis de M. Coderre, - M. Trudeau au premier chef – ont imposé à la nation québécoise. Si on ne me croit pas on peut aller voir dans Wikipedia, au titre de la Constitution canadienne (partage des pouvoirs). Le pouvoir sur les Affaires municipales se trouve en première ligne dans la liste des responsabilités attribuées aux provinces.

Là est la question. Dans le partage des pouvoirs (celui de la souveraineté en somme) les Affaires municipales ont été attribuées aux provinces EN EXCLUSIVITÉ. Ce n’est pas un pouvoir partagé avec le gouvernement central, comme dans bien d’autres domaines, comme celui de l’immigration par exemple.

Pourquoi cela ? Parce que la nation québécoise, a été intransigeante en la matière. Elle a vu, dans les négociations séculaires avec l’Empire, que le domaine municipal, touchait directement au principe de l’identité nationale ; il fallait au peuple français d’Amérique un regard sur cette activité publique la plus proche de la vie familiale, la plus liée à tout le domaine du droit civil, - civique pour tout dire. Et cela a été compris par toutes les parties, même dans les pourparlers les plus difficiles de notre histoire.

Vouloir transformer la Ville de Montréal en nouvelle province indépendante – car c’est de cela qu’il s’agit - vouloir agir politiquement sans tenir compte de l’intérêt national québécois est une attitude bien plus nocive, bien plus dangereuse que toutes les collusions et malversations bureaucratiques révélées par les commissions d’enquête gouvernementales.

Les conséquences de cette attitude sont effectivement effrayantes. Le gouvernement du Québec, alors, devant un Montréal et un Laval « forts » ne pourrait pas créer de commission d’enquête sur la corruption ; le maire Coderre ne la reconnaîtrait pas.
Mais, surtout, il n’y aurait personne pour créer un aménagement urbain digne de la créativité de notre peuple. Actuellement le gouvernement souverain en la matière, celui de la Capitale, à Québec, n’agit pas beaucoup en ce domaine de l’organisation urbaine. Il n’a pas créé de ministère de la Ville ou l’équivalent, pour donner une orientation au développement des quartiers et revoir le design et l’accessibilité en ville de l’habitat pour les classes moyennes. Mais le gouvernement souverain le pourra un jour. Il pourra contenir l’influence des promoteurs privés, ceux-là qui parsèment le territoire d’un habitat médiocre et individualiste. Il le pourra si nous, les citoyens, réclamons que notre gouvernement nous serve davantage ; qu’il soit un instrument plus utile pour rendre la vie meilleure.

Rappelons-nous qu’avec la reconstruction de la Ville de Mégantic, par exemple, le gouvernement actuel avait une belle occasion d’innover dans le domaine urbain ; cela pour répandre un peu de confort et de beauté dans notre paysage. Il n’a pas créé d’organisme pour y arriver. C’est à cette tâche que nous devons nous nous intéresser. Le gouvernement doit devenir le chef d’orchestre municipal… Il pourra le devenir. Ce n’est en tout cas pas en jetant cet instrument par-dessus bord que Laval et Montréal deviendront de meilleures villes. La mise en tutelle de l’île Jésus, a sauvé des meubles, c’est bien, mais notre peuple a du chemin à faire avant de devenir exemplaire en aménagement urbain.
Pour ma part j’estime qu’il va falloir prendre nos maires par la main pour les amener à asseoir leur indépendance par rapport aux promoteurs immobiliers de ce monde. Pas pour proclamer leur indépendance par rapport à la nation.

Il serait bon, certes, pour nous rassurer, que le maire de Montréal, avant qu’il ne devienne un potentat à la Drapeau, prête serment d’allégeance au peuple québécois, et à son drapeau, ce peuple dont on l’entend peu prononcer le nom.
vu ici

lundi 16 décembre 2013

Pourquoi suis-je toujours indépendantiste en 2013 ?

Gilles Ouellet


En 2013, compte tenu de la diminution de l’importance démographique du Québec dans l’union canadienne, la réponse à cette question tient pour moi en trois mots : Être ou disparaître.
Mais la réponse à la question « Pourquoi être ? » exige une explication beaucoup plus longue.
L’indépendance du Québec passera indubitablement par la fusion du cœur, de l’esprit et de l’action. Il s’agit là d’un aboutissement que tout être humain doit viser pour atteindre le plein équilibre et le plein épanouissement. Il en va de même d’un peuple qui aspire être.
La voie du cœur s’exprime par des sentiments qui se développent au fond de l’âme. Ils font ressentir des émotions de bonheur ou d’inconfort. Le bonheur, c’est avoir l’assurance d’être sur la voie de l’équilibre. Le bonheur de vivre au Québec a été bien exprimé dans plusieurs textes des auteurs-compositeurs qui ont chanté le Québec. Les Québécois de souche et d’adoption ressentent une joie immense de retourner sur leur territoire après un séjour plus ou moins prolongé dans les autres provinces canadiennes et à l’étranger. Ils retrouvent les paysages, les odeurs familières, la joie d’être avec les siens, le bonheur de s’exprimer en français et goûter les accents du pays puis cette chaleur humaine qui se dégage de la simplicité des rapports sociaux.
L’esprit, quand à lui, exprime une aptitude intellectuelle qui amène l’individu à mémoriser de l’information, à l’analyser, la synthétiser et la rendre intelligible pour ses semblables. Pour acquérir une liberté de pensée, l’accès à l’information doit être rendu disponible à tous et l’expression démocratique doit pouvoir s’exercer sans contrainte. Depuis la révolution tranquille, le peuple québécois est sortie de sa torpeur grâce à l’accessibilité élargie à l’éducation, au partage de l’information et à la liberté de parole. Paul Gérin-Lajoie, dans son livre « Combat d’un révolutionnaire tranquille », avait décrit sa vision en 1960 : « Je vois tout à coup ce rêve devenir réalité. Chaque petit Québécois, et petite Québécoise, [...] aura bientôt accès à tous les niveaux et tous les types d’éducation. Tous pourront développer leur potentiel. Du fond des campagnes et des endroits éloignés des villes, là où ils étaient abandonnés par un système élitiste, on leur offrira la possibilité de fréquenter des institutions où ils pourront recevoir une formation en fonction de leurs aptitudes et de leurs intérêts. Sans obstacle financier. Sans barrière géographique. Sans carcan pédagogique. L’éducation pour tous et toutes. La meilleure éducation possible ».
Finalement l’action s’impose au cœur et à l’esprit, une fois que ces deux premiers éléments ont été totalement intégrés. La pensée empreinte d’authenticité se forme, la vision s’élabore en toute clarté et se partage puis l’action devient concrète. Le cœur « Je me souviens »
L’histoire est constituée de faits rapportés. Elle est toujours sujette à interprétation. Mais ce qui est inscrit au cœur par les émotions ressenties lors des événements sont des indices beaucoup plus crédibles pour comprendre l’âme québécoise.
À mon avis, dix événements ont marqué significativement :
1. La naissance du peuple québécois a débuté avec les premiers visiteurs français venus du vieux continent. Avec l’aide des peuples autochtones qui parsemaient le territoire, les premiers colons ont créé une collectivité nouvelle, distincte de la mère patrie. La rigueur du climat, l’éloignement de la mère patrie, l’immensité du territoire et la menace d’une extermination de la part de certaines tributs résidentes ou d’autres colonisateurs étrangers cherchant à s’implanter ont forgé distinctement le caractère de ce peuple. Le besoin de croître, de resserrer les liens et de se définir représentaient une urgence vitale. Se regroupant sous un schème de valeurs associées à la croyance religieuse catholique et calquant approximativement la politique structurante de leur pays d’origine, les premiers canadiens-français caressaient le rêve de la création d’un pays nouveau où tous les espoirs d’une vie nouvelle et améliorée seraient permis.
2. Vint alors la conquête caractérisée par la perte d’une bataille (celle des plaines d’Abraham) et la cession de la Nouvelle France à l’Angleterre en 1763. Cet événement fut profondément marquant. Il coupa net le lien encore fragile avec les racines françaises puis imposa la présence de conquérants dont la culture, la langue, la religion et les lois étaient différentes. Un sentiment défaitiste, exacerbé par les valeurs religieuses catholiques qui privilégiaient la soumission, s’inscrit alors profondément dans le cœur des québécois.
3. Le lendemain de la conquête allait mener les conquérants à faire des choix déterminants pour sceller le sort de la jeune nation conquise. Les conquérants ont vite compris que la communauté canadienne-française formait déjà un peuple distinct par sa langue, sa culture, sa foi religieuse et ses coutumes. Le choix était soit la déportation, soit l’assimilation, soit l’assujettissement ou soit l’association pour former une nouvelle nation. Après plusieurs tentatives plus ou moins bien réussies au regard des trois premiers choix et tenant compte de la conjoncture démographique, religieuse, économique et politique d’alors, il s’avéra plus avantageux de tenter une association visant à tirer le maximum des forces des deux colonies. Pour l’élite du Bas-Canada majoritairement francophone, cette association devait se faire entre deux partenaires égaux en droits. Revendiquer ce statut représentait un incontournable pour un peuple qui veut exister dans la dignité. L’apogée fut la pendaison des patriotes de 1837 qui défendait alors un état républicain autoproclamé pour le Bas-Canada. Une plaie au cœur qui aurait du mal à cicatriser dans l’avenir.
4. Le rêve de créer un nouveau pays « A mari usque ad mare » commença à refaire surface depuis l’affaire du « Tea party » dans les colonies américaines et s’accentua depuis la fin de la guerre de Sécession. Devant la crainte de l’envahissement américain, les Loyalistes fidèles à la couronne britannique accentuèrent la pression. On profita de cette conjoncture pour aiguiller la ferveur nationaliste en ce sens. Il fallait alors accepter certains compromis pour que les deux peuples puissent s’associer dans l’harmonie. La Confédération de 1867 est née de ces dignes et louables aspirations. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique sanctionnait une union entre deux territoires constitués en vertu de l’Acte constitutionnel de 1791 (Bas Canada et le Haut Canada) puis remplaçait L’Acte d’Union de 1840 puis créait deux provinces séparées, le Québec et l’Ontario, sous la gouverne constitutionnelle de la couronne britannique. Des représentants élus au gouvernement des deux provinces par leur population respective avaient le pouvoir de décréter des lois sur leur territoire, d’utiliser la langue de leur choix et d’appliquer la justice. Mais déjà, on utilisa le terme confédération alors qu’il s’agissait d’une fédération car on voulait déjà atténuer la crainte fort ressentie par les chefs coloniaux d’alors d’un gouvernement central trop fort. On est parvenu à un accord qui reconnaissait la notion des deux peuples fondateurs, qui statuait sur le partage des pouvoirs et qui confirmait les limites territoriales. Après la défaite des Plaines d’Abraham, un nouveau sentiment rempli d’espoir et de fierté apparaissait au cœur des Canadiens-français.

dimanche 8 décembre 2013

Requiem pour un prédateur de haut vol

 

Son empire lui survivra-t-il ?
 

Richard Le Hir
Tribune libre de Vigile
mercredi 4 décembre 2013      
  



C’était hier qu’avait lieu la cérémonie commémorative à la mémoire de Paul Desmarais, décédé le 8 octobre dernier. Messe célébrée à la Basilique Notre-Dame, réception au Pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des Beaux-Arts de Montréal dont les six étages ont été réquisitionnés pour l’occasion. Un gros événement auquel assistaient quelques 1900 invités.
Dans un geste pour lequel il n’y a sans doute pas beaucoup de précédents dans le cas d’une personnalité non politique, la Société Radio-Canada, son alliée dans la lutte aux velléités indépendantistes du Québec, a même diffusé la cérémonie sur son réseau. C’est sans doute la reconnaissance que Paul Desmarais, bien qu’il n’ait jamais occupé de fonctions officielles dans le gouvernement canadien, en occupait de très importantes à titre officieux.
Il faut dès lors s’attendre à ce que le concert de louanges, qui s’était quelque peu apaisé ces dernières semaines, reprenne de plus belle. Le corbillard étant passé, il devient socialement acceptable d’introduire quelques bémols pour rétablir un peu l’équilibre et jeter sur l’homme et son oeuvre un regard un tant soit peu critique.

Paul Desmarais en cinq temps

Le moment est venu de vous faire quelques confidences. Si je n’ai commencé à m’intéresser à Paul Desmarais et à ses affaires qu’en 2009, le personnage ne m’était pas étranger. En fait, et au risque d’en surprendre plus d’un, je connais Paul Desmarais depuis l’été 1963 ou 1964, je ne me souviens plus trop. Je lui ai même déjà prêté de l’argent ! Bon, ce n’était pas le mien, mais quand même...
Laissez-moi vous raconter...
Charlevoix
En visite familiale au Lac-Saint-Jean à l’occasion des Fêtes l’hiver précédent, j’avais eu l’occasion de rencontrer un beau-frère de mon oncle qui était le professionnel de golf attitré au Murray Bay Golf Club, situé entre La Malbaie et Pointe-au-Pic dans le comté de Charlevoix.
Impressionné par mon air de jeune homme sérieux, mes bonnes manières et ma capacité de m’exprimer couramment aussi bien en français qu’en anglais, il en vint rapidement à me demander si je serais intéressé à être son assistant et à tenir le pro-shop du club l’été suivant. L’occasion était trop belle pour la refuser, et je sautai dessus à pieds joints.
Mes cours terminés, je pris le chemin de La Malbaie. À l’époque, la construction de l’autoroute Jean-Lesage n’était pas encore tout à fait terminée (les derniers tronçons le seraient juste avant l’EXPO 67), et le voyage en autobus d’abord jusqu’à Québec, puis jusqu’à La Malbaie, représentait toute une expédition, doublée pour moi d’une découverte. C’était la première fois de ma vie que je me rendais dans Charlevoix, n’étant jamais allé auparavant plus loin que Ste-Anne-de-Beaupré. .
Les paysages étaient à couper le souffle, et la route aussi. Je garderai toute ma vie le souvenir de cette première descente vers Baie-St-Paul dans un vieil autobus poussif dont on craignait à chaque cahot, et il y en avait alors beaucoup, qu’il ne s’éventre. Les freins gémissaient à fendre l’âme, et une vague odeur de brûlé s’infiltrait dans l’habitacle, suscitant chez les passagers les pires appréhensions.
Au soupir collectif de soulagement à l’annonce de l’arrivée imminente du bus à La Malbaie, je compris que je n’étais pas le seul à avoir ressenti un doute sur l’atteinte de notre destination.
Le temps d’installer mes pénates, j’allais découvrir un univers dont j’ignorais jusqu’à l’existence, celui des gens très riches et de ceux qui leur gravitent autour dans l’espoir fou, mais hélas trop répandu, que la richesse soit une maladie contagieuse. Plus d’un papillon s’est brûlé les ailes à s’approcher trop près du feu.
Paul Desmarais appartenait déjà à la catégorie des gens riches, avec résidence sur le Boulevard des Falaises, à Pointe-au-Pic. Mais il y avait des gens alors bien plus riches, des Américains, les Taft, qui fréquentaient les lieux depuis la fin du 19e siècle, les Cabot de Boston, ou d’autres encore, les barons du caoutchouc ou de l’acier de Cleveland. Les riches arrivaient à Pointe-au-Pic sur les navires de la Canada Steamship. Certains y avaient de superbes résidences, à Pointe-au-Pic ou à Cap-à-l’Aigle, d’autres s’installaient pour la saison au Manoir Richelieu.
Pour ma part, j’habitais chez mon patron et sa conjointe, la soeur de mon oncle par alliance comme on expliquait les choses autrefois, qui avaient loué pour la saison le second étage d’une maison qui donnait tout juste sur le quai de Pointe-au-Pic. Mais ma vie, comme celle de tous les estivants, allait graviter autour du club de golf dont je tiendrais la boutique. Logée dans une cabane tout à côté du « club-house », elle donnait directement sur le « tee » de départ et le champ de pratique.
Mes fonctions comprenaient entre autres l’assignation des caddies aux golfeurs. Ils passaient donc tous dans la boutique avant de partir, et de la fenêtre qui donnait sur l’enclos arrière dans lequel devaient se tenir les caddies, j’avais la délicate tâche d’apparier les caddies aux joueurs selon des critères aussi variés que la séniorité, la connaissance du jeu, l’aptitude des jeunes à comprendre l’anglais et de pouvoir en baragouiner quelques mots au besoin avec un joueur n’ayant aucune notion du français, etc.
J’allais rapidement apprendre qu’autant les joueurs que les caddies avaient leurs préférences, et l’exercice devenait franchement périlleux lorsque elles ne coïncidaient pas. Certains joueurs avaient la cote chez les caddies pour leur largesse, d’autres étaient réputés pour leur pingrerie. Chez les caddies, certains étaient recherchés pour leur connaissance du jeu ou leur courtoisie, d’autres étaient rejetés pour leur jeunesse, leur petite taille ou leur « mauvais genre ».
C’est dans ces conditions que j’allais rencontrer la famille Desmarais, à tout le moins Paul Sr, sa femme Jacqueline et les deux garçons Paul Jr et André (surnommé Andy) qui avaient alors respectivement neuf ou dix ans pour le premier, et sept ou huit pour le second.
Après chaque partie, Paul Sr, qui n’avait jamais un sou dans ses poches, entrait dans la boutique et me demandait de lui prêter l’argent pour payer son caddy. Dûment prévenu de cette habitude, je n’en étais pas moins surpris à chaque fois, tant il me paraissait incongru qu’un homme prétendument si riche en soit réduit à emprunter de l’argent pour des dépenses aussi minimes. J’allais apprendre beaucoup plus tard qu’on ne prête qu’aux riches.
Le Paul Desmarais que j’ai alors croisé parlait peu et s’en tenait au strict minimum dans ses échanges avec moi. Après tout, je n’étais qu’un préposé, et il n’était guère obligé d’en faire plus, même si d’autres que lui savaient se montrer beaucoup plus affables. Ayant appris par la rumeur qu’il était toujours en train de mijoter de nouvelles transactions, je ne lui tenais pas rigueur de sa distance. C’était un homme très occupé, et l’on m’avait enseigné à me faire très discret et respectueux devant ce genre de personnage.
Quant à Mme Desmarais, elle jouait surtout l’après-midi, et passait à chaque fois à la boutique pour que je lui assigne son caddy. Elle en profitait pour me confier son sac à main que je plaçais dans un tiroir sous le comptoir le temps qu’elle joue sa partie. À l’occasion, elle amenait ses fils pour des leçons de golf et m’en confiait la surveillance pendant qu’ils étaient dans le champ de pratique et qu’elle allait rejoindre son groupe d’amis au « clubhouse ».
Cet été-là, Paul Desmarais avait reçu la visite de Jean-Louis Lévesque, à l’époque réputé pour être l’un des hommes d’affaires les plus riches du Québec, sinon le plus riche. L’affaire avait fait grand bruit dans le milieu. On en parlait dans tous les commerces, et les quelques notables de la région dont certains étaient membres du club me sondaient discrètement pour connaître le jour exact où joueraient ces messieurs.
Parmi les intéressés, l’avocat Martial Asselin, alors maire de la Malbaie après avoir été député conservateur sous Diefenbaker. Les hasards de la vie feront que je le retrouverai au conseil d’administration du Groupe La Laurentienne en 1982 alors que j’y occupais la fonction de vice-président des Communications, et à l’Assemblée nationale en 1994, alors que, devenu lieutenant-gouverneur du Québec, il m’assermentera comme ministre dans le gouvernement Parizeau.
Mon expérience dans ce milieu allait prendre fin avec la saison. L’été suivant, préférant rester à Montréal et cherchant à gagner le plus d’argent possible pour mon année scolaire, je décrochais, grâce aux contacts de ma mère, un poste d’apprenti menuisier à l’Hôtel-Dieu, rémunéré au tarif syndical. Après l’univers des riches, le monde ouvrier.
« Mademoiselle de Mes Deux »
Quelques années plus tard, à l’été 1968, je rentrais au Québec après avoir passé deux ans en Europe, entrecoupées par un retour au Québec pour profiter de la manne de l’Expo 67.
À la veille de reprendre mes cours universitaires, j’étais allé passé quelques jours dans ma famille du Lac-St-Jean où j’avais rencontré le professionnel de golf dont je vous ai parlé plus haut.
On eut tôt fait de m’apprendre que mon séjour dans la région coïncidait avec celui d’une jeune française de mon âge qui passait l’été comme jeune fille au pair chez les Desmarais à Pointe-au-Pic. J’appris ainsi que la soeur de mon oncle mariée au professionnel de golf était devenue proche de Mme Desmarais auprès de qui elle jouait un peu le rôle d’une dame de compagnie.
C’est ainsi qu’elle avait organisé le séjour au Lac de cette jeune française dont les gens là-bas ne savaient trop faire tant elle semblait issue d’un autre monde. Et le fait est qu’elle l’était. C’était la fille BCBG d’un des hauts dirigeants du constructeur automobile Renault. Sa famille était issue de l’aristocratie française et elle portait un nom à particule, Béatrice de... quelque chose (je ne me souviens plus du nom exact).
Notre rencontre fut vite organisée, et au grand soulagement de ma famille du Lac, elle allait jeter son dévolu sur moi, la libérant du coup de la tâche de l’occuper. Comme elle était plutôt jolie, je n’étais pas trop malheureux de lui servir de guide. Mais le moment arriva vite pour moi de rentrer à Montréal. Elle manifesta aussitôt le désir de m’y suivre. « Pas de problème, me dit-elle, j’ai ma chambre chez les Desmarais à Westmount ».
Rentré chez mes parents à Montréal, je leur fis part de ma rencontre. Mon père, Français venu s’établir au Québec en 1948 à l’insistance de ma mère, Québécoise, avait conservé cette gouaille des gens du peuple élevés dans l’esprit de la Révolution de 1789, et à l’annonce des origines aristocratiques de la jeune fille, il l’avait promptement surnommée par dérision « Mademoiselle de Mes Deux », Je vous laisse deviner à quoi il faisait référence...
J’allais donc revoir Béatrice pendant quelques semaines. Un jour, elle me demanda de passer la prendre chez les Desmarais. Ils habitaient déjà leur maison cossue de la rue Ramezay qui surplombe le centre-ville de Montréal. À mon arrivée, comme je m’enquérais de la présence de quelqu’un d’autre dans la maison devant son insistance à me faire faire le tour du propriétaire, elle me répondit avec un air espiègle et déterminé que nous étions seuls. Je n’eus guère le loisir de découvrir autre chose que sa chambre à coucher.
En quittant cette maison en ce petit matin brumeux et âprement frisquet des premiers jours de septembre, j’étais loin de me douter que les hasards de la vie m’amèneraient de nouveau à pénétrer l’univers Desmarais.

jeudi 17 octobre 2013

Charte des valeurs québécoises: Un juste retour des choses


Les musulmans, juifs, sikhs, et hindousseraient-ils aussi bien... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

Zabi Naim D’origine afghane, l’auteur a immigré au Québec dans les années 80.

Ma famille et moi avons fui la guerre entre les Russes et les moudjahidines en Afghanistan. Le Québec nous a accueillis, nous a enseigné sa langue, ses façons de faire et son ouverture d’esprit. Même si je suis contre le moyen par lequel la charte des valeurs québécoises a été amenée, je suis pour les principes qu’elle défend, et voici pourquoi.

Les immigrants des pays arabo-musulmans quittent leur pays natal souvent à cause des situations politiques difficiles. Ces situations sont parfois causées par un islamisme rigide et mal interprété; c’est le cas en Iran, en Afghanistan, dans les pays du Maghreb, en Arabie saoudite.

Certains autres immigrants, d’allégeances religieuses différentes, quittent aussi leur pays pour des raisons similaires, qu’ils soient juifs, hindous, sikhs, chrétiens orthodoxes ou autre.

Ce que beaucoup d’immigrants issus de ces communautés oublient, c’est que le Québec nous offre : la sécurité civile, l’égalité homme-femme, l’assurance maladie, la liberté de penser et de nous exprimer, un système judiciaire digne de ce nom, la liberté de pratiques religieuses diverses, une éducation ouverte sur les différences, des services sociaux qui tiennent compte de cultures variées et beaucoup plus.

En tant qu’immigrant, on reçoit beaucoup!

Et c’est ce qui m’amène à poser les questions suivantes : que donnons-nous en retour? Est-ce légitime de refuser de retirer un symbole religieux au travail en échange de tout ce que cette société fait pour nous?

Certains diront : « Nous contribuons à la société en y amenant notre richesse culturelle et en participant à la vie économique ». Oui, mais est-ce assez? Est-ce assez pour s’intégrer? Et voulons-nous vraiment nous intégrer? Nos enfants, eux, le veulent.

On vit dans une société laïque pour laquelle des Québécois se sont battus et ont fait des sacrifices. Et aujourd’hui, certains groupes aimeraient qu’on recule dans le temps. Rappelons-nous le Québec des curés, 100 % catholiques. Serions-nous reçus comme nous le sommes aujourd’hui en tant que musulmans, juifs, sikhs, ou hindous? Je me pose la question.

Je reçois beaucoup de la société québécoise depuis que j’y vis et c’est un juste retour des choses pour moi que de faire ma part pour m’y intégrer. Un des éléments de cette intégration est de vivre et de pratiquer ma religion chez moi et dans les endroits prescrits : mosquées, églises, synagogues, temples, etc.

La société qui nous accueille considère qu’il est favorable de retirer les symboles religieux qui nous distinguent pour faciliter la cohabitation. Je suis d’accord et je trouve cette demande légitime pour protéger les acquis de cette collectivité au niveau des droits des femmes et du droit commun.

J’invite les immigrants, quelle que soit leur allégeance, à se mettre à la place des Québécois de souche et à considérer ce qui a été fait jusqu’ici pour ouvrir la société à la richesse des contrastes culturels en séparant l’état des religions, sans pour autant priver chacun de ses pratiques dans sa vie privée.

La charte vise à établir les balises nécessaires pour faciliter le vivre ensemble, avant qu’il ne soit trop tard comme dans plusieurs grandes villes d’Europe.
source

mardi 15 octobre 2013

Un voile sur les yeux


par Françoise Breault, enseignante à la retraite
Comment comprendre que des femmes d’ici revendiquent de porter le voile alors qu’ailleurs des femmes se font fouetter, violer, « vitrioliser » parce qu’elles refusent de le porter ? On se fout complètement du calvaire de ces femmes vu qu’il ne se déroule pas dans notre cour ? Où est passé la solidarité ?

J’ai enfin compris ce mystère suite à des conversations avec des femmes musulmanes qui ont vécu dans les pays du Magreb et du Moyen-Orient, ainsi qu’après plusieurs lectures, dont le livre de Yolande Geadah, Femmes voilées, intégrismes démasqués.

C’est que les intégristes sont de fins stratèges. Tout comme le néolibéralisme, ils connaissent l’importance des petits pas, des changements graduels, à peine perceptibles. Ils revendiquent des points qui peuvent paraître anodins et légitimes aux yeux de certains mais au fil du temps, leurs exigences se font de plus en plus fortes.

Ils savent adapter leur discours aux besoins de la cause. Au Québec, au lieu de faire du port du voile une obligation sous peine de graves sanctions, comme c’est le cas dans les pays du Nord de l’Afrique et du Moyen-Orient, ils présentent le côté givré de leurs discours. Ici, le voile, comme par magie, devient un choix, un symbole identitaire, une façon de s’affirmer face à cet Occident dépravé qui leur a causé tant de torts (ce qui est vrai hélas !). Plus facile de susciter l’adhésion de cette façon.

En matière de choix, celles qui le portent sont vues comme plus vertueuses, comme ayant atteint l’accomplissement de leur démarche religieuse. Celles qui adoptent ce discours sont très valorisées et les plus brillantes et les plus jolies sont choisies et formées pour communiquer avec les médias afin de transmettre le message sur toutes les tribunes. Celles qui refusent le port du voile sont mal vues, pour ne pas dire ostracisées. Personne ne parle de celles-là. Elles ne viendront jamais à la TV.

Ces stratèges islamiques savent bien que leurs imams ne seraient pas très convaincants en parlant de « libre choix » quand il s’agit du voile. Voilà pourquoi ils envoient des femmes sur la place publique. De même, les propos tenus par Dalida Alawal à “Tout le monde en parle” ne seraient pas crédibles si défendus par une femme ensevelie sous sa burka ou son nikab. D’ailleurs la femme qui refusait d’enlever son nikab à la Cour suprême utilisait les mêmes propos que la jolie Dalida.

Ces femmes possiblement sincères réalisent-elles jusqu’à quel point elles sont manipulées ? Nos grand-mères aussi étaient sincères qui, sous les incitations des curés, n’étaient pas favorables au droit de vote des femmes.

Des gens s’étonnent de voir tant d’attention, tant de passion autour du voile, en comparaison de la kippa et du turban sikh. À notre connaissance, personne n’a été massacré parce que refusant de porter kippa ou turban. Si des hommes vivant ailleurs étaient fouettés ou emprisonnés pour cette raison, avez-vous l’impression que les croyant-es d’ici revendiqueraient de porter ces signes ?

Qui connaît un pays où le voile est une obligation et où les femmes ont les mêmes droits que les hommes ? Le lien entre femmes voilées et inégalité homme-femme ne saute-t-il pas aux yeux ? Comment des féministes de longue date du Québec peuvent-elles dissocier aussi facilement les deux ?

Les imams qui ont voulu instaurer un tribunal islamique en Ontario et travaillent dans l’ombre pour qu’il y en ait un à Montréal sont aussi ceux qui prônent le plus ardemment le port du voile. Ce fait à lui seul devrait faire réfléchir.

Jamais nous verrons dans nos médias des imams intégristes remettant ouvertement en cause l’égalité homme-femme. Ce serait de la dynamite et ils le savent. Pourtant, c’est leur but. But inavouable publiquement. Voilà pourquoi et comment, sous couvert religieux, ils avancent masqués.

Comment des féministes d’ici ne réalisent-elles pas que l’intransigeance en faveur du port du voile dans la fonction publique fait partie de leur stratégie, que le discours sur ces pauvres femmes victimes qui doivent choisir entre leur voile ou leur travail est du pur chantage, de la manipulation raffinée au plus haut degré. Françoise David est tombée tête première dans ce piège et a entraîné Parizeau avec elle. Au-delà du voile, l’enjeu est bel et bien l’égalité homme-femme.

Des gens de bonne foi argumentent que l’égalité homme-femme ne doit pas primer sur la liberté de religion. Primo : dans ce projet de Charte, la liberté de religion n’est aucunement remise en question, mais seulement sa manifestation extérieure, et ce uniquement dans un contexte où le devoir de réserve est de mise. Secundo : « J’aimerais savoir ce que penseraient les hommes si les chartes disaient que leur droit à l’égalité a moins d’importance qu’un droit religieux. » (1) Nous savons tous et toutes la réponse.

En outre, ces brillants stratèges ont compris jusqu’à quel point il était avantageux de choisir le Québec pour avancer leurs pions. Selon Mme Geadah, Québécoise d’origine égyptienne : « En 1991, à Washington, une conférence islamique avait désigné le Canada comme lieu privilégié pour les activités de la Ligue islamique, en raison de sa politique de multiculturalisme et de sa Charte des droits et libertés. p. 229 (2). Ils savent les Québécois-es sensibles et vulnérables aux accusations de xénophobie, d’antisémistisme, d’islamophobie. - Heureusement, maintenant ayant plus confiance en eux et en elles, les Québécois-es commencent à être immunisé-es contre ce genre d’attaque et moins vulnérables. Étant donné le contexte du Québec dans le Canada, les stratèges savent très bien que leurs accusations d’islamophobie seront repris en choeur par le ROC. Ainsi le Québec se retrouvera complètement isolé, ostracisé et ne pourra résister.

Tout comme la pression pour la hausse des droits de scolarité ne peut se comprendre sans une profonde connaissance du néolibéralisme, ainsi on ne peut saisir les raisons de l’intransigeance contre cette Charte sans connaître l’idéologie intégriste sous-jacente.

Quel modèle de société sous-tend le voile ? Tout est là.

Les personnes dangereuses ne sont pas celles qui portent un voile sur la tête, mais bien celles qui portent un voile sur les yeux.

Notes
1. Intéressant tweet lu sur le site de sisyphe.org
2. Yolande Geadah, Femmes voilées intégrismes démasqués, Ed. VLB, p. 229
Mis en ligne sur Sisyphe, le 14 octobre 2013
source

Charte des valeurs: Janette Bertrand se positionne avec l'appui de personnalités

 

Janette Bertrand Charte des valeurs
MONTRÉAL - Janette Bertrand, une personnalité de longue date de la télévision au Québec, prend position en faveur de l'adoption d'une Charte des valeurs québécoises.

La lettre qu'elle fait paraître mardi dans des journaux est appuyée en annexe par une vingtaine de femmes, dont quelques autres personnalités culturelles féminines telles Brigitte Poupart, Chantal Renaud, Denise Filiatrault, Denise Robert, Édith Cochrane, Joëlle Morin et Julie Snyder.

Janette Bertrand écrit que toute sa vie, elle s'est battue pour le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes mais qu'en ce moment, ce principe lui semble compromis au nom de la liberté de religion.

À son avis, de tout temps, les hommes ont utilisé la religion dans le but de dominer les femmes. Devant la perspective de ce qu'elle croit être un retour en arrière, elle sent le besoin que le gouvernement légifère.

Mme Bertrand croit que les femmes n'auraient jamais eu le droit de vote et qu'elles seraient encore sous la domination des hommes et du clergé si le gouvernement n’avait pas légiféré dans le passé.

L'auteure maintenant âgée de 88 ans écrit qu'elle se souvient qu'il y a quelques décennies, beaucoup d’hommes et même de femmes ne voulaient pas de loi approuvant le droit de vote féminin.

Elle se demande, en conclusion, où en seraient les femmes aujourd’hui si un tel droit n'avait pas été établi au Québec, en 1940.

source

lundi 14 octobre 2013

Carrés rouges + Pastagate = Davantage de touristes à Mtl ???


Chers lecteurs, nous interrompons le lancinant commentaire
anti-modèle québécois des détracteurs professionnels du Québec pour vous transmettre ce bref message d’intérêt public.


Commentateur de droite apprenant que, malgré les péquistes, les touristes affluent à Montréal.

C’est quand même bizarre! On nous a dit que les manifestations étudiantes de 2012 avaient été terribles pour la réputation internationale de Montréal, que le Pastagate, à l’automne 2012, faisait de nous la risée du monde entier, on nous traite de xénophobes non-stop dans la presse canadienne-anglaise depuis l’élection du PQ il y a un an — ce qui n’est pas très gentil — l’arrestation de nos maires pour corruption et gangstérisme fait le tour du monde.

Résultat: Les touristes se bousculent pour venir nous visiter !

Et pas n’importe lesquels: les touristes américains, donc anglophones. Et les touristes d’affaires ! (Qui ne semblent nullement affectés par « l’angoisse fiscale » qui affecte durablement les chefs libéraux québécois.) Et pas dans n’importe quel contexte: un contexte international difficile, où il est ardu d’augmenter sa clientèle. Montréal n’attire pas plus de touristes en surfant sur la vague, mais en nageant à contre-courant de la tendance mondiale.

Mais ne me croyez pas sur parole. Lisez plutôt le communiqué émis ce mardi par Tourisme Montréal:

Pour la période de mai à septembre (2013), le tourisme dans la métropole a connu une croissance. Les statistiques hôtelières pour le Grand Montréal, les entrées aux frontières du Québec et le trafic de passagers à l’aéroport de Montréal sont en hausse. Destination dynamique, Montréal a connu une saison profitable sur le plan du tourisme d’affaires et des croisières. De plus, le succès de plusieurs événements et attraits a contribué à la vitalité touristique de la métropole et à son attractivité.

Les statistiques hôtelières pour le Grand Montréal1 révèlent que, pour la période de mai à septembre, le taux d’occupation moyen des hôtels se situe à 77,50 %, soit une augmentation de 2,17 points de pourcentage par rapport à l’an dernier. Quant à lui, le tarif moyen des chambres a atteint 148,54 $, comparativement à 143,27 $ l’an dernier, ce qui représente une variation de 3,68 %.

Pour les mois de mai, juin et juillet, les entrées de touristes internationaux (États-Unis et autres pays) aux frontières du Québec2 ont connu une hausse modérée de 1,1 %. Notons un retour encourageant des touristes américains avec une augmentation significative de 2,5 % du nombre de visiteurs en provenance des États-Unis. Une baisse de 1,4 % a cependant été enregistrée pour les voyageurs d’outre-mer, attribuable notamment à la morosité économique qui touche l’Europe et plus particulièrement le marché de la France. Le trafic de passagers à l’aéroport Montréal-Trudeau, quant à lui, a augmenté de 3,8 % pour la période de mai à août, par rapport aux mêmes mois de l’année dernière.

« À l’heure où certaines destinations peinent à attirer de nouveaux voyageurs, Montréal tire son épingle du jeu grâce à sa créativité et à la collaboration exceptionnelle entre les partenaires du milieu. Le travail concerté des attraits, des festivals, de l’hôtellerie et du monde des affaires nous permet de générer une croissance, même dans un contexte hautement compétitif », a souligné Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer que Montréal ait connu une bonne saison touristique. Entre autres, le marché des croisières est plus dynamique que jamais avec 50 500 passagers internationaux accueillis dans le port cet été. Montréal se positionne ainsi comme une destination de premier plan pour l’embarquement et le débarquement de passagers sur le fleuve St-Laurent. Le tourisme d’affaires a également contribué à l’achalandage des hôtels et des commerces, puisqu’au cours de l’été 2013 (de mai à septembre), Montréal a été l’hôte de huit congrès majeurs de type multi-hôtels, qui ont généré la venue d’un peu plus de 23 000 délégués dans la métropole. Le mois d’octobre s’annonce déjà fort prometteur avec la venue de plusieurs congrès et événements à Montréal.

Quoi ? Le mois d’octobre s’annonce fort prometteur ? Malgré la Charte des valeurs ?

Bien sûr, Tourisme Montréal veut s’attribuer tout le crédit en affirmant que les touristes ont été attirés l’exposition Chihuly au
Musée des beaux-arts de Montréal (210 000 visiteurs à ce jour) ou par le festival OSHEAGA qui a fait danser plus de 135 000 festivaliers, 12,5 % de plus que l’année précédente, ou par les Mosaïcultures Internationales de Montréal, avec près d’un million de visiteurs, ou encore le musée Grévin, inauguré en avril dernier et déjà visité par 100 000 amateurs de vedettes en cire.

Et, c’est certain, Tourisme Montréal parlera de ses offensives de vente, de promotion et de relations de presse afin de stimuler le tourisme, en particulier dans certains créneaux de voyage comme la gastronomie, les vacances en famille ou le sport, tout en continuant d’être une destination prisée des touristes LGBT. Je suis même convaincu que mon dynamique collègue du Tourisme, Pascal Bérubé, vous dira que c’est son action de promotion, avec la campagne
QuébecOriginal, qui explique la bonne cuvée 2013.

Mais soyons sérieux. La raison pour laquelle les touristes, même d’affaires, même unilingues anglos, veulent venir nous visiter, c’est parce que nous sommes extrêmement intéressants !

Nous revenons maintenant à notre programme régulier.

Note en petits caractères :

Les billets « Temps durs pour les détracteurs du modèle québécois » ne prétendent pas que tout est parfait au Québec, loin s’en faut. L’auteur a d’ailleurs proposé, dans ses ouvrages et sur ce blogue, des réformes nombreuses et importantes visant à surmonter plusieurs des importants défis auxquels le Québec est confronté. Cependant, la série permet de percer quelques trous dans le discours ambiant qui tend à noircir la situation globale du Québec qui, pourtant, affiche d’assez bons résultats comparativement aux autres sociétés semblables.   


samedi 12 octobre 2013

Sondage Léger - L’appui à la Charte se solidifie


 

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Le 23 septembre dernier, les citoyens en faveur du projet de Charte des valeurs québécoises se donnaient rendez-vous dans les rues de Montréal lors d'une manifestation.

Consulter les résultats complets du sondage (PDF)
Le soutien des Québécois à la Charte des valeurs - et aux dispositions relatives aux signes religieux ostentatoires - s’est raffermi dans les dernières semaines, indique un nouveau sondage Léger. Cet appui ne permet toutefois pas au Parti québécois de faire des gains notables dans les intentions de vote, ce qui laisse incertaine l’issue d’un éventuel scrutin en décembre.

Le coup de sonde préparé pour Le Devoir et The Gazette montre que 46 % des Québécois sont favorables à la Charte des valeurs québécoises, alors que 41 % des répondants ont indiqué le contraire. Le dernier sondage mené par Léger sur cette question (pour l’agence QMI, le 16 septembre) disait que 43 % des répondants avaient une opinion favorable de la Charte, contre 42 % d’opinion défavorable. Le soutien se solidifie donc.

Les électeurs péquistes (81 %) et caquistes (50 %) sont les plus enthousiastes par rapport au projet. Chez les péquistes, on compte 8 % d’opinion défavorable, une baisse de six points en un mois. Les libéraux sont quant à eux largement défavorables (73 %), alors que les solidaires sont partagés (34 % favorables, 56 % défavorables).

Les appuis sont aussi à la hausse en faveur de l’interdiction du port de signes religieux dans la fonction publique. La question posée précisait que la Charte interdirait au personnel médical, aux enseignants, au personnel de bureau, aux policiers et aux juges le port d’un signe ostentatoire. 54 % des répondants sont en accord avec cette mesure, alors que 38 % se disent défavorables. Il y a un mois, les dispositions sur les signes religieux étaient approuvées par 51 % des Québécois, et 42 % y étaient opposés.

Mais ce soutien croissant au projet du ministre Bernard Drainville ne se traduit pas par une hausse des appuis au Parti québécois. Les libéraux de Philippe Couillard sont crédités de 36 % d’appuis dans les intentions de vote, chiffre stable depuis la fin de l’été. Le PQ suit avec 34 % : c’est une hausse de deux points depuis le 30 août, et d’un point depuis le 16 septembre. « Mais c’est toujours dans la marge d’erreur », rappelle Christian Bourque, vice-président exécutif chez Léger.

La baisse d’un point de la Coalition avenir Québec (CAQ, 17 %) est aussi dans la marge d’erreur, mais elle relègue tout de même le parti au niveau d’appuis de la défunte Action démocratique du Québec avant la fusion avec la CAQ, à l’automne 2011. Québec solidaire gagne deux points (à 8 %) par rapport au sondage de la mi-septembre.

Le PQ obtient la faveur de 41 % des francophones dans les intentions de vote (deux points de plus qu’il y a un mois). Les libéraux suivent à 26 %, devant la CAQ (19 %).

Pour Christian Bourque, ces divers indicateurs font qu’il serait « périlleux de dire si le Parti québécois pourrait remporter les élections et obtenir un gouvernement majoritaire. Il suffirait de deux points dans un sens ou dans l’autre pour tout renverser. C’est un sondage qui peut convaincre ceux qui veulent absolument partir en élection tout de suite, mais c’est aussi un sondage qui peut convaincre ceux qui ne veulent pas y aller… »

Au fond, dit-il, les partis auront à décider jusqu’à quel point ils sont prêts à prendre le risque. « Ça devient une question de tolérance à ce risque. »

Enjeux

Philippe Couillard (29 %) et Pauline Marois (27 %) sont pratiquement nez à nez lorsqu’on demande aux Québécois de dire qui ferait le meilleur premier ministre. François Legault récolte 13 % des faveurs, et Françoise David, 7 %.

La satisfaction (36 %, en baisse de trois points) et l’insatisfaction (58 %) à l’égard du gouvernement montrent par ailleurs que la gestion du PQ demeure contestée. Le sondage détaille cette insatisfaction : à part dans le dossier de la protection de la langue française (où 54 % des gens sont satisfaits), la conduite du gouvernement Marois est jugée négativement sur tous les autres enjeux.

C’est surtout vrai dans les dossiers de la santé (73 % d’insatisfaction), de l’éducation (66 %), de la gestion des dépenses (64 %) et de la création d’emplois (63 %). Le gouvernement fait mieux en matière d’accommodements religieux et d’identité (37 % de satisfaction, 56 % d’insatisfaction), d’environnement (38 % et 53 %) et de la défense des intérêts du Québec (44 % et 47 %).

« Le PQ performe en matière d’identité, mais le jugement de la population est très dur sur les autres enjeux, résume Christian Bourque. S’il y a des élections, mieux vaudra pour lui que ça se fasse sur la question de la Charte, parce qu’en matière économique et même sociale, les Québécois sont critiques. »

Des élections, les Québécois ne semblent toutefois pas en vouloir dans l’immédiat : à peine un quart des répondants (27 %) se sont dits favorables à la tenue d’élections d’ici les Fêtes. Ils sont un peu plus nombreux (31 %) à en souhaiter entre janvier et juin 2014. À noter que les libéraux sont plus favorables (37 %) que les péquistes (21 %) à l’idée d’un scrutin hâtif.

Le sondage a été mené en ligne auprès de 1001 personnes les 9 et 10 octobre. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, dans 19 cas sur 20.

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 Recul du NPD au fédéral

Malgré un léger recul dans leurs appuis, les libéraux de Justin Trudeau ont augmenté leur avance dans les intentions de vote au Québec, à quelques jours de la rentrée parlementaire à Ottawa. Le volet fédéral du sondage Léger-Le Devoir-The Gazette accorde aux libéraux 33 % d’appuis dans les intentions de vote. Au mois d’août, lors du dernier coup de sonde, le Parti libéral obtenait 35 %. Or, le PLC augmente tout de même de trois points son avance en tête du classement — cela grâce au recul du Nouveau Parti démocratique. Le NPD avait profité de l’été pour combler une partie de l’écart qui s’est creusé avec les libéraux depuis l’élection de Justin Trudeau à la chefferie. Mais les troupes de Thomas Mulcair ont reperdu cinq points dans les dernières semaines. Le NPD est ainsi crédité aujourd’hui d’un appui de 26 %. C’est une baisse de plus de 15 points depuis l’élection. Le Bloc québécois de Daniel Paillé suit à 22 %, ce qui correspond aux appuis bloquistes du dernier scrutin. Le sondage accorde autrement 14 % de soutien aux conservateurs (en hausse de cinq points depuis août, pour un retour aux appuis habituels du parti de Stephen Harper). Les Verts sont passés de 2 à 4 % en deux mois. Chez les francophones, le vote se répartit en trois blocs égaux, le NPD (30 %) devançant le Bloc (27 %) et les libéraux (26 %). Chez les non-francophones, les libéraux remportent 58 % du vote.

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lundi 2 septembre 2013

Le gouvernement du Québec annonce sa démarche pour renforcer l'enseignement de l'histoire nationale

Renforcement de l'identité : cours d'histoire nationale - Le gouvernement du Québec annonce sa démarche pour renforcer l'enseignement de l'histoire nationale

 Montréal - La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Mme Marie Malavoy, et le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, M. Pierre Duchesne, ont lancé aujourd'hui une démarche gouvernementale qui mènera au renforcement de l'enseignement de l'histoire nationale au primaire, au secondaire et au collégial.


« Une majorité de Québécoises et de Québécois se déclarent insatisfaits de l'enseignement de l'histoire au Québec. Ils considèrent nécessaire de donner aux jeunes une bonne connaissance des personnages et des faits marquants de cette histoire. Le gouvernement entend démontrer qu'il est à l'écoute de ces attentes légitimes », a déclaré la ministre Malavoy.

« Il est temps de discuter de ce qui nous définit. Cela contribuera à former des étudiants libres en pensée, des citoyens portés vers l'action et des Québécois dotés d'une plus solide confiance en eux », a ajouté le ministre Duchesne.

Primaire et secondaire
Le mandat de mener une consultation a été confié à M. Jacques Beauchemin, président-directeur général par intérim de l'Office québécois de la langue française et sous-ministre associé au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles. Spécialiste de la sociologie de la société québécoise, M. Beauchemin sera accompagné dans sa tâche par Mme Nadia Fahmy-Eid, professeure d'histoire à l'Université du Québec à Montréal. Leur mandat consistera à consulter les acteurs du milieu éducatif et les professionnels du domaine de l'histoire pour préciser les orientations qui mèneront à l'élaboration des nouveaux programmes d'histoire au primaire et au secondaire. Dans le but d'offrir à la population une tribune pour s'exprimer sur la question, une section Web sera mise à sa disposition sur le site du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).

Le rapport de ce duo d'experts sera déposé à la fin de l'année. Une fois qu'une première version des nouveaux programmes sera disponible, des projets pilotes seront mis en place dans un certain nombre d'écoles dès septembre 2014.

« Le renforcement de l'enseignement de l'histoire nationale a comme objectif d'offrir aux élèves du Québec une formation plus approfondie ainsi que de valoriser l'identité et la culture québécoises », a ajouté la ministre Malavoy.

Collégial
Dans le contexte de l'ajout d'un cours obligatoire sur l'histoire nationale du Québec contemporain au collégial, le Comité-conseil de la formation générale aura le mandat de proposer au ministre les objectifs et les standards de formation qui pourront être associés à ce nouveau cours. Il devra aussi lui donner un avis sur la place que ce cours occupera au sein de la formation collégiale commune. Rappelons que le Comité-conseil de la formation générale est composé de représentants des enseignants et des directions des collèges, auxquels s'ajouteront des représentants du marché du travail et des universités.

Des modifications devront être apportées au Règlement sur le régime des études collégiales pour introduire la formation sur l'histoire nationale du Québec contemporain dans l'enseignement collégial. Le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRST) demandera alors un avis au Conseil supérieur de l'éducation et la population pourra se prononcer sur le projet.

« L'enseignement de l'histoire ainsi que la capacité d'analyser les événements constitutifs de notre identité collective et d'en débattre ouvertement avec des professeurs dédiés aideront les jeunes adultes des collèges à développer leur sens critique et à avoir une meilleure connaissance de notre société », a déclaré le ministre Duchesne.

Les propositions du Comité-conseil de la formation générale sont attendues pour la fin de l'année en vue d'une implantation du cours obligatoire pour la cohorte d'étudiantes et d'étudiants commençant leurs études à l'automne 2014.

Une approche gouvernementale concertée
Le MESRST et le MELS travailleront conjointement en vue de ce renforcement de l'enseignement de l'histoire nationale au primaire, au secondaire et au collégial.

Rappelons que la première ministre Marois, lors de son discours inaugural du 31 octobre 2012, avait exprimé sa ferme intention de renforcer l'enseignement de l'histoire du Québec.




vendredi 30 août 2013

Le hidjab a quelque chose à voir avec l’inégalité hommes-femmes

Merci André et Xuan


Cher Monsieur Drainville,

Votre "ballon d’essai" sur une éventuelle "charte des valeurs" semble avoir atteint son objectif : on s’agite de tous côtés et en tous lieux, spéculant et pontifiant sur cette "charte" que personne n’a encore lue. Nous préférons nous en faire une opinion, avant de l’appuyer ou non, quand le texte définitif sera rendu public. Aujourd’hui, nous aimerions plutôt commenter une déclaration sur le hidjab que vous avez faite lors d’une entrevue à Radio-Canada.

BURQUA
 
En vous entendant dire que jamais vous n’affirmeriez que le hidjab est un symbole de soumission des femmes, nous nous sommes demandé, M. le Ministre, si vous étiez bien documenté. Comme vous êtes un ancien professionnel de l’information et un homme cultivé, il est difficile de croire que vous n’ayez lu ni entendu nulle part que le hidjab représente non seulement un symbole de soumission mais, selon plusieurs personnes habilitées à en parler, un instrument d’oppression et de contrôle du corps et de la sexualité d’un groupe de femmes, c’est-à-dire des femmes musulmanes.

Plus encore, il est devenu un instrument politique imposé par des intégristes islamistes qui cherchent à exercer une influence indue au sein des sociétés et des États qui les accueillent. Des conférenciers qui viendront prêcher la bonne nouvelle islamiste en septembre à Montréal en donnent un exemple. « Dans un autre discours intitulé ‘Le vêtement de la femme’, Nader Abou Anas justifie l’obligation du port du voile assorti à l’interdiction de tout accessoire. Pas de bijoux, pas de paillettes, pas de boucles d’oreille, pas de pantalons. C’est ‘interdit’, martèle-t-il. « La femme ne doit pas être attirante », affirme-t-il. Et ne pas se parfumer. Sauf à la maison, pour son mari. » (La Presse, 23 août 2013)

Le hidjab ne vient jamais seul. Il s’accompagne d’une série de restrictions et de contraintes imposées par des hommes et destinées aux seules femmes de leur communauté. Le même Nader Abou Anas « s’en prend aux femmes "provocantes" qui se maquillent, (...) celles qui "marchent sans aucune gêne au milieu des trottoirs en se frottant aux hommes" ou à celles qui refusent de porter le voile. Le prédicateur leur rappelle qu’elles sont les "servantes d’Allah" et qu’elles ne sont « pas libres de faire » ce qu’elles veulent « dans ce monde ».

Vous conviendrez, M. le Ministre, que ce discours est assez éloigné de l’égalité hommes-femmes, dont vous affirmez vouloir imposer la prévalence sur les accommodements de type religieux.

Le hidjab est tout sauf neutre sur les plans religieux et politique. Nous attirons votre attention sur l’opinion de femmes qui ont une connaissance très étendue, voire personnelle, de ce qui se cache derrière le voile. Pour elles, le hidjab n’est pas qu’un simple accessoire vestimentaire comme le chapeau porté en hiver ou le turban de Francine Grimaldi.

Leila Lesbet, Québécoise d’origine algérienne
 Cette militante féministe se désole de trouver dans son pays d’accueil des relents de l’intégrisme vécu dans son pays d’origine. « Pour certaines femmes, le voile marque l’adhésion à l’islamisme, et pour celles qui y sont forcées, c’est leur étoile jaune. Cela s’appelle de la discrimination basée sur le sexe. Le port du voile est politique. C’est l’assujettissement des femmes par l’islam politique pour les culpabiliser des idées malsaines qui traversent l’esprit des islamistes à la vue de leur chevelure et de leur corps.

Quand des femmes et des hommes vivant confortablement dans les sociétés sécularisées depuis des lustres nous demandent, au nom du multiculturalisme et de l’interculturalisme ainsi que de la Charte des droits et des libertés, d’accepter une telle offense, j’appelle cela de la collaboration avec le fascisme religieux qui s’exerce sur le corps des femmes. » Dans « La laïcité, facteur d’intégration dans la société québécoise »
http://sisyphe.org/spip.php?article3831

Talisma Nasreen, docteure en médecine et auteure
 Cette auteure bangalaise a été menacée de mort et a dû s’exiler parce qu’elle avait critiqué le Coran dans ses livres. « Je crois que le foulard est un signe d´oppression, dit-elle. Je n’accepte aucune forme de signe d´oppression. Je pense que [certaines femmes] portent le voile parce qu´elles sont soit forcées de le porter soit amenées à le faire par une foi aveugle, sans prendre conscience que c’est contraire à la liberté des femmes. »
http://tempsreel.nouvelobs.com/mond...

Nadia Châabane, docteur en linguistique et femme politique tunisienne
 Dans « Que d’hommes dans la rue pour défendre ma liberté ! » cette femme écrit : « D’où sortez-vous que le voile est une obligation dans l’islam ? Avec ma licence d’arabe et mon doctorat de linguistique, donc suffisamment équipée pour décortiquer les textes et chercher des éléments sans intermédiaire aucune, je n’ai pas réussi à dénicher le moindre verset instaurant le voile comme une obligation faite à toutes les femmes musulmanes. Vous avez une lecture manipulatrice et extrêmement curieuse des textes qui reflète plus vos fantasmes que la réalité historique (...) Je refuse cet emblème de l’ignorance et de l’infamie et demande à toutes les femmes musulmanes de faire l’effort de lire par elles-mêmes, de se renseigner et de refuser de se résigner à endosser ce voile de l’infamie. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article902)

Mimouna Hadjam, militante de l’association Africa à La Courneuve
 Dans l’article « L’islamisme contre les femmes partout dans le monde », Mimouna Hadjam écrit : « Nous sommes contre tous les foulards, qu’ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille, Marseille ; qu’ils recouvrent une partie du corps ou totalement, car les foulards du monde entier expriment une même chose : la soumission forcée des femmes à un programme d’oppression (...) L’instrumentalisation des femmes, dès le plus jeune âge, reste l’une des cibles de l’islamisme politique et, pour cela, les islamistes ont à leur disposition une armada de militantes. (...) Nous nous opposons aux intégristes, pour qui la bataille autour du foulard est une étape pour tester le camp des laïcs et pour aller plus loin vers l’interdiction du sport ou de la mixité. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article1458)

Ana Pak, militante féministe iranienne réfugiée en France
 Dans un article intitulé « Pouvons-nous accepter le foulard contre la burqa ? » - ce que votre gouvernement ne sera pas tenté de faire, nous l’espérons -, Ana Pak écrit :

« Pourquoi luttons-nous contre l’envoilement des femmes, quelle que soit sa forme et son appellation : foulard, burqa, héjab, tchador, néghab … Pourquoi ? Réellement, le voilement des femmes est un outil pour contrôler le corps, le comportement et la sexualité du corps féminin (...) [qui] mène aussi symboliquement à la maîtrise de toute la société. Khomeiny, seulement dix-huit jours après avoir récupéré le pouvoir, imposait le port du voile aux femmes ! Depuis 30 ans, dans une cérémonie étatique, la "fête de l’obligation", l’État islamiste enferme les fillettes dès l’âge de 9 ans dans la prison du hidjab. En Iran, dans le cadre de "la politique sécuritaire (!)", en 2008, le régime islamiste a procédé à l’arrestation de 113 000 femmes par la police des mœurs qui les accusait d’être "mal voilées !" Les coups de fouet, la prison, le viol, la torture, la mort, ce sont les châtiments encourus par de millions de courageuses Iraniennes qui refusent l’envoilement ! » (
http://sisyphe.org/spip.php?article3366)

Chahdortt Djavann, romancière, essayiste et anthropologue
 Dans l’article « Un vibrant appel à la conscience », Élaine Audet commente le livre de l’Iranienne Chahdortt Djavann, « Bas les voiles ! ». « Dans un témoignage passionné, Chahdortt Djavann, romancière et anthropologue iranienne de trente-cinq ans, s’attaque au relativisme culturel qui sévit dans ce pays à propos du port du voile. Elle sait de quoi elle parle parce qu’elle a vécu en Iran, de l’âge de treize ans à vingt-trois ans, dans la "prison ambulante" du voile. L’originalité de son argumentation tient au fait qu’elle ne situe pas le débat sur le terrain de la laïcité mais sur celui des droits humains, de la maltraitance des mineures. Le port du voile devrait être interdit, et sanctionnés les parents ou les adultes qui incitent à le porter parce que, dit-elle, il est la cause d’un déni de soi et "la marque" de l’asservissement sexuel et politique des femmes. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article848)

Wassyla Tamzali, ancienne avocate à la Cour d’Alger, auteure et militante féministe algérienne
 Dans « Le voile - Le courage de dire non », Wassyla Tamzali écrit : « Le voile signifie beaucoup de choses, mais ce qu’il signifie le moins, c’est un acte de foi spirituel. La première des raisons pour lesquelles des jeunes femmes le portent aujourd’hui en France est politique, et c’est la plus dangereuse. Ce voile ostentatoire cache des positions idéologiques réactionnaires : contre l’émancipation des femmes, contre la libération des individus, contre les autres cultures. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article675)

Dans « Le port du voile n’est pas une affaire de culture », Wassyla Tamzali écrit aussi : « ... accepter la pratique, maghrébine ou pas, musulmane ou pas, de cacher ses cheveux, de ne pas se faire soigner par un homme, de ne pas serrer la main des hommes, c’est-à-dire accepter des pratiques de stricte ségrégation sexiste, me semble être une mauvaise réponse à un vrai problème. »

Et sur le racisme :
 « Si le débat sur le voile occulte le débat sur les discriminations racistes, que dire alors de l’assujettissement des femmes qui disparaît derrière le débat aberrant sur le droit ou pas de se cacher les cheveux, d’enfermer un individu dans son corps érotique ? La pensée féministe n’a-t-elle pas débusqué tout ce qui pourrait rattacher la femme à sa sexualité reproductive et à son appartenance exclusive à la tribu qui règle son sort ? Comment ici ne dira-t-elle pas avec force que le voile est bien le symbole de cet asservissement des femmes et que sa portée ne peut être altérée par son utilisation frivole ou à contresens par certaines ? »

Sur la peur de stigmatiser l’islam, elle dit :
 « Je veux simplement rappeler que la peur de stigmatiser le christianisme n’a pas arrêté la lutte des féministes, pour la conquête essentielle du droit à l’avortement et de la liberté de disposer de son corps. On touchait là à un dogme beaucoup plus sérieux et avéré que le voile dans l’islam. Alors, ce qui est bon pour une religion ne l’est pas pour l’autre ? (...) Peut-on dire que ce qui conduit la pensée féministe en général n’est pas bon pour ce qui concerne les femmes dites musulmanes ? Nous avons déjà assez de mal comme ça sans que des intellectuelles ajoutent leurs voix - et quelles voix ! -, à ceux qui pensent avec Tariq Ramadan qu’il existe un genre ’femme musulmane’ ». (
http://sisyphe.org/spip.php?article873)

Yolande Geadah, Québécoise d’origine égyptienne, docteure en science politique, chercheuse et auteure
 Yolande Geadah a qualifié le rapport Bouchard-Taylor d’« insensible à l’égalité des sexes »…
http://sisyphe.org/spip.php?article3011

Dans un article publié sur Sisyphe, elle a commenté ainsi l’exclusion d’une joueuse de soccer de 11 ans portant le hidjab : « … même si on voulait appuyer le droit des femmes musulmanes de porter le hidjab, ce cas devrait nous amener à mettre en question le discours religieux qui incite une jeune fille prépubère à croire qu’il est impur de montrer ses cheveux en public. Ce discours, devenu dominant avec la montée de l’intégrisme, incite de jeunes filles mineures à porter le hidjab et à défier même leurs parents et tout règlement non favorable issu des institutions où elles s’insèrent. C’est là une des stratégies favorites du mouvement intégriste, qui insiste sur le port du hidjab sous prétexte d’expression identitaire positive. Mais il insiste aussi sur l’application rigide d’autres préceptes religieux, telle la séparation des sexes dans les lieux publics, encourageant les croyants à mettre en avant des revendications religieuses en ce sens, comme on a récemment pu le constater. Ces pratiques visent à remettre en question des règles séculières au nom des libertés religieuses. »
http://sisyphe.org/spip.php?article2652

Dans son livre « Femmes voilées, intégrismes démasqués », elle a aussi tenu ces propos sensés : « Je crois que l’obligation d’accommodements raisonnables doit être considérée comme un chemin à deux voies. Les membres des communautés culturelles et religieuses devraient être, eux aussi, appelés à trouver des accommodements raisonnables pour respecter les règles établies par les institutions sociales. »

Opinions de Québécoises musulmanes dans l’Avis du CSF
 En 2007, le Conseil du statut de la femme du statut de la femme a publié un avis intitulé « Droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et liberté religieuse". Nous supposons, M. le Ministre, que le personnel qui prépare avec vous un projet de « charte » l’a déjà lu. Dans une section de cet avis, des Québécoises musulmanes s’affirment en faveur de la laïcité et suggèrent à l’État de poser des limites aux signes religieux dans les fonctions publiques, y compris au port du hidjab pour les employées du système d’éducation. (
http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/f...)

Djemila Benhabib, journaliste et auteure québécoise d’origine algérienne
 Quant à Djemila Benhabib, journaliste et auteure, voici ce qu’elle pensait du foulard ou voile islamique lors qu’une conférence, en septembre 2009 : « Ce voile n’a rien de culturel. Il est politique. C’est l’étendard de l’islamisme politique. Dommage que certains, voire même certaines, ne l’aient pas compris. Ces pressions, ces chantages et ces alliances ne sont rendus possibles qu’à cause de la lâcheté de ceux qui nous gouvernent. » (« Femmes, démocratie et laïcité » :
http://sisyphe.org/spip.php?article3395)

Chahla Beski-Chafik, auteure et directrice de l’Agence pour le développement des relations interculturelles pour la citoyenneté (ADRIC)
 Les propos de Chahla Beski-Chafik concernant la virginité imposée par des intégristes conviennent à toute tentative de contrôle du corps des femmes, par exemple, la prescription de se cacher les cheveux soi-disant pour sauvegarder la moralité des hommes. Une prescription que l’on trouverait excessive et qu’on écarterait sans ménagement si elle provenait d’intégristes chrétiens.

« Ainsi, dans un contexte de modernité mutilée, écrit Chahla Chafik, les femmes, tout en accédant à un certain degré d’autonomie, restent néanmoins prisonnières des stratégies identitaires patriarcales qui persistent et se renouvellent. Ces dernières font du contrôle du corps des femmes le pivot de la ‘dignité’ des hommes, des familles et de la communauté. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article3003)

Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise FDF
 En 2010, Fatoumata Sidibé, Malienne d’origine et députée belge, écrivait : « Je déclare que le voile est le symbole de l’instrumentalisation des femmes au nom de la religion, d’un projet politique totalitaire qui sème la terreur dans certains pays, de la tentative d’asservissement, de mise sous tutelle de la femme, de la séparation des espaces féminins et masculins, une supercherie des fondamentalistes musulmans pour réaffirmer leur domination sur le corps des femmes et leurs libertés. Dans certains quartiers, les filles n’ont d’autre choix que de se voiler ou de faire attention à leur tenue vestimentaire pour ne pas subir les injures et le mépris de certains mâles auxquels on a appris que la vertu d’une femme est proportionnelle à la quantité de tissu qui la recouvre. »

Le réseau international Femmes sous lois musulmanes
 Sur le site Femmes sous lois musulmanes, un réseau non confessionnel qui défend les droits des musulmanes où qu’elles vivent dans le monde, on peut lire que le port du voile « perpétue le mythe de la femme en tant que source de convoitise pour l’homme. Cette mystique féminine nie toute notion d’évolution à travers l’histoire du rôle de la femme. Le choix s’opère dans les limites d’un cadre défini par une perception purement masculine, voire misogyne, de la femme et de son rôle dans la société musulmane. Il s’agit donc d’une réaction conditionnée qui n’a de légitimité qu’à l’intérieur de normes établies par les hommes pour les femmes. Celles-ci semblent être comme une ombre aux côtés des hommes qu’elles accompagnent. Porter le voile n’est pas anodin. En le portant, la femme nie sa féminité, son individualité, cache son corps non seulement aux autres mais aussi à elle-même. » (« Maroc : Que voile le voile ? »
http://www.wluml.org/fr/node/3658) Des porte-parole de ce réseau sont venues au Canada en 2005 pour mettre la population en garde contre le projet d’implanter des tribunaux islamiques en Ontario.

L’Avis du Conseil du statut de la femme
 Enfin, nous espérons, M. le Ministre, que le projet de « charte » du gouvernement s’inspirera de l’Avis du Conseil du statut de la femme, « Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes », publié en 2011, qui a reçu un accueil très favorable de la population du Québec lors de sa publication. (
http://www.csf.gouv.qc.ca/)

Julie Latour, avocate et ancienne bâtonnière du Barreau de Montréal
 Nous ne voulons pas présumer du contenu de la future « charte ». Néanmoins, si la tentation venait à votre gouvernement de proposer une neutralité mitigée, il serait avisé de prêter l’oreille à des juristes québécoises, telle Me Julie Latour, ancienne bâtonnière du Barreau de Montréal : « En vertu des principes institutionnels de la laïcité, disait l’avocate lors d’une conférence en 2010, l’État doit s’obliger à une neutralité totale, laquelle doit être réelle et apparente. Ceci implique que les fonctionnaires et agents de l’État doivent s’abstenir de manifester leurs convictions religieuses, tout comme cela est le cas pour l’obligation de neutralité politique et le devoir de réserve que prescrivent les articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique (L.R.Q., c. F-3.1.1). Les citoyens et citoyennes qui choisissent d’appartenir à la fonction publique ont une obligation individuelle de réciprocité envers la neutralité de l’État. » (
http://sisyphe.org/spip.php?article3604)

Toutes ces personnes, y compris des prédicateurs intégristes attendus à Montréal, exposent clairement le sens et l’objectif du port du hidjab. Le hidjab porté volontairement ne véhicule pas moins ses messages sur l’infériorité des femmes. Toutefois, ce serait banaliser la portée de cet instrument politico-religieux d’accepter que des employées exerçant des fonctions publiques le portent. Ce pourrait être perçu par les intégristes religieux comme une caution pour contrôler les femmes et leur corps. Et que faisons-nous du devoir de solidarité avec toutes ces femmes des pays où on prescrit le hidjab, qui se battent pour leur liberté au prix de la torture ou même de leur vie ?

M. le Ministre, la société québécoise - à commencer par son gouvernement - pourrait faite sienne l’affirmation d’une militante féministe en exil : « Il ne faut pas laisser le sort des femmes dans les mains d’une religion, quelle qu’elle soit. Les femmes n’ont d’avenir que dans leur combat pour l’égalité des sexes. » (Ana Pak)

Acceptez, M. le Ministre, nos salutations cordiales,

Micheline Carrier et Élaine Audet, éditrices de Sisyphe.org

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