Ben Laden mort : le photomontage expliqué en 4... par Nouvelobs Notre article « La photo fake de Ben Laden affole le web » fait partie des sujets les plus lus cette année. Pour comprendre ce phénomène, Tristan Berteloot, journaliste à l’origine de l’article explicatif sur le Nouvel Obs, revient pour nous sur cet épisode.
MinuteBuzz : L’annonce de la vraie nature du photo montage d’Oussama Ben Laden a provoqué un fort intérêt des lecteurs sur MinuteBuzz comme sur le NouvelObs.com. Comment doit-on comprendre cette réaction ? Est-ce pour une grande part un effet de curiosité ?
Tristan Berteloot : L’engouement suscité par cet article est essentiellement dû au caractère exceptionnel de l’information qu’il traitait. Cela faisait plus de dix ans que Ben Laden était recherché. Cette annonce était particulièrement inattendue. A cela s’est ajouté le fait qu’une photographie montrant le leader d’Al Qaeda mort tournait dans certains médias. Le fait qu’il s’agissait d’un faux ajoutait encore au caractère exceptionnel de l’information qui, de fait, se distinguait de celle relayée par les autres médias.
Il faut aussi savoir que notre démonstration utilisait un outil exclusif extrêmement pointu, auquel seules quelques personnes en France, et dans le monde, ont accès, et que l’analyse était directement faite par son créateur. Il s’agissait d’une exclusivité mondiale. Mais ne soyons pas dupes. Beaucoup de lecteurs, notamment dans les pays anglo-saxons, sont tombés sur cet article car ils cherchaient la PHOTO de BEN LADEN MORT. Les mots clefs tapés dans Google ne sont donc pas étrangers au succès de l’article.
Ben Laden mort : le photomontage expliqué en 4... par Nouvelobs
M.B. : La pratique des photo montages est-elle répandue sur le web ?
T.B. : Oui, c’est même l’une de ses caractéristiques principales : l’utilisation de l’image à des fins d’illustration, de communication, ou encore d’humour. On ne compte plus les sites de « meme » propres à la culture web, et les outils permettant de réaliser des photomontages sont si faciles d’accès qu’il est donné à quasiment toute personne sachant au minimum utiliser un ordinateur, d’en réaliser un.
En ce qui concerne les photographies officielles, il y a trois façons d’aborder la question.
La première est la diffusion de photomontage dans un but informatif, assez courant : je prends pour exemple la diffusion par l’Iran de photographies montrant des missiles américains. On est aujourd’hui capable d’affirmer que ceux-ci ont été ajoutés à l’image.
La seconde est la diffusion de photomontage dans un but désinformatif, c’est-à-dire l’inverse. Si je prends pour exemple l’image de Ben Laden mort : Quel est l’intérêt de diffuser une telle photographie ? D’aucuns pourraient considérer que si la photo est un faux, cela voudrait donc dire que Ben Laden est toujours vivant. D’où l’intérêt de diffuser le montage le plus rapidement possible.
La troisième est une utilisation inversée du photomontage. Si je suis accusé d’avoir posé dans une position inconfortable, et qu’on me montre qu’une photographie le prouve, je peux affirmer qu’il s’agit d’un photomontage. Seuls les experts en image seront capables d’infirmer mes dires.
En quoi l’épisode Ben Laden est-il différent ?
L’épisode Ben Laden est différent en ce sens qu’il s’agissait d’une information touchant presque tout le monde. La propagande était difficilement possible, qu’il s’agisse d’informer et désinformer autour de ce fait majeur.
Avec quelques mois de recul, qu’aurait dû être la bonne attitude à adopter selon vous ? Fallait-il d’emblée montrer cette photo sans prendre le temps de vérifier sa provenance ?
Nous vérifions systématiquement l’authenticité des images sur lesquelles nous avons des doutes. Nous n’avons diffusé la photographie que pour dire qu’un faux tournait et pour donner notre analyse. Mais dans la course à l’information, il n’est pas rare que certains médias publient sans même vérifier. C’est l’apanage des télévisions d’information en continue, ce qui fut le cas pour Ben Laden. Difficile de ne pas faire confiance à un média aussi important et prestigieux.
Ben Laden mort : le photomontage expliqué en 4... par Nouvelobs
L’information sur le web est-elle moins exigeante qu’elle ne l’est dans la presse papier ?
Je dirais plutôt l’inverse. Dans le cas Ben Laden, l’information sur Internet l’est beaucoup plus encore que n’importe quel autre média. Elle est celle vers laquelle la plupart des lecteurs vont se tourner, car ils savent que l’information y est quasi instantanée. Cette année l’a prouvé : avec l’affaire DSK, la mort de Ben Laden, la mort de Steve Jobs, les Révolutions Arabes : l’information venait d’internet, quand l’analyse venait du papier. C’est un défi que les sites qui devaient racheter leur image de « poubelle », propre aux années 2000, ont réussi.
Les événements survenus en Libye et la mort de Mouammar Kadhafi ont, de la même manière, créé beaucoup de bruit sur internet. Là encore les médias ont rapidement relayé clichés et vidéos amateurs. A t-on pris des précautions supplémentaires ? Quelle leçon tirer de l’épisode Ben Laden ?
Le réflexe premier si j’en crois mes confrères, a été de prendre un minimum de risque. Ça été le cas chez nous. D’autant que la première image qui nous est parvenue, d’un photographe de l’AFP, était la photographie de l’écran d’un téléphone portable qui lui-même avait photographié la dépouille du dictateur libyen. Nous avons immédiatement vérifié auprès du reporter qui nous a assuré de l’authenticité des images. Pour les vidéos qui ont suivi, l’identité de la source était à chaque fois primordiale.
Retrouvez toutes les interviews sur la page des Buzz Awards.
SOURCE
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire